
L'objectif de la réforme est double : ramener le nombre des gardes à vue de 800 000 à environ 500 000 par an, et renforcer les droits de la défense. Réticent dans un premier temps à mener ce chantier, l'exécutif s'était vu forcer la main l'été dernier par le Conseil Constitutionnel, les neuf sages déclarant le régime actuel des gardes à vue illégal et donnant au gouvernement jusqu'au 1er juillet 2011 pour rectifier le tir. La Chancellerie a donc planché sur un texte "visant à construire un nouvel équilibre" entre besoins de l'enquête et droits du gardé à vue. Alors que la plupart des observateurs prédisaient une bataille acharnée lors des débats à l'Assemblée nationale et au Sénat, la discussion, entamée en janvier, s'est déroulée à grande vitesse et sans accrochage notable. Le vote définitif du texte est donc intervenu ce mardi (294 voix contre 221).
Les gardes à vue sans avocat antérieures au 15 avril sont contestables
La Cour de cassation s'est prononcée en faveur de l'annulation des actes des gardes à vue menées hors de la présence de l'avocat avant le 15 avril 2011, date depuis laquelle les avocats peuvent être présents lors de tous les interrogatoires des gardés à vue.
Publié le 31/05/2011
Les anciennes gardes à vue sont-elles légales ?
La Cour de cassation se prononce mardi sur le sort à réserver aux gardes à vue antérieures à sa décision historique du 15 avril d'y imposer sans délai la présence de l'avocat et donc certains actes pourraient être frappés d'illégalité.
Publié le 31/05/2011
Garde à vue : Créteil et Vannes font aussi de la résistance
Après celui des Deux-Sèvres, les bâtonniers de Créteil et de Vannes appellent les avocats de permanence de leurs départements à ne pas appliquer le nouveau régime de la garde à vue en attendant que les conditions de leur intervention et de leur rémunération soient éclaircies.
Publié le 18/04/2011
"Allô, Garde à vue assistance, bonsoir"
La réforme de la garde à vue, rendue applicable dès ce week-end par décision de la Cour de cassation, entraîne un vaste remue-ménage chez les policiers et gendarmes. A Paris, une hotline a été mise sur pied dans l'urgence. Du côté des avocats aussi, c'est le branle-bas de combat.
Publié le 16/04/2011
Garde à vue : la réforme applicable "immédiatement"
La Cour de cassation a décidé vendredi que les nouvelles règles de la garde à vue devaient s'appliquer "immédiatement". Pourtant, sur le terrain, rien n'est prêt pour appliquer la réforme, qui prévoit une présence de l'avocat tout au long des auditions, dénoncent les policiers.
Publié le 15/04/2011
Garde à vue : séisme redouté dans les commissariats
Locaux inadaptés, manque de moyens : rien n'est prêt pour appliquer la réforme de la garde à vue, qui prévoit une présence de l'avocat tout au long des auditions, dénoncent les policiers. Cette réforme pourrait pourtant entrer en application en urgence. Tout dépend de la Cour de cassation.
Publié le 15/04/2011
Le vote a été beaucoup moins large qu'en première lecture : les députés PS qui s'étaient alors abstenus ont décidé en effet d'émettre un vote final négatif, tout comme le groupe GDR (communistes, Parti de gauche, Verts). La majorité elle aussi est divisée. "Nous avons dû trouver un étroit chemin entre certains intérêts contradictoires", a pour sa part déclaré Sébastien Huygue (UMP), avant même d'admettre "l'équilibre précaire" du texte. "Nous devrions revenir sur un certain nombre de dispositions à la lumière de l'expérience pratique", a-t-il concédé.
Que prévoit la loi ?
Usage restrictif de la garde à vue. Seules pourront être placées en garde à vue les personnes soupçonnées d'avoir "commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d'une peine d'emprisonnement". D'une durée de 24 heures, elle ne pourra être prolongée de 24 heures que si la peine encourue est d'au moins un an de prison. Cette prolongation n'est autorisée qu'"après présentation de la personne au procureur de la République". Actuellement, peut être placé en garde à vue tout suspect d'infraction, un simple fax suffit pour prolonger la mesure.
Présence accrue de l'avocat. Il pourra assister à toutes les auditions de son client, la première ne pouvant se faire sans sa présence si le gardé à vue le demande. L'avocat bénéficie d'un délai de 2 heures pour se rendre sur place. Cette présence peut être différée de 12 heures dans des situations exceptionnelles, voire de 24 heures si la peine de prison encourue est d'au moins cinq ans ferme. Dans ce cas, il faut des autorisations "écrites et motivées" du procureur et du juge des libertés et de la détention. A l'issue de chaque audition ou confrontation à laquelle il assiste, l'avocat peut poser des questions. Jusqu'à présent la personne pouvait seulement s'entretenir avec un avocat pendant 30 minutes au début de la mesure et au moment de son éventuelle prolongation.
Droit au silence et au respect de la dignité. La personne gardée à vue "est immédiatement informée (...) du droit, lors des auditions, après avoir décliné son identité, de faire des déclarations, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire". Jusque là la notification de ce droit au silence n'était pas spécifiquement mentionnée. Par ailleurs, le nouveau texte prévoit que "la garde à vue doit s'exécuter dans des conditions assurant le respect de la dignité de la personne", notamment pour les fouilles.
Pourquoi les policiers sont réticents ?
La relation avec les avocats. Des syndicats de policiers craignent que la présence de l'avocat nuise à l'efficacité des enquêtes. Une personne pouvant être interrogée à plusieurs reprises au cours des 24 heures de garde à vue, son avocat pourra-t-il se déplacer à chaque fois ? Pour certains enquêteurs, la simple présence de l'avocat pourrait également gêner dans le travail de pression psychologique, et devenir source d'incidents.
Un alourdissement de la procédure. Après chaque audition, l'avocat aura le droit de consulter les procès-verbaux et de poser des questions. "Cela va rallonger forcément la durée des auditions", prédit une source policière. Les régimes dérogatoires prévus par le projet de loi, et l'obligation de présenter le gardé à vue au procureur de la République dans le cas d'une éventuelle prolongation vont également participer à rallonger l'audition.
Locaux et moyens inadaptés. L'étude d'impact de ce projet de loi évalue à 3.600 le nombre de locaux à aménager afin de pouvoir accueillir les avocats, pour un coût total de près de 21 millions d'euros. Mais aucun calendrier des travaux n'est encore prévu. La plupart des syndicats de police ont mis en garde depuis plusieurs mois sur cette impréparation. Ils ont également mis en avant le manque de moyens humains qui risque de se faire sentir, notamment les nuits et les week-end.
François Fillon a répondu aux craintes des policiers en chargeant récemment les ministres de l'Intérieur et de la Justice d'"une mission d'audit et de suivi" sur la réforme.
Une mise en œuvre dès avril ?
Le gouvernement devait déjà aller relativement vite compte tenu du délai du 1er juillet imposé par le Conseil constitutionnel. Mais il est maintenant pressé par l'imminence d'une décision de la Cour de cassation. Cette dernière doit en effet se prononcer le 15 avril sur un dossier de droit des étrangers et pourrait, à cette occasion, exiger une application immédiate de la réforme de la garde à vue. Du coup, à la Chancellerie, comme à l'Intérieur, on s'active depuis plusieurs jours pour que les textes soient prêts à être promulgués.
Côté policier, on prévient que cette accélération du calendrier, si elle a lieu, posera de gros problèmes logistiques. "L'application précipitée de la réforme de la garde à vue va accentuer les difficultés des policiers enquêteurs. Les services de police et de gendarmerie ne sont pas prêts", prévient notamment le secrétaire général d'USGP-FO Nicolas Comte dans un communiqué. Du côté des avocats, "s'il faut démarrer dans huit jours, eh bien nous démarrerons dans huit jours!", assurait en fin de semaine dernière Thierry Wickers, président du Conseil national des barreaux."Les systèmes adoptés peuvent varier selon les endroits et la taille des barreaux, certains prévoient d'étendre le volontariat, ou de demander à tous les membres de participer" aux permanences de garde à vue. D'autres barreaux ont prévu des "permanences géographiques", explique le président du CNB.
La profession, qui a été la première à demander une évolution de la loi, s'inquiète toutefois des moyens attribués à la réforme. Le CNB a d'ailleurs appelé à une manifestation à Paris le 4 mai pour une augmentation du budget de l'aide juridictionnelle. Le ministère de la Justice avait prévu d'augmenter l'enveloppe de 15 à 80 millions par an mais elle est jugée très insuffisante par la profession.
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Les gardes à vue sans avocat antérieures au 15 avril sont contestables
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