"Il voulait jouer les Rambo"

Par , le 25 novembre 2009 à 14h10 , mis à jour le 25 novembre 2009 à 15h18

Chronique - La 23e Chambre du tribunal correctionnel de Paris vendredi. Treize comparutions immédiates, autant d'histoires. Voici l'une d'entre elles.

palais de justice Paris

Du box des prévenus, comme d'un perchoir, il scrute l'assistance de ses yeux perçants tels ceux d'un rapace, parle dans sa barbe, secoue sa tête aux cheveux ébouriffés. A 44 ans, il a le visage émacié d'un vieillard. Son corps est secoué de tics. L'audience débute, la présidente lit les faits pour lesquels M.N. comparait aujourd'hui : violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité.

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Ce lundi d'octobre, cet homme placé sous curatelle se présente dans son agence du Crédit coopératif du 14e arrondissement. Chaque semaine, il est autorisé à retirer 80 euros. Très agité, tenant des propos incohérents, il réclame 100 euros. "Pas vrai ça, non, non", intervient M.N., coupant la parole à la magistrate. Imperturbable, elle continue son récit en haussant la voix. "Le personnel de l'agence lui explique que ce n'est pas possible. Mr N. s'énerve, sort un canif. Il est très agressif mais ne menace personne et s'en va". Le lendemain, rebelote. La police l'interpelle. Elle découvrira, caché sous sa ceinture, un couteau. Déjà condamné pour vol avec violence, M.N. est en état de récidive. Lors de son audition le prévenu reconnaît avoir pris un couteau "parce qu'un employé voulait jouer les Rambo". Sa tutrice admet qu'il souffre de crise psychiatrique aiguë. Dans son box Mr N. s'agite, marmonne des mots inaudibles. Son avocat vient à la rescousse de la présidente. "On va vous écouter", gronde-t-il. "Qu'avez-vous à dire sur les faits ?", le questionne la présidente.

Quand le prévenu d'à côté se marre

M.N. : "Vous avez fait un grossier mensonge. Ma mère c'est une salope. Elle a écarté les jambes..." Le public pouffe. La présidente : "On vous demande de raconter ce qui s'est passé ce jour-là !" M.N. tente de s'expliquer, il mange ses mots, son discours est incohérent, incompréhensible. On distingue : "me suis trompé de 20 euros". Le prévenu à ses côtés est plié de rire.

Son examen psychiatrique révèle la bizarrerie de ses propos, un hermétisme et une réticence, il est atteint d'une psychose schizophrénique ayant débuté vers l'âge de 18 ans. L'expertise révèle qu'il peut être dangereux en l'absence de soins. Au moment des faits, M.N. est atteint d'un trouble psychique ayant altéré son discernement. "Là, je suis altéré", intervient M.N. "Pourquoi avez-vous arrêté votre traitement", l'interroge la présidente. M.N chuinte : "C'est la misère". "Avez-vous dit à votre médecin que votre traitement ne vous faisait pas du bien ?" On distingue dans sa réponse "sueur, ventre mort, suis pas noir, menottes, vice de forme et code civil". "C'est vrai que si vous dites ça, cela ne doit pas être facile de faire le tri", constate, agacée, la présidente.

Des cas qui n'ont rien à faire là

"Ce que nous demandons c'est que M.N ne soit plus autorisé à se rendre dans cette agence. A défaut de traitement, c'est un personnage dangereux", requiert l'avocat du crédit coopératif. "C'est vous qui êtes dangereux pour l'humanité", crache le prévenu. Au procureur, selon qui se pose le problème de la personnalité, il répond : "Non ma personnalité, c'est à moi de le dire".

Grandiloquent, altérant le ton de sa voix, le défenseur de M.N. vient à la rescousse de son client. "Ce qui est terrible, c'est que vos tribunaux sont surchargés car vous devez gérer des dossiers comme celui-là qui n'ont rien à faire là", tonne-t-il en regardant la présidente droit dans les yeux. La voix teintée d'ironie, il continue : "On voit bien ici les limites du judiciaire et du sanitaire". "Si vous prononcez une abolition, vous avez la possibilité que M.N. ne soit ni à la rue, ni en prison. Le législateur vous a permis de le faire", encourage l'avocat. A M.N. le mot de la fin. Celui qui exceptionnellement n'a pas moufté pendant le réquisitoire de son défenseur se félicite : "J'ai bien aimé ce qu'il a dit. Il a tablé sur la misère... C'est vrai que j'ai connu beaucoup de misère..."

Dans son résultat, le tribunal écarte la peine plancher. Reconnu coupable, M.N écope de 6 mois d'emprisonnement, dont trois avec sursis et une mise à l'épreuve de trois ans. Il se voit en outre interdire l'accès à l'agence du crédit coopératif et de son personnel.

Par Amélie Gautier le 25 novembre 2009 à 14:10
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2 Commentaires

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  • tf1new, le 25/11/2009 à 18h26

    Ben voyons , la peine est lourde ! pour les citoyens , sa change des politiques !!!

  • lecritiqueur, le 25/11/2009 à 17h28

    Non aucun commentaire

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