Procès Kerviel : la parole à la défense

Par TF1 News (D'après agence), le 25 juin 2010 à 07h18 , mis à jour le 25 juin 2010 à 07h22

Dossier : Kerviel, le procès

"Professionnel de la fraude", "surentraîné", "cynique" : face aux qualificatifs qui pleuvent sur son client, l'avocat de Jérôme Kerviel va tenter aujourd'hui de lui éviter la prison.

Jérôme KervielJérôme Kerviel au palais de Justice avec son avocat, juin 2010 © ABACA

Mais qui est vraiment Jérôme Kerviel ? Au bout de trois semaines de procès, l'accusation est toujours bien en peine de répondre à cette question. Tout comme à celle, pourtant cruciale, des faits qui lui sont reprochés. Jeudi, l'accusation a demandé une peine de cinq ans de prison dont quatre fermes contre l'ancien trader de la Société générale, tenu pour responsable d'une perte de 4,9 milliards d'euros en 2008. Les procureurs Jean-Michel Aldebert et Philippe Bourion ont rejeté la thèse d'une complicité passive de la hiérarchie et demandé un jugement susceptible de rétablir la confiance du public dans les banques. "Nous sommes en présence d'un homme surentraîné, fraudeur permanent (...) Il a dupé sa hiérarchie, ses amis et ses collègues", a dit Jean-Michel Aldebert.

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Les magistrats se sont déclarés toutefois toujours perplexes sur la question des motivations du trader, excluant l'appât du gain ou de la célébrité, ainsi qu'un éventuel militantisme anti-banques. Philippe Bourion a donc envisagé l'hypothèse d'une "variante financière du bovarysme, qui consisterait à estimer qu'on mérite une autre vie, et y introduire des sensations fortes". Tout comme Emma Bovary, le personnage de Gustave Flaubert, cherchait à échapper à l'ennui de la vie provinciale en tentant de s'inventer une autre vie par des aventures extra-conjugales et d'autres escapades, par analogie, le procureur pense que Jérôme Kerviel a tenté d'échapper à l'angoisse d'une vie ennuyeuse à la banque.

"Je vais me battre"

L'avocat de Jérôme Kerviel, Me Metzner, ne devrait pas manquer d'appuyer ce vendredi sur cette faiblesse de l'accusation. L'ex-trader encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique". Me Metzner a indiqué à la sortie de la salle d'audience qu'il allait tout faire pour éviter une peine de prison : "Je vais me battre pour ça".

Tout au long du procès, l'ex-trader n'a pas dévié de sa ligne de défense : certes, il a dépassé les bornes, enregistré des opérations fictives et produit des faux, mais sa hiérarchie était au courant et le laissait faire tant qu'il gagnait de l'argent. Il affirme aussi qu'il était animé par le seul désir de "faire gagner de l'argent" à la banque, et refuse d'assumer la responsabilité de la perte. L'ex-trader a exprimé à l'audience des "regrets" mais, au-delà même de sa hiérarchie, il accuse plus largement le système financier et son fonctionnement.

"Génie malfaisant"

Me Metzner entend donc demander la relaxe de son client. Mais faire de la banque un autre coupable dans cette affaire, alors qu'elle est elle-même "victime" des agissements de son ex-trader, voilà qui est impensable pour les procureurs : "C'est Jérôme Kerviel que vous jugez et non la Société générale comme le voudrait la défense. (...) Cette affaire a créé un traumatisme mondial. Il s'agit d'arrêter le discrédit sur les banques. Il en va de l'ordre public, économique et financier", a lancé jeudi Jean-Michel Aldebert. Pour lui, que la banque n'ait rien vu s'explique simplement : "Quand on fait confiance à une personne, on ne peut imaginer qu'elle vous trahisse. La confiance a fonctionné comme une bombe à retardement. Quel aurait été l'intérêt de la banque à tolérer ce comportement, sauf à être suicidaire ?"

Et devant la difficulté à expliquer les motivations de Jérôme Kerviel, ce sont les qualificatifs grandiloquents qui pleuvent : Jérôme Kerviel a ainsi été décrit comme un "serpent", un "professionnel de la fraude", "surentraîné", "cynique", ayant mis au point un "système organisé, méthodique, continu" destiné à "trahir la confiance" de la banque. Même l'ex-président de la banque, Daniel Bouton, qui a quitté ses fonctions en avril 2009, est allé jusqu'à qualifier au procès mardi l'ex-trader de "génie malfaisant".

Le procès se termine ce vendredi avec la plaidoirie de l'avocat de Jérôme Kerviel. Le tribunal mettra ensuite sa décision en délibéré.

Par TF1 News (D'après agence) le 25 juin 2010 à 07:18
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6 Commentaires

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  • lemondestfou, le 25/06/2010 à 11h42

    Il faudrait retirer tout son argent de la banque !!! Ah si seulement cela était possible !

  • depondy, le 25/06/2010 à 11h33

    Le Procureur n'est pas censé représenter LA Société, mais les valeurs de celle-ci,donc, a moins de vous surestimez n'ayez pas honte; quant-à la sanction employeur à employé, c'est déjà fait ils ont commencé par çà!

  • fatiiiiima, le 25/06/2010 à 11h20

    Hélas, chacun vise ses interêts ... bon courage monsieur

  • novyjean, le 25/06/2010 à 10h25

    Selon le procureur "Cette affaire a créé un traumatisme mondial. Il s'agit d'arrêter le discrédit sur les banques. Il en va de l'ordre public, économique et financier.." Nous y voilà: il faut faire un exemple! Nous sommes loin de la sérénité que requiert la Justice. Suivons la logique du Procureur. Elle signifie qu'a contrario, l'affaire serait sans importance si elle n'avait pas créé un traumatisme mondial et n'avait pas jeté le discrédit sur les banques, un pilier essentiel de l'ordre public, économique et financier. Ce serait donc "malheur à celui par qui le scandale arrive". Nous sommes loin de la Justice reposant sur le respect du droit et de l'équité comme fondement de la vie sociale et de la civilisation. Monsieur le Procureur est censé représenter la Société. A ce titre il me représente et j'ai honte. Je considère pour ma part que JK a commis des fautes graves qui doivent être sanctionnées par son employeur dans le cadre du droit du travail.

  • corlieu, le 25/06/2010 à 09h50

    Il est tout à fait agaçant pour moi de voir les banquiers, rois des chiffres, se muer en archevêques de la morale. Le cynisme des banques quand il s'agit d'aller chercher du profit est tel (un de mes clients banquiers - je suis formateur - m'avait répondu à une de mes questions naïves, notamment : "On charge en frais les petits comptes, parce que d'une façon générale, les pauvres n'osent pas protester !"), que l'on ne peut rester que perplexe quand on voit la tentative de diabolisation du seul Kerviel. Jérôme Kerviel est le révélateur qui montre où mène le système poussé à son extrême. Le ton accusateur pris par les responsables et repris par le Ministère Public est le même que prennent certains conseillers financiers lorsqu'ils ont des clients aux abois et qu'ils décident de les "lâcher". Justification : "Vous comprenez, en moralisant on les déstabilise. Et comme ça on garde la main." Ignoble. C'est contre cela qu'il faut se battre. J'espère que Maître Olivier Metzner va trouver les mots pour dévoiler cela. Et que les juges ne vont pas se tromper de "morale".

  • cindi21, le 25/06/2010 à 09h37

    Quand il a fait gagner de l'argent à la société générale elle n'a pas porté plainte là ???Bizarre .....;

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