Le CHU de Nancy jugé 11 ans après la mort d'une mère de famille

Par , le 10 novembre 2010 à 06h00 , mis à jour le 09 novembre 2010 à 16h48

Onze ans après la mort d'une patiente, le CHU de Nancy est jugé mercredi devant le tribunal correctionnel de la ville en tant que personne morale pour non-assistance à personne en péril

Hopital médecin chirurgien © DR

C'est l'ultime étape d'un marathon judiciaire mené depuis plus de dix ans par la famille de la victime, Josiane Leclerc. En juillet 1999, cette jeune femme de 38 ans et mère de trois enfants, avait succombé à une infection nosocomiale contractée à l'hôpital nancéien, cinq jours après une opération d'une tumeur bénigne dans le dos. Sa famille avait d'abord déposé une requête en indemnisation devant le tribunal administratif, qui a ordonné une expertise, rendue en 2001. "L'expertise démontrait qu'il y avait eu des dysfonctionnements, notamment une mauvaise appréciation de la gravité de la situation manifestement sous-estimée : nous avons donc déposé une première plainte au pénal, auprès du procureur, mais il l'a classée sans suite", a expliqué l'avocate de la famille, Me Orane Kroell.

Une seconde plainte avec constitution de partie civile a été déposée devant un juge d'instruction pour homicide involontaire. Deux rapports demandés par le magistrat instructeur ont alors pointé "des retards dans le diagnostic et dans la prise en charge des absences de transmissions de consignes", selon l'avocate. Mais, en 2005, le chirurgien mis en cause a bénéficié d'un non-lieu. La chambre de l'instruction de Nancy, saisie en appel, a alors requalifié  les faits en non-assistance à personne en péril, confirmant la mise en examen du chirurgien sur ce chef d'accusation, de même que deux autres médecins. Puis, après avoir ordonné une troisième expertise, la chambre de l'instruction a finalement décidé en 2009 de rendre un non-lieu en faveur des trois médecins, estimant qu'il y a eu "un dysfonctionnement de l'ensemble de la structure médicale".
 
Elle a cependant mis en examen le CHU, en tant que personne morale, et a décidé de le renvoyer devant le tribunal correctionnel. "C'est une bonne chose, cette affaire va enfin pouvoir être examinée par un tribunal", s'est félicitée Me Kroell. "Il y a eu une prise en charge défaillante dans cet hôpital, et une absence  de prise de conscience. Le fait d'être en train de mourir, quand on est à l'hôpital, et que personne ne veuille s'en rendre compte, c'est inadmissible", a-t-elle ajouté. L'avocat du centre hospitalier, Me Jean-Marc Dubois, a  en revanche estimé que "l'analyse juridique de la chambre de l'instruction (n'était) pas pertinente". Le procès doit durer une journée. Le CHU encourt une peine de 375.000 euros d'amende.

Par Alexandra Guillet le 10 novembre 2010 à 06:00
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1 Commentaires

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  • baal_, le 10/11/2010 à 13h12

    Je ne doute pas que l'avocat renseigne toutes les personnes qu'il croise sans qu'on lui demande rien et que tout le monde gagne ses procédures, puisqu'il trouve inadmissible qu'une personne puisse mourir dans un hopital sans que le personnel ne s'en rende compte (y avait pourtant les voyants "je suis en train de mourir" qui clignotaient sur son front). Bref tout ça pour dire que jusqu'à aujourd'hui personne n'est condamné mais qu'ils ont bon espoir de creuser encore un peu plus le budget de la santé. Et oui, on enverra pas l'hôpital en prison, alors il (le contribuable) payera en conséquent. Au final, à part l'indemnisation des ayants droits, tout le monde y perd, puisque personne ne sera véritablement sanctionné.

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