Crash du Concorde: l'heure du jugement

le 06 décembre 2010 à 05h29 , mis à jour le 06 décembre 2010 à 09h42

Dossier : Concorde : du crash au procès

Quatre mois durant, le tribunal a cherché à déterminer les responsabilités éventuelles de Continental Airlines, de deux de ses employés et de trois anciens responsables français de l'aéronautique. Le jugement sera connu dans la journée.

Six mois après la fin du procès du crash du Concorde d'Air France, le tribunal correctionnel de Pontoise rendra lundi son  jugement concernant cette catastrophe qui avait fait 113 morts, le 25 juillet  2000 à Gonesse (Val d'Oise), et mis fin à l'aventure du supersonique. Pendant quatre mois, de février à mai, le tribunal a cherché à déterminer les responsabilités éventuelles de Continental Airlines, de deux de ses employés et de trois anciens responsables français de l'aéronautique. Durant tout le procès, la compagnie américaine a nié qu'un de ses avions ait pu déclencher l'accident en perdant une lamelle sur la piste de décollage du  Concorde, faisant éclater un pneu.

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Plus d'infos

L'avocat de Continental, Me Olivier Metzner, n'a cessé d'affirmer, sur la base de témoignages écartés durant l'enquête, que le Concorde avait pris feu 700 mètres avant d'avoir roulé sur la lamelle incriminée. Pour appuyer sa démonstration, la compagnie américaine a fait réaliser pour 800.000 dollars une reconstitution en 3D, qui n'a convaincu ni le parquet ni les  parties civiles. Me Metzner s'en est également vivement pris à Air France, partie civile au  procès, mais coupable selon lui de négligences de maintenance et qui n'aurait  jamais dû "laisser l'avion décoller".
 
"Faillite majeure de la sécurité aérienne"
 
L'affrontement entre les deux compagnies est allé crescendo durant quatre  mois, Air France imputant à Continental l'entière responsabilité de l'accident et lui réclamant 15 millions d'euros d'indemnités, notamment pour atteinte à son  image. L'enjeu financier dépasse le cadre de ce seul procès, puisque la compagnie française poursuit sa concurrente américaine devant le tribunal de commerce de  Pontoise pour obtenir réparation de son préjudice économique. Ce tribunal a  sursis à statuer jusqu'à la fin de la procédure pénale.

Il était par ailleurs reproché aux trois cadres français de l'aéronautique de ne pas avoir tiré les leçons des incidents de pneus qui avaient émaillé la  carrière du supersonique depuis 1979. Ils avaient mis en oeuvre des modifications visant notamment à renforcer les  pneus, mais pas à protéger les réservoirs. "Concorde était affecté d'une faiblesse qu'il fallait traiter, au besoin en  arrêtant son exploitation. Personne ne l'a fait", a regretté Me Roland  Rappaport, avocat de parties civiles. Pour la Fenvac (fédération nationale des victimes d'accidents collectifs),  cet accident doit être analysé comme "une faillite majeure de la sécurité aérienne".

Le parquet a requis 175.000 euros d'amende à l'encontre de Continental  Airlines pour homicides involontaires, et 18 mois de prison avec sursis contre  ses deux employés: John Taylor, 42 ans, accusé d'avoir mal fixé la lamelle, et  son chef d'équipe Stanley Ford, 71 ans, qui a validé la réparation sans la contrôler. Le procureur Bernard Farret a demandé deux ans de prison avec sursis pour  l'ancien directeur du programme Concorde Henri Perrier, 81 ans. Il a en revanche requis la relaxe de son collaborateur chez Aérospatiale  Jacques Herubel, 75 ans, et de l'ex-cadre de la Direction Générale de l'Aviation  Civile (DGAC) Claude Frantzen, 73 ans. Les grandes absentes de ce procès ont été les familles des 100 passagers, pour la plupart allemands, indemnisés par Air France et ses assureurs moins d'un an après l'accident. Seules les familles des quatre victimes au sol et celles des membres d'équipage étaient là pour témoigner de leur traumatisme.

le 06 décembre 2010 à 05:29
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