Inédit : une avocate a pu assister son client en garde à vue

Par , le 06 mai 2010 à 12h37 , mis à jour le 06 mai 2010 à 12h57

Un magistrat grenoblois a autorisé fin avril une avocate à assister son client au cours d'un interrogatoire de garde à vue à la gendarmerie de Vizille, dans l'Isère. Une première !

Mains menottéesMains menottées © TF1/LCI

"Que le gouvernement le veuille ou non, la révolution est en marche !", se réjouit sur TF1 News maître Claude Coutaz,  président de la section grenobloise du Syndicat des avocats de France, qui défend, aux côtés d'autres organisations, le droit de pouvoir assister leurs clients tout au long de leur garde à vue. Le 25 avril dernier, le vice-procureur de Grenoble, Christophe Vivet a, en effet, autorisé une avocate à rester près de son client lors d'un interrogatoire, dans le cadre d'une prolongation de garde à vue pour recel de vol et incendie volontaire à la gendarmerie de Vizille, dans l'Isère. Une décision totalement inédite puisque non prévue dans le code de procédure pénale actuel.

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"J'ai expliqué aux gendarmes qu'en vertu de l'article 6-1 de la Convention européenne des droits de l'homme et des récents arrêts rendus par le Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), mon client souhaitait que je l'assiste au cours de son troisième interrogatoire, explique l'avocate en question, Aurore Devigny, à TF1 News. Un peu surpris et embêtés, les gendarmes ont faxé ma demande au magistrat de permanence qui, au bout d'une heure d'attente et, à la surprise générale, a donné son feu vert". Une autorisation toutefois très encadrée puisque l'avocate n'a pu "formuler des observations et des questions qu'en fin d'interrogatoire". Mais qu'importe pour l'avocate, pour qui il s'agit déjà "d'une petite révolution dans nos pratiques". "Alors que jusque là nous apportions surtout un soutien moral aux gardés à vue, là, j'ai eu le sentiment d'une réelle efficacité", estime Aurore Devigny, dont le client a été par la suite mis en examen.

exergue Cette décision devrait libérer l'initiative d'autres magistrats


 
"J'ai pris la décision d'autoriser l'avocate à assister son client pendant l'interrogatoire, au vu d'une jurisprudence récente de la CEDH mais aussi du TGI de Grenoble et de la cour d'appel de Grenoble", a expliqué de son côté à l'AFP le vice-procureur Christophe Vivet. "On peut déduire, au vu de ces décisions, qu'il existe un risque que des auditions ne soient pas valides si la personne a expressément demandé à être assistée", poursuit-il, soulignant sa volonté de "protéger la validité de la procédure".
 
"Qu'un magistrat, dont l'indépendance est parfois contestée, prenne cette décision à un moment où on tente d'enterrer ou de reporter la réforme de la garde à vue est un signe fort, souligne Claude Coutaz. Elle devrait libérer l'initiative d'autres magistrats, comme cela a été le cas avec les annulations de procédures devant les tribunaux". "Cette décision du parquet n'est que la conséquence logique de la quinzaine d'arrêts de la CEDH qui sont tombés depuis deux mois, constate pour sa part, sur TF1 News, Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature. Gouverner, c'est prévoir, et il est quand même aberrant que l'exécutif ne se saisisse pas de ce problème que tout le monde dénonce, et le renvoi à la responsabilité du magistrat", explique ce magistrat qui rappelle au passage que "dans la hiérarchie des normes, la CEDH est le plus haut échelon et que ses arrêts s'imposent aux Etats membres".
 
Le code de procédure pénale prévoit un entretien dès la première heure de  garde à vue avec l'avocat, mais pour une durée ne pouvant excéder une demi-heure. Les partisans d'une réforme soutiennent que l'avocat doit pouvoir assister son client pendant ses interrogatoires et avoir accès au dossier. Interrogés sur le risque d'annulation de la procédure de l'affaire de Vizille du fait de la présence de l'avocat pendant l'audition alors que le code actuel ne le prévoit pas, avocats et magistrat sont unanimes : "on ne peut en aucun cas annuler une procédure au prétexte qu'elle accorde plus de droit à un accusé que ce qui est normalement prévu !".

Par Alexandra Guillet le 06 mai 2010 à 12:37
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18 Commentaires

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  • henri_bambelle, le 08/05/2010 à 17h11

    La justice a pour mission de veiller au respect des droits du délinquant. La victime est sans importance.

  • humanoide56, le 07/05/2010 à 13h00

    La magistrature ainsi que la sécurité civile liée ne devraient avoir qu'un patron, la République ! Dont le système de fonctionnement devrait-être surveillé par une commission permanente démocratique et représentative des 3 Chambres : Députés, Sénat, et Constitutionnelle, l'administration reviendrait dans le giron du Ministère de la Fonction Publique, tout comme la santé et l'éducation nationale.

  • philreac06, le 07/05/2010 à 07h30

    Si les gardes à vue était reservé au truand , effectivement ...mais ce n'est pas le cas , on peut ne pas etre coupable et les derapages alors se multiplie pour vous faire peur! invention ect....alors je pense qu'en effet un avocat present permet d'eviter les derapages...!un coupable reste un coupable mais pensez qu'il y a aussi des petits délits involontaires comme ne pas pouvoir payer un chèque , une facture ect...où vous pouvez etre mis en garde à vue , ce qui en plus de votre soucis financier peut vous marquer à vie!

  • deadpool59, le 06/05/2010 à 23h32

    On est dans le pays des droits du truand?

  • belialgoth, le 06/05/2010 à 23h10

    La Police Française n'est pas celle de Fidel Castro ou de Staline, elle n'a pas besoin de garde-fou, le Code de Procédure Pénale est là... Je ne pense pas non plus que ce soit le "français" qui en soit "soulagé" (sinon son porte-monnaie...). Avant de parler des Droits, pensez plutôt à vos Devoirs et vous n'aurez jamais à subir ce qui semble vous traumatiser (une rencontre avec les terribles policiers de la France...).

  • g_tjrs_raison, le 06/05/2010 à 20h48

    Quelle honte ! Jusqu'à aujourd'hui les truands n'avaient pas droit à un avocat en garde à vue ! Pauvres voleurs, ils sont à plaindre ! Bientôt ils n'auront même plus à y aller et pourront envoyer leur avocat à leur place. Les voleurs ont encore de beaux jours devant eux et en attendant nous on peut aller bosser comme des malades pour engraisser ce système pourri.

  • mini-moun, le 06/05/2010 à 20h13

    Oui et puis on pourrait leur apporter le ptit dej au lit aussi!

  • gwadaseb, le 06/05/2010 à 19h36

    Je pense sincèrement que l'assistance d'un avocat durant la GAV (garde à vue) n'est pas une bonne chose dans la mesure où les "vrais criminels" et les gens aisés vont en profiter car financièrement capables de se payer la présence d'un avocat. Pour le reste, je doute qu'un avocat commis d'office, donc payé par l'aide juridictionnelle, assiste toutes les gardes à vue pour un montant dérisoire, réglé plusieurs mois après...j'en déduis : justice de riches et de malfrats. Je ne vous parle même pas des gens réellement tordus et pour lesquels une GAV permet généralement de faire jaillie la vérité.

  • rpjbrpjb, le 06/05/2010 à 18h52

    C'est interressant et bizarre de savoir que beaucoup de français sont contre le fait qu'un avocat puisse être présent rappidement lors d'un intérogatoire. Il faudrait penser que cette méthode pourrait un jour nous servir, car si il existe des avocats, c'est avant tout pour défendre nos droits. Bien sur il y a des gens peu recomandables qui en profitent mais dans l'ensemble cette mesure devrait tout de même soulager le français. Savoir qu'un avocat doit intervenir rapidement, certains policiers hésiteront ainsi de transgresser cette loi qui sert de garde-fou. Maintenant si on laisse le choix aux personnes, certains n'en voudront même pas.

  • csf933, le 06/05/2010 à 18h35

    Dans peu de temps, on ne pourra même nous arrêter, donc, il ne faut pas s'affoler.

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