Malgré un changement d'avocat, David Koubbi remplaçant l'expérimenté Olivier Metzner, Jérôme Kerviel est décidé à renforcer sa ligne de défense consistant jusqu'ici à accuser sa hiérarchie d'avoir fermé les yeux sur son travail. Il dit maintenant qu'elle en connaissait tout et a caché ce fait par des manipulations quand l'affaire a mal tourné. Faisant ainsi de lui un parfait bouc émissaire... Une accusation qui pourrait trouver un certain écho dans l'actualité, alors que les "incidents" de trading comme celui qui est reproché à Kerviel, alimentant les doutes et les critiques politiques contre les marchés, ont suscité des réglementations jusqu'ici sans grande portée. La justice fait d'ailleurs face à d'autres dossiers, à Paris où un ex-trader de la Caisse d'Epargne poursuivi pour une perte de 751 millions d'euros en 2008 attend son procès, comme à Londres où l'ex-trader d'UBS Kweku Adoboli, qui a perdu en septembre 2,3 milliards de dollars, plaide non coupable.
Les données du bras-de-fer
Les échanges s'annoncent donc tendus à Paris entre, d'un côté, le prévenu et son nouvel avocat, de l'autre, la banque et ses trois conseils, dont le célèbre avocat d'affaires Jean Veil. Ces dernières semaines, Me Koubbi a porté plainte pour faux et pour escroquerie contre la Société Générale, qui a riposté par des plaintes en dénonciation calomnieuse. La première plainte de David Koubbi porte sur une supposée escroquerie au jugement, l'avocat reprochant à la banque d'avoir omis de dire au tribunal qu'elle avait récupéré grâce à un mécanisme fiscal 1,7 des 4,9 milliards perdus. Par la deuxième, pour faux et usage de faux, l'ancien trader accuse la banque d'avoir tronqué des enregistrements à charge, ce qu'elle nie fermement. Il y a quelques jours, l'avocat a même annoncé avoir saisi le Conseil supérieur de la magistrature pour des propos tenus en première instance par le président du tribunal, le très respecté Dominique Pauthe, à qui il reproche d'avoir traité Jérôme Kerviel de "faussaire".
Poursuivi pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans le système informatique de la banque, Jérôme Kerviel encourt pénalement cinq ans ferme et 375.000 euros d'amende. Il lui est reproché d'avoir pris, à l'insu de sa hiérarchie, des positions spéculatives hors normes sur des marchés à risque et d'avoir déjoué les contrôles avec des opérations fictives, de fausses écritures et des mensonges répétés. En première instance déjà, les carences des systèmes de contrôle étaient avérées, mais le tribunal avait jugé l'ancien trader entièrement responsable de ce gouffre qui avait failli couler la banque, en pleine crise financière mondiale, et ne lui avait trouvé aucune excuse.
Mais si Jérôme Kerviel admet avoir joué avec le feu, s'être trouvé pris dans une spirale infernale, il a toujours affirmé avoir eu pour seul but de faire gagner de l'argent à la banque et répète invariablement que ses supérieurs hiérarchiques étaient au courant de sa façon de travailler, qu'ils cautionnaient tant qu'il "gagnait". Au premier procès, son ancien avocat, Olivier Metzner, avait vainement tenté de démontrer que la banque "ne pouvait pas ne pas savoir" comment opérait son trader.









