Image d'archives © DRLes gardes à vue sont-elles légales ? Après plusieurs mois d'intense polémique, le Conseil Constitutionnel examinait mardi la conformité de cette mesure décriée. En l'absence de trois des onze membres de l'institution, dont les présidents Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing, les Sages, qui rendront leur décision le 30 juillet, ont écouté, lors d'une audience publique, dix avocats plaider unanimement le caractère inconstitutionnel de cette mesure. Les avocats, notamment, la jugent attentatoire aux droits et liberté garantis par la Constitution. L'un d'entre eux, maître Emmanuel Daoud (1) nous détaille pourquoi.
Garde à vue : "une décision historique"
<b> Réactions - </b> Si avocats et magistrats se réjouissent de la décision du Conseil Constitutionnel d'abroger le régime actuel des gardes à vue, les policiers demandent à préserver leurs pouvoirs d'investigation et le droit des victimes.
Publié le 30/07/2010
Le régime de la garde à vue est contraire à la Constitution
Le Conseil Constitutionnel a décidé vendredi d'abroger à compter du 1er juillet 2011 tout le dispositif régissant les gardes à vue de droit commun en France.
Publié le 30/07/2010
Décision très attendue des Sages sur la garde à vue
Le Conseil Constitutionnel doit se prononcer ce vendredi sur la conformité de la garde à vue aux droits et libertés des citoyens. Une décision très attendue par les avocats qui mènent bataille depuis fin 2009.
Publié le 30/07/2010
Quand les cols blancs se préparent aux gardes à vue
<b> Reportage -</b> Depuis quatre mois, un cabinet parisien dispense aux cadres des grandes entreprises françaises une formation "au risque pénal dans l'entreprise". Chaque session affiche complet.
Publié le 30/03/2010
Nouvelle polémique sur des gardes à vue
Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête après la plainte de deux frères disant avoir été victimes d'un placement en garde à vue abusif et de violences policières à gagny. Les policiers mis en cause contestent formellement.
Publié le 19/03/2010
La garde à vue est-elle constitutionnelle ? Réponse le 30 juillet
Le Conseil Constitutionnel a examiné mardi la conformité de cette mesure décriée. Les avocats la jugent attentatoire aux droits et liberté garantis par la Constitution. Les Sages répondront fin juillet.
Publié le 20/07/2010
TF1 News : Pourquoi, aujourd'hui, selon vous, la garde à vue n'est-elle pas conforme aux droits et liberté garantis par la Constitution ?
Me Daoud : Parcequ’en l’état, elle ne permet pas d’offrir au justiciable une procédure juste et équitable, ce qui est son droit. Le système actuel prévoit une garde à vue d’une durée de 24 heures, renouvelable une fois. L’avocat peut être présent à la première heure et, s’il y a renouvellement, à la 25e heure, à la demande du gardé à vue. L’entretien dure 30 minutes mais se fait sans accès au dossier, ni aux interrogatoires menés par les policiers. La seule chose que peut faire l’avocat, c’est constater des anomalies dans la procédure. Cette absence d'assistance effective porte une atteinte disproportionnée à la liberté individuelle.
TF1 News : Rejoignez-vous certains de vos confrères qui parlent d’avocat cantonné à un rôle de "potiche" durant la garde à vue ?
Me Daoud : Tout à fait. Sur la conduite des investigations et la défense de notre client, notre plus-value est quasiment nulle. Faute notamment de pouvoir lire le dossier de l’accusation, on ne sait pas quoi lui dire, qui l’accuse de quoi, où chercher les éléments etc. On est dans le brouillard, on travaille à l’aveuglette.
Est-ce que pour parvenir à la manifestation de la vérité, il est nécessaire de maintenir exclusivement sous le contrôle de la police, la personne interrogée sans l’intervention de son avocat ? Je ne le crois pas. Contrairement à ce que disent les officiers, quand on cherche des éléments qui viennent confirmer l'infraction pénale, il est parfois difficile de repérer ceux qui dédouaneraient le gardé à vue. Avec la présence d’un avocat tout le long de la procédure, ce débat sur la suspicion de l'enquête serait définitivement clos.
TF1 News : Mais des policiers estiment que l'interrogatoire serait dénaturé par la présence de l'avocat. Que leur répondez-vous ?
TF1 News : Que souhaitez-vous ?
TF1 News : Quelles options s’offrent au Conseil constitutionnel ?
Me Daoud : Les Sages auront trois options. La première : décider d’annuler purement et simplement toutes les dispositions de la garde à vue. Deuxième option : valider certaines dispositions mais pas d’autres. Dans ces deux hypothèses, il faudra que le Conseil constitutionnel laisse un délai au gouvernement pour réformer la loi. Troisième et dernière hypothèse, on peut imaginer que le Conseil constitutionnel émette des réserves d’interprétation. En clair : préciser aux juges que telle ou telle disposition est à interpréter d’une certaine façon.
La décision du Conseil constitutionnel s’impose à tous mais elle n’a pas d’effet rétroactif ;ainsi les garde à vue décidées avant l’éventuelle réforme ne seront pas remises en cause, ce qui pose un vrai problème pour les libertés individuelles. Rappelons qu’il y a 900.000 gardes à vue par an, soit une moyenne de 1.300 par jour.
(1) Avocat au barreau de Paris et à la Cour pénale internationale, Maître Emmanuel Daoud, collabore régulièrement par ailleurs à l'Actualité juridique de droit pénal publiée chez Dalloz.
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