Garde à vue : "une décision historique"

Par , le 30 juillet 2010 à 18h18 , mis à jour le 31 juillet 2010 à 07h27

Réactions - Si avocats et magistrats se réjouissent de la décision du Conseil Constitutionnel d'abroger le régime actuel des gardes à vue, les policiers demandent à préserver leurs pouvoirs d'investigation et le droit des victimes.

Un jeune homme menotté en garde à vue. TF1/LCIImage d'archives © TF1/LCI

Le Conseil Constitutionnel a jugé vendredi que le régime ordinaire de la garde à vue ne respectait pas les droits et libertés des citoyens, donnant au gouvernement moins d'un an pour faire voter une nouvelle loi plus protectrice. Réactions pour TF1 News d'un magistrat, d'un avocat et d'un policier, trois acteur incontournables de cette procédure de garde à vue.

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exergue Une victoire pour la profession d'avocat 

Fabrice Orlandi, avocat au barreau de Paris, président de l'Association "jamais sans mon avocat" : C'est une décision historique. C'est une victoire pour toute la profession d'avocat qui a réussi à mener de façon solidaire ce combat là depuis un an, que ce soit devant les juridictions judiciaires, administratives ou le Conseil constitutionnel.  Aujourd'hui la garde à vue à la française doit être revue.  Le Conseil dit notamment dans sa décision que l'avocat n'est pas assez présent. Il est évident que l'avocat qui est présent 20 minutes auprès de son client, dans le régime actuel, c'est exactement comme le médecin qui est au chevet de son patient et qui ne peut pas lui donner son médicament. La loi du 15 juin 2000 est du grand n'importe quoi. Il est urgent de la changer. Grâce à cette décision, nous allons enfin pouvoir avancer sur le plan des droits. Et en attendant la réforme, les avocats doivent continuer de contester la légalité de toutes les mesures de garde à vue devant les juridictions.

exergue La voie ouverte à une réforme réelle

Mathieu Bonduel, secrétaire général du Syndicat de la Magistrature : Cette décision est très encourageante parce qu'elle ouvre la voie à une réforme réelle du régime de la garde à vue de droit commun. Réforme que le syndicat de la magistrature souhaite depuis bien longtemps. Le débat est très vif depuis des mois et le Conseil constitutionnel a montré qu'il n'était pas sourd. Il a bien pris acte aussi de la banalisation de la garde à vue, puisque leur nombre a explosé ces dernières années sans commune mesure avec l'évolution de la délinquance. Et le Conseil montre un peu le chemin puisque qu'il dit qu'en l'état actuel du droit, il n'y a pas "l'assistance effective de l'avocat" pendant la garde à vue. Il rappelle par ailleurs que le droit au silence de la personne gardée à vue existe bien, mais encore faudrait-il lui en notifier le droit. Le Conseil a fixé un délai de 11 mois qui est largement suffisant. Si aujourd'hui le gouvernement est un peu dans l'embarras c'est de sa faute. La Cour européenne des droits de l'Homme lui a envoyé des signaux depuis bien longtemps.

exergue Le lobbying des avocats est fait pour les voyous

Patrice Ribeiro, responsable du syndicat de police Synergie Officiers : On prend acte de l'abrogation, mais d'un autre côté rien n'est prescrit de manière détaillée pour savoir ce qu'on doit faire ou ne plus faire. C'est flou. Un délai a été fixé pour se mettre en conformité. Nous le ferons en fonction des choix du gouvernement. Mais il faudra trouver un régime qui soit intrinsèquement équilibré : il y a les nécessités des droits de la personne mise en cause mais elles doivent être compatibles avec les nécessités de l'enquête et avec les droits des victimes. Or, pour l'instant, tout le lobbying des avocats dans cette affaire de garde à vue ne s'est fait que pour le droit des voyous et jamais celui des victimes. Tout ce que les policiers demandent, c'est que la manifestation de la vérité ne soit pas entravée. S'il faut qu'un avocat soit là tout de suite et tout au long de la garde à vue, nous ferons avec, mais il faut que la police ne soit pas défavorisée par rapport aux voyous. On ne doit pas arriver à une espèce d'arbitrage de ring où le voyou avec son avocat est l'égal de la police. Dans l'initiation du procès pénal, c'est l'intérêt de la société qui prime et donc les pouvoirs d'investigation de la police. Il faudra que les policiers aient plus de prérogatives et  que les procédures soient simplifiées. Aujourd'hui, une procédure pour un simple vol à l'étalage, c'est plusieurs dizaines de feuillets à remplir.

Par Alexandra Guillet le 30 juillet 2010 à 18:18
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64 Commentaires

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  • croix70, le 01/08/2010 à 20h16

    Au nom de la sacro sainte démocratie, appliquée à sens unique, par les voyous, les délinquants, les tueurs, les voleurs.......se sont victimes qui n'avaient pas être là , au mauvais endroit, au mauvais moment.....si cela continue, nous allons assister à 1 levée de bouclier des gens sans histoire, respectueuses des lois et de la DEMOCRATIE.

  • deadpool59, le 31/07/2010 à 19h20

    Ce pays fait peur!

  • buck.d, le 31/07/2010 à 15h46

    C'est bien tolosan31, vous êtes bien dans l'esprit d'aujourd'hui: faire des omelettes, mais sans casser les oeufs!

  • levioloniste06, le 31/07/2010 à 14h35

    Trop de démocratie , tue la démocratie..

  • cesco75, le 31/07/2010 à 13h36

    Bravo et merci aux "sages" du Conseil Constitutionnel. Les gardes à vue abusives dans des conditions sordides (cf le dernier bouquin de Beigbeder qui raconte cela très bien) sont un scandale au "pays des droits de l'homme"'. On peut être pour des mesures sécuritaires, pour une lutte accrue contre la délinquance et ne pas admettre que des personnes âgées (par ex.) soient en garde à vue pour un oui ou pour un non, comme çà s'est vu récemment.

  • j.bon, le 31/07/2010 à 11h19

    Drixer3 votre raisonnement fait peur il se résume donc a tout gardé a vu est coupable la police n'a simplement pas eu le temps de le prouver c'est avec ce genre de raisonnement que les accusés d'autraux ont ete mis en prison! Biboc59 certe le procureur peut lever la garde a vue mais c'est en fonction de ce que les policiers lui rapporte ! Globalement je ne vois pas en quoi la mise au secret pendant 48h d'un présumé coupable dans des conditions indigne d'une vraie démocratie apporte un plus pour la manifestation de la vérité ou pour le bien être des victimes. Le but de la police est généralement de faire avouer quelqu'un par ce qu'elle n'a pas les éléments suffisant pour l'incriminer c'est une drole de façon d'enquêter quant même.

  • 92jacob47, le 31/07/2010 à 10h22

    Tout a fait d'accord, et ce n'est que le début, je sais de quoi je parle

  • bilboc59, le 31/07/2010 à 08h39

    Pour répondre à tidav24 et drixer3, c'est le procureur qui décide de la fin de garde à vue, mesure qu'il peut lever à tout moment. A l'issue de cette garde à vue, il prend ou pas une décision. La mise en examen n'intervient que dans le cdre d'une ouverture d'information qui sera ensuite diligentée par un juge d'instruction. Mais la majorité des enquêtes sont terminées à l'issue de la GAV et ne nécessitent donc pas d'opuverture d'information et de mise en examen mais peuvent être jugées soit dans le cadre d'une comparution immédiate du GAV, soit dans le cadre d'une convocation à délai plus ou moins long, soit sans jugement dans le cadre de mesures dalternatives aux poursuites et enfin parfois pas du tout si le GAV est mis hors de cause, car l'enquête est à charge ET à décharge.

  • franky37, le 31/07/2010 à 08h29

    Gwadaxerxes : tout à fait d'accord avec vous. Qui aura les moyens de se payer la présence constante d'un avocat qui lui conseillera de garder le silence ? Pour ça, pas besoin de "baveux", ils savent très bien faire, refusant même de donner l'heure.

  • drixer3, le 31/07/2010 à 07h36

    Malheureusement c'est toi qui est dans l'erreur car la garde à vue ne dure que 48h et que oui effectivement beaucoup ne sont pas mis en examen à la suite de ces gardes à vue pour la simple et bonne raison que les policiers n'ont pas toujours le temps en 48h d'obtenir les éléments nécessaires à la mise en examen (en effet dans ces 48h la ils n'ont pas qu'un seul cas à résoudre car il n'y a pas qu'un seul gardé à vue toutes les 48h ca serait trop simple). Donc ils sont dans l'obligation de les relâcher...cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas coupable (bien sur il y en a dans le lot mais il ne faut pas se fier aux chiffres)

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