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Concordia : "huit mois après, le traumatisme est toujours là"

Amélie Gautier par
le 12 septembre 2012 à 05h00 , mis à jour le 12 septembre 2012 à 17h43.
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3min
Le paquebot Concordia s'est échoué le 13 janvier près d'une île italienne faisant 32 morts, dont six Français.

Le paquebot Concordia s'est échoué le 13 janvier près d'une île italienne faisant 32 morts, dont six Français. / Crédits : AFP

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JusticeTEMOIGNAGE - Le juge des référés de Nanterre examinait ce mercredi la demande de quatorze naufragés français du paquebot Concordia. Ils veulent une expertise psychologique. L'un d'entre eux explique à TF1 News pourquoi.

Naufragés du Concordia, ils veulent que leur traumatisme soit évalué, quantifié, noté. Pour pouvoir être ensuite indemnisés comme il se doit. Quatorze rescapés français du paquebot qui s'est échoué le 13 janvier dernier réclament depuis des mois une expertise psychiatrique. Leur demande était examinée ce mercredi par le juge des référés de Nanterre. La décision a été mise en délibérée au 4 octobre. L'un d'entre eux, Laurent Lucas, 48 ans, explique les raisons de sa démarche à TF1 News.
 
"Huit mois après le naufrage, le 'bruit' est toujours là. Froid, métallique, sourd... De celui que ferait une voiture perdant une roue. On l'entend la première fois lors du choc. Il est 21 heures, nous dînons au restaurant avec mon épouse et ma fille de 16 ans. La salle penche, le contenu de la table valse. On se regarde et on se demande que faire. S'ensuivent panique et confusion. Alors qu'on se dirige vers la sortie, la lumière s'éteint. Dans un réflexe, on se retrouve plaqués contre le mur. La coupure de courant dure quelques secondes seulement. Quand la lumière revient, il y a des gens par terre, des chaussures qui traînent, une odeur de sang, des cris et ce bruit, toujours ce bruit. On décide de prendre l'escalier : il faut sortir de ce bateau. C'est la confusion la plus complète. Aucune consigne, ni information et dans nos têtes, les questions qui se bousculent.
 
Que s'est-il passé ? A-t-on heurté un autre bateau ? S'agit-il d'une attaque terroriste ? Le paquebot a-t-il pris feu ? Va-t-on sortir du navire vivant... Il faut prendre des décisions sans savoir si ce sont les bonnes. C'est un sentiment très traumatisant. J'ai le sentiment de ne pas pouvoir protéger ma fille, ma famille. Aujourd'hui toujours, cette culpabilité m'oppresse.
 
Dans l'escalier, nous nous retrouvons aspirés par la foule. En essayant de récupérer des gilets de sauvetage, je me fais marcher dessus. Les canots sont recouverts de bâches. Le ton monte. Un cuisinier nous demande de nous calmer. Mais le paquebot penche à nouveau et la panique reprend de plus belle. Je vois un chariot traverser une cloison. Une femme est à terre. Et toujours ces bruits d'objets métalliques, des messages en italiens inaudibles... Là, un nouveau drame. Une chaîne se détache tel un élastique et vient percuter un matelot. Il a la tête en sang. L'attente dure des heures. Avec ma femme, on décide de sauter du bateau dès qu'on apercevra l'eau. Longtemps, on pense être en pleine mer. En fait, la côte n'est distante que d'une trentaine de mètres. Quand finalement, le personnel réussit à détacher le canot, il touche déjà l'eau, entre-temps, le paquebot a continué de sombrer...
 
Huit mois après, ces images sont toujours là, puissamment là. Pendant des mois, on a tous très mal dormi, toute la famille a été suivie psychologiquement. Ma femme est restée aphone pendant deux mois, plus aucun son ne sortait de sa bouche. Moi, pendant des mois, je n'ai pas pu prendre l'escalier pour me rendre dans mon bureau. Aujourd'hui toujours, je ne peux aller dans des lieux publics où il y a trop de monde, trop de bruit. Le traumatisme est toujours présent et pas un jour ne se passe sans qu'on parle du naufrage. Il fait partie de notre vie. On a mis la vie de ma famille en danger, le préjudice est énorme. Huit mois après, on n'a toujours pas récupérer. Récemment, ma fille m'a demandé à retourner voir un psy. Elle ressent toujours le besoin de parler de l'accident. Qui me dit qu'elle ira mieux demain ?"

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  • lap89 : Normal,le bateau est toujours la.Tant qu'il est pas demonte les gens qui se reveillent le matin et qui tous les jours a leur fenetre on comme paysage ce bateau.Ont toujours en tete la catastrophe.Mais bon,je ne m'en fais pas pour eux,ils retombent sur leurs pieds,le site est devenu touristique

    Le 11/10/2012 à 07h49
  • ouam90 : Témoignage bouleversant.

    Le 12/09/2012 à 10h07
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