"Yvan Colonna a frappé à ma porte et je lui ai ouvert"

Par , le 19 mai 2010 à 06h00 , mis à jour le 19 mai 2010 à 16h38

Dossier : Yvan Colonna

Interview - Cinq personnes comparaissent en correctionnelle à partir de mercredi pour avoir aidé Yvan Colonna lors de sa cavale. Parmi elles, la chanteuse Patrizia Gattaceca, qui n'a "aucun regret" pour son "geste d'hospitalité".

[Expiré] [Expiré] Patrizia Gattaceca © AFP

Un fabricant de fromages de chèvres, une chanteuse, un propriétaire de camping, le fils d'un célèbre nationaliste et un beau-frère. Points communs à tous ces gens : tous sont corses, et tous comparaissent depuis mercredi matin, devant le Tribunal correctionnel de Paris, au côté d'Yvan Colonna, pour l'avoir aidé, à un moment donné, dans sa cavale qui aura duré quatre ans, entre 1999 et 2004, mettant sur les nerfs toutes les polices de France. Depuis Yvan Colonna a été condamné par deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre du préfet Claude Erignac en 1999.

  • Yvan Colonna se marie en prison en présence de Mgr Gaillot

    L'homme de 50 ans, qui sera jugé à partir du 2 mai pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac, s'est marié jeudi matin avec une femme de 38 ans à la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne.

    Publié le 03/03/2011 Yvan Colonna se marie en prison en présence de Mgr Gaillot
  • Yvan Colonna aura la bague au doigt ce jeudi

    Le berger corse âgé de 50 ans se marie jeudi matin à la prison de Fresnes. A partir de mai, il sera jugé pour la troisième fois pour l'assassinat du préfet Erignac.

    Publié le 03/03/2011 Yvan Colonna aura la bague au doigt ce jeudi
  • Colonna condamné à un an ferme pour détention d'armes

    Le berger corse était en possession de ces armes lors de son arrestation. Des peines de dix mois à trois ans de prison avec sursis ont en outre été prononcées contre quatre des cinq personnes soupçonnées de l'avoir aidé durant sa cavale.

    Publié le 08/07/2010 Colonna condamné à un an ferme pour détention d'armes
  • Il y aura un troisième procès Colonna

    La Cour de cassation a annulé mercredi pour des raisons de forme la condamnation à perpétuité d'Yvan Colonna, pour l'assassinat en 1998 du préfet Claude Erignac, ouvrant la voie à un troisième procès d'assises.

    Publié le 30/06/2010 Il y aura un troisième procès Colonna
  • Les complices présumés de l'incroyable cavale d'Yvan Colonna

    Cinq personnes comparaîtront mercredi à Paris car elles sont suspectées d'avoir aidé Yvan Colonna lors de sa fuite. Parmi elles, une chanteuse corse proche des nationalistes.

    Publié le 18/05/2010 Les complices présumés de l'incroyable cavale d'Yvan Colonna
Plus d'infos

Poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et recel de malfaiteurs", Frédéric Paoli, André Colonna (sans lien de parenté avec le berger de Cargèse), Claude Serreri, Marc Semeoni et Patrizia Gattaceca encourent une peine maximale de dix ans de prison. Yvan Colonna, 50 ans, sera également présent, pour la détention d'une grenade et de munitions lors de son séjour dans le maquis. Patrizia Gattaceca a connu Yvan Colonna lorsqu'ils étudiaient à Nice à la fin des années 70. Elle a reconnu avoir hébergé le berger de Cargèse par deux fois, en 2002 et 2003, pendant plusieurs semaines dans sa maison isolée de Penta Acquatella, en Haute-Corse. Sept ans plus tard, à la veille de son procès, cette chanteuse de variétés, figure connue et engagée de la culture corse, n'éprouve "aucun regret".

exergue "C'est le procès de gens qui n'ont fait que tendre leur main" 


 

patrizia Gattaceca
TF1 News : Pourquoi avez-vous apporté votre aide à Yvan Colonna alors qu'il était activement recherché?
Patrizia Gattaceca : J'ai connu Yvan lorsque nous étions étudiants à la fin des années 70. Après nous nous nous sommes perdus de vue, parce qu'il est du Sud de la Corse et moi du Nord. Mais nous avons gardé des liens d'amitié parce que le temps, quand on est amis, ne compte pas. Un jour, alors que tout le monde le recherchait dans le cadre de l'assassinat du préfet Erignac, il a frappé à ma porte et je lui ai ouvert.
 
TF1 News : Pourquoi avez-vous accepté de l'héberger alors qu'à l'époque, il était l'homme le plus recherché de France ?
P.G. : C'est à cause du contexte de l'époque. Il ne faut pas oublier que le ministre de l'Intérieur (ndlr : Nicolas Sarkozy) l'avait désigné publiquement comme le coupable, faisant fi du principe de présomption d'innocence. Le contexte était lourd et particulier. Nous avons subi en Corse une répression terrible. Il y a eu des centaines d'agriculteurs interpellés, jetés en prison pendant des mois voire des années. Ma famille a été personnellement touchée. Des enseignants ont été condamnés en première instance puis innocentés en appel. Ces rafles ont fait des dégâts collatéraux, plongé des familles entières dans la douleur et les ennuis.

Donc, quand Yvan Colonna se présente chez moi, qu'il me dit qu'il est innocent et qu'il veut essayer de prendre du recul et de réfléchir au calme, je comprends. Je pense que mon geste a été une réaction à tout ce qui se passait. Je veux bien que l'on fasse des enquêtes et que les affaires soient résolues pour qu'on arrive à la vérité. Je crois en la justice, je crois au droit et j'en suis éprise. Mais à un moment donné, il faut que les plus hauts représentants de l'Etat respectent aussi ce droit.
 
TF1 News : A quoi ressemblait votre quotidien ?
P.G. : Je travaillais la journée donc on se voyait le matin autour d'un café et le soir pour le dîner. Je lui parlais de mon travail. Nous échangions beaucoup sur la littérature et le cinéma. Il lisait beaucoup. Il piochait dans ma bibliothèque. Il aimait beaucoup les bandes dessinées. Il était plutôt serein. Après je ne sais pas ce qu'il avait en lui, je n'ai jamais scruté son intime. Jamais nous n'avons parlé de l'affaire. Ce n'était pas mon rôle de lui demander ou de lui conseiller quoi que ce soit.
 
TF1 News : Vous dites que vous croyez en la justice. Qu'avez-vous ressenti lors de la condamnation à perpétuité d'Yvan Colonna ?
P.G. : J'ai suivi de près toute cette affaire et il s'avère que les preuves matérielles manquent dans cette affaire et que l'on a condamné Yvan Colonna sur des convictions. Mon intime conviction est qu'il est innocent.
 
TF1 News : Comment abordez-vous votre procès ?
P.G. : J'essaie de rester sereine. Ce sera une épreuve assez difficile. Les chefs d'accusation (ndlr : recel de malfaiteurs et associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste) sont très lourds. C'est le procès de gens qui n'ont fait que tendre leur main à un moment donné de leur vie dans une situation particulière. J'essaie de garder mon calme. De toute façon, j'ai toujours assumé mon geste, qui était un geste spontané et d'amitié. Je ne regrette rien. Je n'ai tué ou fait de mal à personne. Je n'ai fait allégeance à aucun réseau. C'était un geste du cœur et un geste individuel. Je n'ai fait que respecter mes valeurs, notamment celles de l'hospitalité et de la solidarité, et un grand principe, celui de la présomption d'innocence. Je suis d'accord pour que l'on juge tout le monde, mais alors que, l'on juge aussi le ministre de l'Intérieur qui, à l'époque, n'aurait jamais du avoir ces propos. Peut-être que moi j'ai mal agi au regard de la loi mais c'est encore plus grave quand cela est fait par des représentants qui sont censés nous guider.
 
TF1 News : Vous connaissiez les quatre autres prévenus qui seront assis à côté de vous ?
P.G : Je ne connais que Marc Simeoni parce que c'est le fils d'Edmond Simeoni, qui est une figure politique sur l'île.
 
TF1 News : Depuis son incarcération, vous avez gardé des contacts avec Yvan Colonna ?
P.G. : Au début, lorsqu'il était en prison, nous avons échangé des correspondances. Mais à partir du moment où j'ai été mise en examen, j'ai eu l'interdiction d'entrer en contact avec lui ou toute autre personne de sa famille ou en lien avec l'affaire. 
 

Cargèse-Caracas-Propriano

Ancien éleveur de chèvres du village de Cargèse, Yvan Colonna a toujours clamé son innocence et a refusé de participer à la majeure partie de son procès en appel  l'année dernière à Paris, se disant victime d'un montage politique. Sa fuite est devenue une affaire d'Etat et a entraîné des recherches jusqu'au Venezuela, où un témoin croyait avoir vu le berger. Il a finalement été arrêté le 4 juillet 2003 dans une bergerie isolée située près de Propriano, dans le sud de l'île. Sans avoir totalement retracé toutes les étapes de la fuite du berger, l'enquête a montré qu'il s'était appuyé sur des réseaux nationalistes et a résidé en Corse. Il était, semble-t-il, le plus souvent dans le maquis, dans des bergeries isolées. Mais il ne s'est pas toujours caché, se rendant même en 2003 sous un faux nom dans un hôpital subir une radio de la hanche.
 
Le dossier reste sensible en Corse, où la violence politique n'a jamais cessé et où les listes nationalistes et régionalistes ont obtenu plus de 35% des voix aux élections régionales de mars dernier, dont 25% pour celle conduite par Gilles Simeoni, un des avocats d'Yvan Colonna.

 

Par Alexandra Guillet le 19 mai 2010 à 06:00
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22 Commentaires

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  • lenicois55555, le 23/05/2010 à 19h39

    Alors si les corses veulent vraiment être français, pas d'exception corse : mêmes lois, mêmes punitions, pas d'"indépendantistes" mais juste des criminels en bandes organisées !!! et tout ceux qui les aident, direction la prison ...

  • croix70, le 20/05/2010 à 19h25

    C'est l'argent des contribuables qui est dépensé pour tous les procès.................et Mr Colonna , avec ces procès et sa détention combien a t il déjà coûté?

  • racine15, le 20/05/2010 à 00h56

    2 procès, ça ne vous suffit pas? Il faut aller jusqu'où pour vous convaincre?

  • mammone, le 19/05/2010 à 23h14

    Merci Dadeille. Si les corses vous donnent leur amitié, c'est que vous la méritez. Et ceux qui pensent autrement, c'est qu'ils n'ont jamais mis les pieds en Corse... ou alors ils n'ont rien compris.

  • liberty61, le 19/05/2010 à 22h09

    Je ne suis pas Corse et j'ai toujours pensé que Colonna est innocent ... Trop d'incertitudes et de présomptions dans cette affaires qui ne tiennent pas debout ! A quand une véritable enquête ?

  • dameiris, le 19/05/2010 à 19h58

    Seuls les parents et les enfants peuvent légalement vous héberger dans de telles circonstances sans être inculpés.

  • monacfrance, le 19/05/2010 à 18h18

    Sans flagornerie je crois que j'en aurais fait tout autant !

  • dadeille, le 19/05/2010 à 18h18

    Je ne suis pas corse non plus mais pour y aller depuis des années en vacances, je ne changerai pour rien au monde de destination car effectivement les corses lorsqu'ils vous donnent leur amitié c'est pour la vie, une valeur que sur le continent s'est perdue depuis longtemps

  • dadeille, le 19/05/2010 à 18h15

    Juste un détail qui semble vous échapper, les corses sont français. Viva Corsica

  • beaurains62, le 19/05/2010 à 18h01

    C'est vraiment navrant d'avoir en France des gens comme çà...........

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