Les génocidaires de passage en France toujours pas inquiétés

Par L.B. avec agence, le 13 juillet 2010 à 17h04 , mis à jour le 13 juillet 2010 à 17h27

Les juges français pourront poursuivre et juger les étrangers coupables de génocides, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Mais seulement s'ils résident habituellement en France.

Génocide au RwandaGénocide au Rwanda © TF1-LCI

Le Parlement a définitivement adopté mardi un texte adaptant le droit pénal français à la Cour pénale internationale (CPI) lors d'un ultime vote de l'Assemblée, marqué par un vif débat sur la "compétence universelle" qui permet de poursuivre un génocidaire résidant habituellement en France.

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    En pointe pour défendre le droit international humanitaire, la France s'apprête pourtant à adopter une loi qui, en l'état, pourrait paralyser les poursuites sur son sol contre les criminels de guerre et autres responsables de génocides.

    Publié le 11/07/2010 Crimes de guerre : la France, trop frileuse donneuse de leçons
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Le projet de loi autorise les juridictions françaises à poursuivre et juger "toute personne qui réside habituellement" en France et qui se serait rendue coupable à l'étranger de l'un des crimes relevant de la CPI (génocide, crime contre l'humanité, crime de guerre...). C'est la clause dite de "compétence universelle". A la demande du gouvernement, l'Assemblée a adopté le texte dans les mêmes termes que le Sénat, qui s'était prononcé à l'unanimité en mai 2008 (la création de la CPI date de la Convention de Rome de 1998).

Mais l'unanimité n'a pas été de mise à l'Assemblée, où la gauche a voté contre, pour protester contre les restrictions apportées à l'exercice de la "compétence universelle". D'après l'opposition et même certains députés de la majorité, cette "compétence universelle" des tribunaux français est trop encadrée, notamment par la condition de "résidence habituelle en France" du criminel présumé.

La condition de "résidence habituelle" a fait débat

Des éléments d'actualité ont nourri un débat parfois tendu. Jean-Paul Lecoq (PCF) a ainsi accusé Claude Goasguen (UMP) d'avoir voulu "protéger Ehud Olmert d'avoir fait à Gaza des crimes de guerre". Référence à l'opération israélienne dans la bande de Gaza en janvier 2009 quand M. Olmert était Premier ministre sortant. "Si on applique le rapport Goldstone", les dirigeants israéliens de passage en France risquent d'être "bloqués par un tribunal à compétence universelle à qui l'on aurait donné la compétence de juger un ministre israélien", avait déclaré M. Goasguen, président du groupe d'amitié France-Israël.
 
La gauche et une partie de la majorité voulaient remplacer la condition de "résidence habituelle" en France par celle de simple présence sur le territoire. Avec la notion de "résidence habituelle", le chasseur de nazis "Simon Wiesenthal n'aurait pas pu arrêter Adolf Eichmann s'il avait été de passage en France", s'est emporté le villepiniste Jean-Pierre Grand (UMP). M. Goasguen lui a rappelé que "Simon Wiesenthal a enlevé M. Eichmann contre toutes les lois internationales en Argentine" en 1961.

 
Les crimes de guerre restent prescriptibles en droit pénal français
 
Yanick Paternotte (UMP) a tenté en vain un compromis en remplaçant le mot "habituellement" par "temporairement". Le maire de Sannois (Val-d'Oise) est directement concerné: le médecin rwandais Eugène Rwamucyo, visé par un avis de recherche d'Interpol pour son implication présumée dans le génocide des tutsis en 1994, a été interpellé fin mai dans sa commune.
 
La gauche et Jean-Pierre Grand ont aussi demandé en vain l'imprescriptibilité des crimes de guerre. Gouvernement et majorité ont maintenu cette notion exceptionnelle d'imprescriptibilité en droit français pour distinguer les seuls crimes contre l'humanité.

CPI: des associations "consternées" par le vote des députés

La Coalition française pour la Cour pénale internationale (CFCPI), collectifs d'associations, a exprimé sa "consternation" après l'adoption définitive au Parlement, mardi, d'un texte adaptant le droit pénal français à la Cour pénale internationale (CPI). "Les Eichmann ou les Pinochet de demain pourront venir en France sans risque d'être inquiétés tant qu'ils n'installent pas dans notre pays leur résidence habituelle", a déploré dans un communiqué la CFCPI qui regroupe 45 associations, ordres et syndicats professionnels. "Cette restriction constitue une erreur morale, juridique et politique", déplore la CFCPI. Le collectif estime que ces dispositions vont faire prendre à la France "un retard incompréhensible et injustifié et (qu'elle) restera en marge de la mondialisation de la lutte contre l'impunité des dictateurs et des bourreaux".

Par L.B. avec agence le 13 juillet 2010 à 17:04
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