© AFP / F. Dufour
Ce dernier, qui avait récemment refusé de donner suite à la demande du procureur général de Cour de cassation d'ouvrir une information judiciaire, devrait cette fois-ci, accéder rapidement à la requête de son supérieur hiérarchique direct. "Une fois la juridiction d'instruction saisie, il sera demandé à la Cour de cassation de statuer globalement sur le dépaysement, dans un autre ressort de cour d'appel, de l'ensemble des dossiers concernant cette affaire, au regard de la préservation de l'image de la justice et des conditions objectives de sérénité de la juridiction de Nanterre, auxquelles il est porté atteinte, quels que soient ses efforts et la qualité de son action", précise Philippe Ingall-Montanier dans un communiqué. La Cour de cassation devra se prononcer sur "le dépaysement de la totalité de l'affaire" Bettencourt, a précisé un peu plus tard la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, à l'Assemblée nationale. "Une plainte a été déposée par une des parties contre une juge" et "dès lors que des soupçons pesaient sur cette juge, les données n'étaient plus du tout les mêmes, et il n'était plus possible de laisser les choses en l'état".
Ce dossier de querelle familiale entre Liliane Bettencourt, 17e fortune mondiale, et sa fille est devenu un scandale politique depuis des révélations au printemps dernier impliquant l'UMP et notamment le ministre du Travail Eric Woerth. Le photographe François-Marie Banier, qui a touché selon une enquête de police près d'un milliard d'euros de dons de Liliane Bettencourt de 2002 à 2007, est visé par une plainte de la fille de la milliardaire, Françoise Meyers, pour abus de faiblesse. Le procureur Courroye mène actuellement trois enquêtes sur lesquelles il a jusqu'à présent refusé d'ouvrir des informations judiciaires : une première sur le contenu d'enregistrements réalisés chez Liliane Bettencourt ; une deuxième, qui met en cause le ministre du Travail Eric Woerth, sur un financement politique illégal ; une dernière pour atteinte à la vie privée.
Les réactions n'ont pas tardé. Les syndicats de magistrats et le député PS André Vallini se sont réjouis de cette annonce, tout en déplorant qu'elle survienne très tard et en soulevant la question de l'indépendance du parquet. "Sur le fond de l'affaire, ça ne change absolument rien pour mon client: j'attendais un classement sans suite (de l'enquête préliminaire, ndlr), j'attendrai désormais un non-lieu (prononcé dans le cadre d'une information judiciaire, ndlr)", a ironisé l'avocat du ministre, Jean-Yves Le Borgne. L'avocat d'Eric Woerth, Me Jean-Yves Le Borgne, lui, a déclaré à l'AFP qu'il préférait le "circuit court" de l'enquête préliminaire, menée par le parquet, à une éventuelle information judiciaire, confiée à un juge d'instruction.
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