Jérôme Kerviel au palais de Justice avec son avocat, juin 2010 © ABACAMais qui est vraiment Jérôme Kerviel ? Au bout de trois semaines de procès, l'accusation est toujours bien en peine de répondre à cette question. Tout comme à celle, pourtant cruciale, des faits qui lui sont reprochés. Jeudi, l'accusation a demandé une peine de cinq ans de prison dont quatre fermes contre l'ancien trader de la Société générale, tenu pour responsable d'une perte de 4,9 milliards d'euros en 2008. Les procureurs Jean-Michel Aldebert et Philippe Bourion ont rejeté la thèse d'une complicité passive de la hiérarchie et demandé un jugement susceptible de rétablir la confiance du public dans les banques. "Nous sommes en présence d'un homme surentraîné, fraudeur permanent (...) Il a dupé sa hiérarchie, ses amis et ses collègues", a dit Jean-Michel Aldebert.
Daniel Bouton à la barre au procès Kerviel
Après l'affaire Kerviel, il avait été très critiqué, y compris par Nicolas Sarkozy. L'ex-dirigeant de la Société Générale aura une nouvelle fois l'occasion de s'expliquer cet après-midi au procès de l'ex-trader.
Publié le 22/06/2010
Kerviel : "Il mentait du début à la fin", mais "c'était crédible"
L'ancien supérieur hiérarchique immédiat de Jérôme Kerviel a affirmé lundi devant le tribunal correctionnel de Paris n'avoir rien su des dérapages du trader.
Publié le 21/06/2010
Procès Kerviel : "tous coupables !"
Deux professeurs d'université spécialisés dans la finance ont déposé jeudi pour la défense de l'ex-trader de la Société générale, mettant en cause le fonctionnement du métier de trader et ses contrôles.
Publié le 17/06/2010
Kerviel admet avoir fabriqué des faux
Au 7e jour de son procès, Jérôme Kerviel a raconté mercredi comment il avait contourné les contrôles qui, au long de 2007, s'étonnaient d'anomalies détectées dans ses opérations. Un autre incident, survenu en 2005, a également été évoqué.
Publié le 16/06/2010
Les magistrats se sont déclarés toutefois toujours perplexes sur la question des motivations du trader, excluant l'appât du gain ou de la célébrité, ainsi qu'un éventuel militantisme anti-banques. Philippe Bourion a donc envisagé l'hypothèse d'une "variante financière du bovarysme, qui consisterait à estimer qu'on mérite une autre vie, et y introduire des sensations fortes". Tout comme Emma Bovary, le personnage de Gustave Flaubert, cherchait à échapper à l'ennui de la vie provinciale en tentant de s'inventer une autre vie par des aventures extra-conjugales et d'autres escapades, par analogie, le procureur pense que Jérôme Kerviel a tenté d'échapper à l'angoisse d'une vie ennuyeuse à la banque.
"Je vais me battre"
L'avocat de Jérôme Kerviel, Me Metzner, ne devrait pas manquer d'appuyer ce vendredi sur cette faiblesse de l'accusation. L'ex-trader encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique". Me Metzner a indiqué à la sortie de la salle d'audience qu'il allait tout faire pour éviter une peine de prison : "Je vais me battre pour ça".
Tout au long du procès, l'ex-trader n'a pas dévié de sa ligne de défense : certes, il a dépassé les bornes, enregistré des opérations fictives et produit des faux, mais sa hiérarchie était au courant et le laissait faire tant qu'il gagnait de l'argent. Il affirme aussi qu'il était animé par le seul désir de "faire gagner de l'argent" à la banque, et refuse d'assumer la responsabilité de la perte. L'ex-trader a exprimé à l'audience des "regrets" mais, au-delà même de sa hiérarchie, il accuse plus largement le système financier et son fonctionnement.
"Génie malfaisant"
Me Metzner entend donc demander la relaxe de son client. Mais faire de la banque un autre coupable dans cette affaire, alors qu'elle est elle-même "victime" des agissements de son ex-trader, voilà qui est impensable pour les procureurs : "C'est Jérôme Kerviel que vous jugez et non la Société générale comme le voudrait la défense. (...) Cette affaire a créé un traumatisme mondial. Il s'agit d'arrêter le discrédit sur les banques. Il en va de l'ordre public, économique et financier", a lancé jeudi Jean-Michel Aldebert. Pour lui, que la banque n'ait rien vu s'explique simplement : "Quand on fait confiance à une personne, on ne peut imaginer qu'elle vous trahisse. La confiance a fonctionné comme une bombe à retardement. Quel aurait été l'intérêt de la banque à tolérer ce comportement, sauf à être suicidaire ?"
Et devant la difficulté à expliquer les motivations de Jérôme Kerviel, ce sont les qualificatifs grandiloquents qui pleuvent : Jérôme Kerviel a ainsi été décrit comme un "serpent", un "professionnel de la fraude", "surentraîné", "cynique", ayant mis au point un "système organisé, méthodique, continu" destiné à "trahir la confiance" de la banque. Même l'ex-président de la banque, Daniel Bouton, qui a quitté ses fonctions en avril 2009, est allé jusqu'à qualifier au procès mardi l'ex-trader de "génie malfaisant".
Le procès se termine ce vendredi avec la plaidoirie de l'avocat de Jérôme Kerviel. Le tribunal mettra ensuite sa décision en délibéré.
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