Policiers condamnés : colère ou solidaire, des réactions en série

le 11 décembre 2010 à 13h23 , mis à jour le 11 décembre 2010 à 18h00

Jugés pour avoir porté de fausses accusations contre un automobiliste, et rédigé un PV mensonger, des policiers ont écopés de peines allant de six mois à un an ferme. Politiques ou magistrats, les réactions affluent samedi.

Policiers condamnés: colère et reactions en sérieAu lendemain de la condamnation de sept policiers à de la prison ferme pour mensonge, les propos du ministre de l'intérieur Brice Hortefeux, qui a qualifié la décision de "disproportionnée", n'ont pas manqué de provoquer la colère des magistrats et de l'opposition. Vendredi soir, près de 200 policiers ont manifesté en uniforme devant le tribunal de Bobigny avec des voitures toutes sirènes hurlantes. © TF1/LCI

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Sept policiers jugés à Bobigny pour de faux témoignages et de fausses accusations portées contre un automobiliste ont été condamnés vendredi à des peines de prison ferme allant de six mois à un an. Une peine inscrite au casier judiciaire pour cinq d'entre eux, ce qui entraîne automatiquement une radiation de la police.

Les faits remontaient au 9 septembre. Ce jour-là, à Aulnay-sous-Bois, un policier était blessé à la jambe, percuté par une voiture après une course-poursuite. Lui et ses collègues avaient alors menti et accusé dans leur procès-verbal le conducteur de la voiture qu'ils poursuivaient. Mais ce dernier, placé en garde à vue pour tentative d'homicide sur fonctionnaire de police, avait nié. Et, au fil des heures, les témoignages des policiers s'étaient effondrés: c'était en fait des collègues d'une deuxième voiture qui étaient à l'origine de l'accident.

Des policiers comparés à la Gestapo

Les peines prononcées ce vendredi à Bobigny vont bien au-delà des réquisitions du substitut du procureur, qui avait réclamé, le 4 novembre dernier, des peines assorties de sursis, trois mois contre trois policiers et six mois contre les quatre autres. Il avait demandé que cinq d'entre eux quittent la police. Le représentant du parquet était allé jusqu'à comparer les policiers dans cette affaire à la Gestapo, provoquant des huées au tribunal et un tollé dès le lendemain, notamment chez les syndicats de police. A la barre, trois policiers ont reconnu avoir menti et affirmé qu'ils s'étaient concertés pour établir un faux procès-verbal. Un policier a accusé un collègue à la barre de lui avoir demandé de rédiger un faux. Mais les autres, eux, n'ont rien reconnu.

Fait rarissime, comme vous l'annonçait TF1 News, plusieurs dizaines de policiers se sont spontanément rassemblés vendredi soir devant le palais de justice de Bobigny pour manifester leur incompréhension face à la sévérité du jugement. Une vingtaine de véhicule ont fait retentir leurs gyrophares tout autour de l'enceinte du tribunal. Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat Alliance, s'est déclaré "en colère, atterré et écoeuré" par ce jugement, affirmant relayer la "colère de la base". "Les policiers ont reconnu la faute commise et nous ne comprenons pas" cette décision, assure-t-il, alors que "des multirécidivistes, dans ce tribunal et ailleurs, ne sont pas, eux, condamnés comme il se doit ou remis en liberté". Nicolas Comte, secrétaire général d'Unité-police SGP-FO (premier syndicat), s'est déclaré "stupéfait", le "tribunal étant allé au delà des réquisitions du procureur de la République". "Ces condamnations sont totalement disproportionnées" a-t-il ajouté. Pour Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie officiers, "c'est scandaleux", surtout "venant d'une juridiction exonérant souvent de toutes peines de prison des trafiquants de drogue, braqueurs ou des multirécidivistes". "C'est un acte politique", a-t-il assuré.

"Le métier de la police n'est pas de faire des faux"

Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux a également réagi vendredi: "Sans naturellement méconnaître la nature des faits qui ont été reprochés aux policiers, ce jugement, dans la mesure où il condamne chacun des sept fonctionnaires à une peine de prison ferme, peut légitimement apparaître, aux yeux des forces de sécurité, comme disproportionné", a jugé le ministre.  "Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu'il faut mettre hors d'état de nuire", ajoute Brice Hortefeux qui prend "acte de la décision du Parquet de faire appel de ce jugement". "Je me suis, par ailleurs, entretenu, cet après-midi, avec mon collègue, Michel Mercier ministre de la Justice, des réactions que suscite cette affaire", a encore indiqué le ministre. Les cinq parlementaires UMP de Seine-Saint-denis Éric Raoult, Patrice Calméjance et Gérard Gaudron, et les sénateurs Philippe Dallier et Christian Demuynck ont apporté samedi "tout leur soutien et leur solidarité aux policiers, au préfet, ainsi qu'au ministre de l'Intérieur, qui face à une délinquance de plus en plus violente, effectuent un travail efficace contre les délinquants et les trafiquants de drogue". Ils expriment également "leur étonnement vis-à-vis d'un jugement disproportionné".

Du côté de la magistrature, on défend le jugement rendu. L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a ainsi réagi en qualifiant "d'ahurissantes" les réactions du ministre, du préfet et des syndicats de policiers. "Le métier de la police n'est pas de faire des faux et de frapper des suspects. Ces faux auraient pu conduire une personne en cour d'assises où il encourait la réclusion à perpétuité", a dit son président Chtistophe Régnard. "Une fois de plus, on n'a pas entendu le ministre de la Justice", déplore également Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche). "Ce qui me désole, c'est qu'on renforce une guerre police-justice qui n'a pas lieu d'être", a-t-elle déclaré. "Je travaille tous les jours avec des policiers, qui, je pense, ne cautionneraient pas le comportement de leurs collègues" condamnés, a-t-elle assuré. "C'est sûr qu'un policier qui faute est condamné plus lourdement. Mais comme les magistrats, ils doivent être irréprochables", a estimé Mme Taron.

"Laissez les magistrats faire leur travail!"

Enfin, par la voix de l'ex-garde des Sceaux Marylise Lebranchu, le PS a condamné "avec fermeté" cette manifestation qui appelle "des sanctions immédiates contre ceux qui viennent de mettre en cause publiquement la justice alors qu'ils sont dépositaires de l'autorité publique". Benoît Hamon, porte-parole du PS, a considéré samedi que le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux était "dans un registre de premier syndicaliste de la police". "Les déclarations du ministre de l'Intérieur sont scandaleuses. Voilà un  ministre de l'intérieur qui critique une décision de justice", a lancé Benoît Hamon.

Martine Aubry a, elle, lancé à Brice Hortefeux: "Laissez les magistrats faire leur travail!", car "quand on doute de la justice, la République n'existe plus". "Je le dis au gouvernement, je le dis au président, quand on doute de sa justice, la République n'existe plus, alors laissez les travailler! laissez les magistrats faire leur travail", a-t-elle lancé. Dans un communiqué, l'ancienne ministre PS de la Justice, Elisabeth Guigou,  élue de Seine-Saint-Denis, s'est dite "consternée par ce (qu'elle) voit et ce (qu'elle) entend". "Cela ne devrait pas exister dans une démocratie. La sécurité est un  problème grave dans notre pays. Pour le résoudre, il est indispensable que police et justice travaillent ensemble. Les déclarations du ministre de l'Intérieur qui attise les oppositions, sont irresponsables et nuisibles à la sécurité des Françaises et des Français", conclut-elle.

A son tour interrogé, le ministre de la Justice Michel Mercier, que les syndicats de magistrats ont appelé à réagir, "ne souhaite pas alimenter la polémique", a déclaré samedi la Chancellerie.

le 11 décembre 2010 à 13:23
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38 Commentaires

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  • citoyenalpha, le 19/12/2010 à 17h51

    Mdr simpliste comme raisonnement. Le jour où on vous accusera d'un fait que vous n'avez point commis vous relativiserez votre position et vous apprendrez à vous mefier des généralités.

  • 29011958, le 11/12/2010 à 19h43

    Mon fils 6 mois avec susris , 5 ans de mise à l' épreuve + de 1000 euros de dédommagement et d amendes. Il a été impliqué dans une bagarre ou le maire de la commune a eu les lunettes brisées et un jour d 'ITT. Je ne cautionne pas du tout les agissements de mon fils qui ce soir là de 14 juillet avait trop bu et ce n est pas pardonnable , mais il y a quand même deux poids deux mesures en France , et de voir un ministre prendre la défense de ces policiers c est inexcusable.

  • ahegon, le 11/12/2010 à 19h23

    Vive la justice !

  • danielmado, le 11/12/2010 à 19h13

    Mon fils a été accusé injustement par deux gendarmes assermentés, et heureusement, nous avons pû faire intervenir un expert, qui a fait un rapport contre ces fonctionnaires. Nous n'avons pas porté plainte, mais nous avons perdu à jamais la confiance en la gendarmerie et la police. Avec eux, tout peut arriver, et quand des policiers entâchent la fonction difficile, j'en conviens, qui est la leur, alors oui, il faut sanctionner, sévèrement. Gendarme ou policier, c'est un métier, mais qui peut en une déclaration mensongère, briser la vie d'un homme, et même d'une famille. Il faut en avoir conscience.

  • darius92, le 11/12/2010 à 19h09

    D'accord avec vous. Il faudra bien analyser les soutiens à ces policiers, cela dressera une liste exhaustive des gens, organisations etc... faisant preuve d'un certain mépris pour le justiciable et ayant un corporatisme très mal placé.

  • darius92, le 11/12/2010 à 19h05

    Je rejoins votre indignation. Vous avez bien résumé la situation.

  • darius92, le 11/12/2010 à 19h03

    Essayer de faire condamner à perpétuité quelqu'un par de faux témoignages ne relève pas de la simple "bêtise".

  • 29011958, le 11/12/2010 à 18h54

    Je n aurais qu un mot BRAVO

  • eagle13, le 11/12/2010 à 18h50

    Peut-être pas si innocent que ça!...

  • dom145, le 11/12/2010 à 18h05

    "Certes, ils se sont totalement trompé " vous déformez la réalité; ils ont abusé de leurs fonctions et autorités quasi-incontestables pour essayer de faire condamner un innocent !!! Si vous aviez été cette personne, vous seriez moins mesuré et citeriez uniquement la vêrité !!! Pour moi, leurs peines sont mineures en égard à ce qu'ils représentent !!!

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