Bien noté par sa hiérarchie, Philippe Brassart, officier de police judiciaire à la Brigade de répression des atteintes aux biens à Marseille, ne s'était jamais fait remarquer. Jusqu'à cette garde à vue, le 24 juillet 2008, d'une jeune femme, entendue dans une affaire d'escroquerie et chez laquelle avait également été retrouvée une petite quantité de cannabis. Il lui aurait fait comprendre qu'il pouvait se montrer compréhensif concernant le stupéfiant si elle se montrait "gentille". Et il l'aurait contrainte à lui pratiquer une fellation dans les toilettes de l'hôtel de police. La jeune femme s'était confiée sur les conditions de sa garde à vue à des collègues de travail et à son chef qui en avait immédiatement informé l'Inspection générale de la police nationale.
L'affaire devait en faire remonter plusieurs autres. Tout d'abord une plainte sans suite, déposée en janvier 2005 par une autre jeune femme qui accusait l'officier de police d'attouchements sexuels. Réentendue, cette dernière confirmait le contenu de sa plainte. Et à la suite de la médiatisation de cette affaire, trois autres femmes allaient accuser Philippe Brassart.
"Tu me suces, tu es libre"
Le policier, actuellement suspendu de ses fonctions et incarcéré, est jugé cette semaine devant les assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, pour "viol et agressions sexuelles commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction", ainsi que pour "corruption passive". Toutes les accusations portées contre lui présentent de fortes similitudes. L'une des femmes qui accuse Philippe Brassart, entendue dans un dossier de cambriolage au début de l'été 2008, affirme avoir subi un interrogatoire au cours duquel la conversation aurait rapidement dérivé. "Tu me suces, tu es libre, tu me suces pas, tu vas aux Baumettes", aurait notamment lancé l'accusé. Des propos s'assimilant au délit de corruption passive. Les mêmes faits sont reprochés au policier concernant une autre femme, qui aurait subi des propositions salaces, l'accusé se montrant particulièrement intéressé par son piercing sur la langue. Quant à la dernière victime présumée, elle aurait subi des attouchements.
En couple avec une collègue de travail et décrit comme sans anomalies psychiques ou sexuelles par les experts qui l'ont examiné, l'accusé nie le crime et les délits qui lui sont reprochés. Selon son avocat, Me Gérard Bismuth, il reconnaît s'être fait faire une fellation mais dit avoir été "trompé par la passivité" de sa première accusatrice et y avoir vu "un accord de sa part". Quant aux autres victimes présumées, Me Bismuth dit "croire que ces femmes se sont servies de cette affaire très médiatisée pour s'exonérer de leur responsabilité dans les faits qui leur étaient reprochés". L'avocat de la défense entend donc plaider l'acquittement concernant le viol et la relaxe pour les délits de corruption passive et d'agression sexuelle.
Du côté des parties civiles, Me Jean-Jacques Campana, l'avocat d'une des plaignantes, espère qu'à l'audience l'accusé changera d'attitude. "S'il dit qu'il regrette, ce sera différent", souligne-t-il, décrivant un accusé "bien noté par les services de police mais visiblement perturbé". La décision est attendue mercredi.
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