Une sénatrice exige le retrait du célèbre médicament anti-acnéique dont les effets secondaires pourraient être très graves. On lui impute plusieurs suicides. © LCIC'était en 2007. Alexandre avait 17 ans. Elève en Terminale scientifique, il menait, aux dires de son père, Daniel Voidey, une vie normale d'adolescent. Avec les désagréments parfois liés à cet âge, à savoir les boutons. Mais une nuit de juillet, le jeune niçois quitte le domicile familial. Il sera retrouvé le lendemain, à 800 mètres de là, pendu à un arbre. Alexandre s'est suicidé. Le jeune homme suivait alors depuis sept mois un traitement à l'isotrétinoïne contre l'acné. Un générique du célèbre Roaccutane, inventé par les laboratoires Roche et placé sous haute surveillance en raison des dangers connus de ce traitement.
Les parents d'Alexandre, convaincus que leur fils s'est suicidé à cause de ce traitement, ont décidé d'attaquer en justice pour demander réparation. Leur avocat, maître Gilbert Collard, a assigné les laboratoires Roche, en tant que créateur de la molécule, mais aussi les laboratoires Pierre Fabre Dermatologique et Expanscience, qui produisent les génériques pris par Alexandre. L'affaire a été examinée ce vendredi, devant le tribunal de grande instance de Nanterre. Lors des débats, Me Collard a demandé la désignation d'experts pour démontrer que rien ne prédisposait Alexandre au suicide avant qu'il ne prenne ce médicament, dont "la notice noie le patient sous un flot de mises en garde et de contre-indications".
"J'en ai marre, j'ai la peau qui me gratte"
Si Daniel Voidey est à ce point certain que c'est ce traitement qui a poussé son fils au suicide, c'est à cause d'un message qu'a laissé ce dernier avant de mourir. "Le mois précédent son suicide, j'ai bien senti que mon fils était fatigué et stressé, mais en même temps c'était le moment où il passait son bac, explique-t-il à TF1 News. Mais c'est la découverte d'un message non envoyé, trois jours après sa mort, par les policiers qui fouillaient dans son téléphone portable, qui nous a mis sur la piste. Il avait écrit 'je ne sais pas ce que j'ai depuis trois semaines, mais j'en ai marre, j'ai la peau qui me gratte et des ongles incarnés'. Il disait aussi à notre intention : 'même si je ne vous l'ai jamais dit, je suis heureux que vous soyez mes parents'".
Lors de l'audience, les avocats de la défense ont quant à eux souligné le fait qu'un médicament était toujours "toxique" et qu'en l'espèce le Roaccutane était un "traitement de dernière intention, révolutionnaire, qui avait guéri des millions d'acnéiques sévères". Ils ne se sont pas déclarés hostiles à la désignation d'un collège d'experts rassemblant un psychiatre, un dermatologue et un pharmaco-vigilant. Pour l'avocat de Roche, Me Jacques-Antoine Robert, les risques entraînés par le Roaccutane ne remettent pas en cause la place de cette molécule dans la pharmacopée, le bénéfice-risque étant favorable. Il a demandé à être mis hors de cause, l'adolescent n'ayant pas pris le médicament commercialisé par Roche.
2 422 actions en justice contre le Roaccutane aux USA
Daniel Voidey n'est pas le premier à porter plainte contre ces laboratoires. Un autre père, originaire du Vaucluse, mènerait le même combat depuis des années contre le laboratoire Roche. En première instance, la justice a estimé que le lien direct entre la prise du médicament et le suicide n'était pas établi. Il a fait appel. En Suisse, une association a été créée, regroupant plusieurs dizaines de personnes ayant eu à faire face à de violents effets secondaires liés au traitement, comme des envies suicidaires.
Surtout, le groupe Roche fait actuellement face à 2.422 actions en justice aux Etats-Unis, où le médicament est accusé de provoquer des maladies intestinales inflammatoires, des malformations foetales et des désordres psychiatriques, selon un rapport interne du groupe, qui a retiré le médicament du marché américain en 2009 et même dès 2006 dans plusieurs pays européens, pour des "raisons commerciales" liées à l'expiration des brevets et la concurrence des génériques.
"Mon fils n'est pas un menteur"
Du procès en France, Daniel Voidey, n'attend que deux choses : "il faut dire que mon fils n'est pas un menteur. Dans ces derniers messages, il a parlé de son traitement et du suicide, confie-t-il à TF1 News. Par ailleurs, le Roaccutane est toujours commercialisé en France, sous forme de générique. C'est ce que prenait mon fils et il faut que les adolescents qui en prennent aujourd'hui entendent parler de tous les effets secondaires pour savoir réagir comme il faut". La décision a été mise en délibéré au 29 avril.
Suite au scandale du Mediator, le 31 janvier dernier, l'Afssaps a décidé de rendre publique la liste des 77 médicaments actuellement placés sous surveillance, parmi lesquels figures "les médicaments contre l'acné de type Roaccutane (isotrétinoïne et génériques)en raison de risques psychiatriques et tératogènes".
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