© AFPIl est arrivé à la barre peu avant midi. Costume gris anthracite, cravate bleue, sacoche en cuir marron à la main. Le général décline son identité "Philippe Rondot, né le 5 octobre 36, officier général de la deuxième section", avant de prêter serment. "Vous allez nous expliquer dans quel contexte vous vous êtes retrouvé en relation avec Monsieur Lahoud", explique alors la présidente de la cour. "Si vous permettez, madame la présidente, Je vais d'abord reprendre l'exposé que j'ai fait le 5 octobre 2009, dans ses grandes lignes, en y ajoutant quelques précisions ou rectifications car certains points ont été mal interprétés depuis". Les trois avocats de Dominique de Villepin ont demandé mercredi à la cour d'appel de Paris de prononcer à l'égard de leur client "une relaxe franche et sans équivoque". Après le réquisitoire de lundi, qui avait suscité l'ire de Dominique de Villepin, place à la défense : les avocats de l'ancien Premier ministre vont tenter de démonter les accusations qui pèsent contre leur client. Le parquet général de la cour d'appel de Paris a demandé lundi 15 mois de prison avec sursis contre Dominique de Villepin pour complicité de dénonciation calomnieuse dans l'affaire Clearstream. L'ex-Premier ministre, relaxé en première instance, a aussitôt critiqué un parquet sous l'autorité de Nicolas Sarkozy. Après trois semaines de procès, l'accusation va prendre la parole lundi pour demander à la cour d'appel de Paris de condamner Dominique de Villepin qui, selon elle, s'est rendu complice de dénonciation calomnieuse dans l'affaire Clearstream. C'est avec un aplomb plus affirmé qu'en première instance que le général Philippe Rondot a contredit mercredi Dominique de Villepin à propos de plusieurs épisodes de l'affaire Clearstream devant la cour d'appel de Paris. <b> Sur place -</b> L'audience de lundi matin était notamment consacrée à l'audition de l'épouse d'Imad Lahoud. Cette dernière a confirmé devant la cour d'appel de Paris que Dominique de Villepin avait demandé à ce que le manuscrit de son mari sur l'affaire Clearstream soit modifié pour ne pas le mettre en difficulté. TF1 News était présent. <b>TF1 News, en direct du procès Clearstream - </b>Suivez, minute par minute, le procès en appel de l'affaire Clearstream avec notre envoyée spéciale. La journée est consacrée à la poursuite de l'examen des faits et à l'audition de l'épouse d'Imad Lahoud. Dominique de Villepin a jugé jeudi qu'Oussama ben Laden était indirectement à l'origine de l'affaire Clearstream, lors de la troisième audience du procès en appel de l'affaire. Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud poursuivent quant à eux leur charge contre l'ex-Premier ministre. Le mathématicien Imad Lahoud a assuré mercredi devant la cour d'appel de Paris n'avoir ajouté qu'un seul nom sur les listings Clearstream, celui de Nicolas Sarkozy. Le procès en appel de l'affaire Clearstream s'est ouvert lundi à Paris, avec en prévenu vedette Dominique de Villepin. La Cour aura quatre semaines pour notamment tenter de déterminer à partir de quand l'ex-Premier ministre a su que les listings étaient faux.
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Le militaire rappelle qu'à l'époque des faits, il était conseiller pour les opérations spéciales au ministère de la Défense. "C'est une fonction de conseiller et non de coordinateur des services de renseignement que sont la DGSE, DRM et COS (ndlr : Direction générale des services extérieurs, Direction du renseignement militaire et Commandement des opérations spéciales), précise-t-il. Je n'ai aucune autorité sur ces services. En revanche, quand je demande une assistance auprès de ces services, ils me l'accordent".
"Mes notes, ce n'est pas du mezzé" !
Le général Rondot, qui quittera ses fonctions en décembre 2005 sans avoir de successeur, revient ensuite de son propre chef sur les fameuses "notes" récupérées en mars 2006 lors des trois perquisitions à ses domiciles. "Je précise que ces documents étaient destinés à rejoindre le service historique de la Défense". Parmi ces documents figuraient notamment des verbatims de ses entretiens avec sa hiérarchie. De nombreux passages, dans ces documents versés à l'enquête, discréditent la parole de Dominique de Villepin et se retrouvent donc au cœur de cette affaire judiciaire.
"Concernant les fameux verbatims qui intéressent tant, c'est moi qui les ait écrit, c'est moi qui peut les interpréter. Ce n'est pas un mezzé, ce plat libanais où chacun picore ce qu'il veut pour mettre dans son assiette. Ces verbatims, on doit les prendre comme un exercice de mémoire", explique-t-il d'un ton monocorde, le verbe toujours précis. "J'ai été traité de scribe, j'accepte ce terme". Et d'expliquer qu'il est issu d'une famille de militaires qui tenaient tous un "journal de marche". "Naturellement et très tôt, j'ai pris aussi cette habitude. Je redis aujourd'hui, ce journal a été détruit quand j'ai quitté mes fonctions en 2005", explique-t-il.
Gergorin était "sincère" et Lahoud "un escroc aux renseignements"
Pousuivant son monologue devant la cour, le général Philippe Rondot en vient aux prévenus dans cette affaire. Jean-Louis Gergorin ? "Je crois à sa sincérité", explique-t-il. "Je l'ai connu au Centre d'Analyses et de Prévisions", rappelle le militaire. Jean-Louis Gergorin est une "personnalité attachante, c'est un ami et ce n'est pas parce qu'il est en difficulté aujourd'hui que je lui retire mon amitié", avant d'ajouter :"mais c'est aussi quelqu'un d'impulsif, d'une intelligence qui bousculait la notre à côté de la sienne. Je l'écoutais et suivais ses recommandations". "Bien sûr, il a une nature débordante, l'obsession du complot. Mais il a rendu aussi d'éminents services à son pays".
Concernant sa "source", l'informaticien Imad Lahoud, les mots du militaire sont nettement moins élogieux. Sans le regarder une seule fois, alors qu'il se tient à deux mètres de lui, il précise qu'il ne l'a "jamais tutoyé", n'a "jamais dîné" avec lui. De lui, il dit "Lahoud a beaucoup menti. Il a tellement menti que même si un jour il lui arrivait de dire la vérité, il ne serait pas cru. Bien sûr, M. Imad Lahoud m'a abusé. C'est un escroc aux renseignements. Mais ce n'est pas facile de faire le tri dans les sources que l'on a", martèle-t-il pour répondre aux attaques qu'il a subi à ce sujet lors du premier procès.
Premier tacle contre Villepin
"Je récuse toutes les critiques que j'ai pu subir sur ma capacité d'officier de renseignement. (...) Je récuse les commentaires des personnes qui ont pour seules connaissances OSS 117 et James Bond", insiste l'ancien agent de renseignement auprès du ministère de la Défense, qui poursuit son monologue depuis une demi heure maintenant. "En revanche, poursuivi-t-il, il est quelqu'un ici qui sait comment fonctionnent les services de renseignement, c'est monsieur Dominique de Villepin, en tant que ministre des Affaires étrangères, en tant que ministre de l'Intérieur et en tant que Premier ministre. Il sait de quoi il parle en tant qu'initiateur ou de donneur d'ordres".
"Sans vouloir jeter la pierre, car chacun porte une part de responsabilité", le général évoque ensuite, sous l'œil attentif de son avocat Eric Morain, discrètement installé au fond de la salle d'audience, la tentative avortée de juillet 2003 pour libérer Ingrid Betancourt des FARC en Colombie. "Le gouvernement a essayé de monter une opération de sauvetage. L'affaire a été un fiasco, Dominique de Villepin a été montré du doigt et nos services jetés aux orties", rappelle-t-il. Et d'en tirer une leçon "Dans le traitement des sources", il faut savoir "rester humble". Dominique de Villepin ne bronche pas, mais l'attaque est directe. Malgré les protestations du général, qui souhaite finir son monologue, la présidente lève la séance, le temps d'une pause déjeuner. L'après-midi devait se poursuivre par des questions de la cour et des avocats des trois prévenus.
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