Emma A. et Florent Gonçalves mercredi lors de leur procès © AFP PHOTO / BENOIT PEYRUCQElle arrive dans la salle d'audience la capuche de son manteau sur la tête. Elle ôte sa parka kaki et fait face au tribunal. Jamais le public ne verra son visage. Jusque-là , Emma A., l'appât du "Gang des barbares", c'étaient des photos floutées dans la presse, un décolleté plongeant, une moue aguicheuse. Ce mercredi où la jeune femme de 23 ans est jugée devant le tribunal correctionnel de Versailles, ce n'est qu'une silhouette de dos. Elle porte un sweat-shirt gris foncé et ses cheveux bruns sont ramenés en un très strict chignon. Seule touche de couleur, un chouchou couleur saumon piqué de perles. Sur une chaise à ses côtés, l'ex-directeur de prison Florent Gonçalves poursuivi pour avoir entretenu une liaison interdite avec elle (Lire notre article) et lui avoir notamment remis des puces téléphoniques. Emma A. doit répondre de recel. La jeune femme condamnée pour avoir "appâté" Ilan Halimi, un Juif de 23 ans tué en 2006 par Youssouf Fofana après trois semaines de séquestration par le "gang des barbares", est récemment sortie de prison en conditionnelle. Le directeur de la maison d'arrêt pour femmes de Versailles a été mis en examen pour avoir fait bénéficier d'un traitement de faveur à la jeune femme condamnée pour avoir servi d'appât dans l'affaire du "gang des barbares", selon le Parisien. Trois ans de prison, dont un ferme, ont été requis mercredi contre l'ex-directeur de prison jugé à Versailles pour avoir entretenu une liaison amoureuse interdite avec une détenue qui avait été l'appât du "gang des barbares". Le directeur de la prison pour femmes de Versailles, tombé "amoureux" d'une détenue, a été mis en examen mercredi pour avoir favorisé la jeune femme, condamnée comme appât dans l'enlèvement suivi du meurtre d'Ilan Halimi par le "gang des barbares". La justice a aggravé vendredi les peines de sept des 17 accusés qui étaient notamment jugés en appel à Créteil pour le rapt et la séquestration d'Ilan Halimi, un jeune juif tué en 2006. Un ex-directeur de prison comparaît, mercredi à Versailles, aux côtés de la jeune femme qui était l'appât du "gang des barbares", avec laquelle il a entretenu pendant près d'un an une liaison interdite, derrière les barreaux. Il risque 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende.
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Un ex-directeur de prison jugé pour sa relation avec une détenue

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Les deux anciens amants ne se sont pas vus depuis des mois. Avant l'arrivée d'Emma A., cet homme de 42 ans regarde frénétiquement son téléphone, en se passant la main dans les cheveux mi-longs. A cause d'elle, il a tout perdu : famille, travail, réputation. Elle, la passion. Il l'a écrit dans un livre-thérapie, il le redit à l'audience, il a agi par amour, estime ne pas avoir été manipulé, réfute tout traitement de faveur et dit être un "paria". "Mon discernement a été aboli par les sentiments que j'avais pour Emma", concède-t-il toutefois devant le juge. Au début du procès, il est assis légèrement derrière elle. Il la regarde, lui glisse quelques mots. Elle, regarde droit devant. Le président se fâche. "J'espérais retenir un peu votre attention avec le rappel des faits", gronde-t-il. Il lui ordonne de changer de place. Pas une seule fois Emma A. ne tournera la tête.
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La "rédemption pour Emma"
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Le magistrat interroge "celle qui est au centre de ce tourbillon". A la barre, d'une voix quasi inaudible, Emma A. lui explique faire aujourd'hui des études en hôtellerie. Elle est en liberté conditionnelle depuis septembre après avoir été condamnée à neuf ans de prison pour avoir attiré Ilan Halimi dans le piège mortel. Elle rencontre Florent Gonçalves lors de sa détention. En 2009, elle lui "ouvre son cœur". La liaison débute. Elle est faite de messages sur Facebook entre "fleur d'Orient" et "Hadopi" -leurs pseudos- grâce à un compte qu'il lui ouvre, de SMS grâce à des puces téléphoniques qu'il lui fournit et de rendez-vous secrets, à la bibliothèque, dans son bureau, officiellement "pour faire le ménage"... Des photos où elle ne "dissimule pas grand-chose de ses atouts", dixit le président, sont aussi retrouvées dans l'ordinateur du directeur. "On pourrait penser que votre action de séduction n'était pas innocente..., questionne le président, les bras croisés. Vous êtes sûre que vous êtes tombée amoureuse ?" Elle ne répond pas et demande du bout des lèvres "Comment ça ?..." Il la tance : "je parle français, non ?" Nouveau silence. Emma A. confirme cet amour et ajoute : "je n'ai pas envie d'en parler, c'est ma vie privée..." "Non, c'est le cœur de l'affaire !", s'agace le magistrat. Deux détenues finiront par alerter le contrôleur général des prisons de ces faveurs dont bénéficie celle qui est surnommée "la directrice". A la suspension de séance : Florent Gonçalves se lève et va parler à Emma A. Elle reste impassible.
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Le réquisitoire du ministère public est long, virulent. La procureure qualifie la prévenue de "manipulatrice qui harponne", "celle qui approche les deux têtes qui ont le pouvoir dans la maison d'arrêt". "Emma A. avait pris le pouvoir en détention", affirme Naïma Rudolff. Son avocate lui répond un peu plus tard. Face aux trois juges, Me Dominique Attias dresse un tout autre portrait d'Emma A. Elle l'a rencontrée lors de l'affaire du Gang des barbares. "Elle avait l'impression que le ciel lui tombait sur la tête", se souvient l'avocate. Oui, elle a attiré Ilan Halimi mais il a été démontré qu'elle ne savait rien d'autre. Depuis, elle ne veut plus vivre. Jusqu'à la fin de ses jours, elle va s'employer à réparer. Elle parle aussi de cette jeune femme arrivée d'Iran à l'âge de 11 ans, voilée. "Elle n'a pas connu son père qui était schizophrène, elle travaille pour indemniser les victimes et aider sa mère en arrêt maladie et sa sœur lourdement handicapée", détaille l'avocate. Voilà , la manipulatrice, voilà la harponneuse." Elle demande au tribunal la "rédemption" pour sa cliente. Emma A. écope d'un an de prison, assorti de huit mois de sursis. Florent Gonçalves est condamné à deux ans de prison, dont un ferme. Ils ont toutefois quitté libres le palais de Justice, dans l'attente d'un éventuel appel. La jeune femme ressortira, emmitouflée dans sa parka, la capuche sur la tête.
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Gang des barbares : l'"appât" est sortie de prison

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