La révolte des juges contre une "loi scélérate"

Par TF1 News (D'après agence), le 04 mars 2010 à 07h13 , mis à jour le 04 mars 2010 à 07h16

Après la disparition du juge d'instruction, un autre point de la réforme de la procédure pénale suscite la fureur des juges : le raccourcissement des délais de prescription, accusé de protéger "amis du pouvoir" et "délinquants financiers".

procès justice tribunal © TF1-LCI

Ce sont deux voix qui portent dans le milieu judiciaire, et deux noms emblématiques : Renaud Van Ruymbeke, qui a instruit notamment l'affaire des frégates de Taïwan, et Eva Joly, qui fut chargée notamment du dossier Elf. Tous deux s'en prennent violemment à la réforme de la procédure pénale, qui fait actuellement l'objet de concertations. Non plus seulement à travers sa mesure déjà la plus décriée, la disparition annoncée du juge d'instruction, mais à travers un autre point qu'ils estiment au moins aussi condamnable : le raccourcissement des délais de prescription.

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Renaud Van Ruymbeke avance ses arguments dans les colonnes du Parisien. Pour le juge du pôle financier de Paris, cette modification envisagée des délais de prescription pour les abus de biens sociaux va tout simplement "épargner une partie des délinquants financiers". La mesure prévoit de faire démarrer la prescription à la date où les détournements sont commis et non plus au moment où ils sont révélés. En parallèle, le délai de prescription passerait de trois à six ans pour les délits punis d'au moins cinq ans de prison.

Une loi "indécente, anti-démocratique"

"Avec une telle réforme, les dirigeants qui opèrent de telles pratiques condamnables peuvent être tranquilles. Car ce sont des faits qui mettent des années avant de faire surface", affirme Renaud Van Ruymbeke. Si une telle mesure avait été appliquée par le passé, argumente le magistrat, "une partie des faits de l'affaire Elf serait passée à la trappe. Pour les frégates de Taïwan, c'est pareil".

Eva Joly a attaqué pour sa part le projet mercredi à Nice. Magistrate mais aussi eurodéputée d'Europe Ecologie, elle participait à un meeting de son groupe en compagnie de Laurence Vichnievsky, tête de liste EE dans la région Paca, et de Noël Mamère entre autres. Pour elle, le projet a un but simple mais inavouable : "C'est une loi scélérate, indécente, anti-démocratique, dont l'unique objectif est de blanchir quelques amis du pouvoir. Cette loi si elle rentre en vigueur va sauver Falcone, Marchiani et Charles Pasqua". Trois noms emblématiques du dossier de l'Angolagate, affaire de trafic d'armes remontant aux années 1990 pour laquelle Pierre Falcone, Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani ont été condamnés à de la prison ferme en octobre dernier.

Par TF1 News (D'après agence) le 04 mars 2010 à 07:13
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9 Commentaires

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  • veriteur, le 09/03/2010 à 07h21

    Nicolasleroidec...et la séparation entre l'exécutif et le législatif...tu peux me dire ce qu'elle est devenue ! Et quand le résultat d'un référendum est refusé et le traité repassé par le législatif ? Et quand les députés qui ont "mal" voté sont priés de recommencer...c'est quoi?

  • claudcouledouce, le 04/03/2010 à 21h00

    Messieurs les journalistes vous êtes là pour informer. Alors expliquez aux gens que la réforme de l'imprescriptibilité des Abus de Biens Sociaux (ABS) n'est pas destinée à les dépénaliser mais a leur donner le même régime que les autres crimes ou délits alors que, de ce point de vue là, actuellement, les ABS sont au même niveau que les crimes contre l'humanité. Il ne faut quand même pas comparer un chef d'entreprise qui paye le coiffeur à sa femme avec la caisse de son entreprise avec les génocideurs. Si vous faites de la désinformation, alors ne me publiez pas et couchez vous.

  • jgh67, le 04/03/2010 à 15h55

    Je suis entièrement d'accord avec vous ( de même qu'avec aciery) . Par ailleurs tout ce qui s'offusquent de la réaction du corps magistrale, soutienent visiblement le fait qu'une catégorie de délinquants risque dorénavant moins d'être punis . C'est grave, car cela laisse la porte ouverte à de possibles autres "dépénalisations" de délits ou "minoration de peines". Ce serait plutôt ce type de laxisme qu'il faudrait déplorer dans un état de droit...

  • 421123, le 04/03/2010 à 12h02

    La "JUSTICE" doit appliquer les lois.

  • poyat13, le 04/03/2010 à 09h42

    Le corporatisme des fonctionnaires de la justice est indécent. Ils ne veulent aucunes réformes. Mais ils oublient qu'ils sont payés par nos impôts, et doivent donc comme tout un chacun obéir aux lois votées par le parlements. S'ils ne sont pas contant ils peuvent démissionner pour aller travailler dans le privé.

  • aciery, le 04/03/2010 à 09h33

    Pourquoi modifier le délai de prescription si ce n'est pour protéger certaines personnes ? Expliquez moi ?

  • schrabdoule, le 04/03/2010 à 09h15

    En quoi les fonctionnaires sont réfractaires à la réforme? Où est-il écrit que le gouvernement propose que la seule réforme possible? Concernant les juges, comme d'autres catégories de fonctionnaires, ils s'expriment pour faire comprendre à des profanes comme nous, ce qui est en jeux!! Vous pensez sérieusement que dans leur vie personnelle cela changera quelque chose? Ils veulent simplement nous faire comprendre ce que cette réforme implique, et pour qui elle sera profitable. Pas forcement pour le bon peuple ..........

  • nicolasleroidec, le 04/03/2010 à 08h17

    Pour qui se prennent les juges? Ont-ils oublié la séparation des pouvoirs? Les lois sont votées par le Parlement représentant le peuple français. A eux la charge de la faire respecter. En cas de désaccord, il est toujours temps de changer de métier.

  • henri_bambelle, le 04/03/2010 à 08h06

    Tous les compartiments de la fonction publique sont peuplés de personnes réfractaires à toute réforme. S'ils continuent à se comporter de la sorte, les fonctionnaires seront assimilés à des conservateurs ou, pire, à des réactionnaires. Dans un monde en mouvement, qui n'avance pas recule !

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