Le président de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI) a réagi mardi à la décision des magistrats du TGI de Paris de renvoyer les audiences non urgentes, à l'instar des 90 tribunaux français. © LCIKarachi, les moines de Tibéhirine, le Rwanda... : les dossiers dont le juge antiterroriste Marc Trévidic a la charge sont hautement sensibles. Et, forcément, cela ne peut pas plaire à tout le monde. Objet de brimades, il aurait fini par saisir l'USM, principal syndicat de magistrats, révèle Marianne, dans son numéro à paraître samedi. "Il est la bête noire des terroristes, mais c'est le pouvoir qui veut sa peau", écrit l'hebdomadaire, qui a aussi interrogé Gilbert Tiel, autre juge du pôle antiterroriste. Selon ce dernier, Marc Trévidic va "mal". "C'est un homme visiblement affecté, fatigué, pour ne pas dire épuisé", dit-il. A sa tâche difficile "s'ajoute une politique de harcèlement misérable pour le faire trébucher, voire pour l'inciter à partir".
Le juge Trévidic veut autopsier les moines de Tibéhirine
Selon l'hebdomadaire Marianne, le magistrat a fait une demande à l'Algérie pour exhumer et autopsier les crânes des sept moines de Tibéhirine tués en 1996.
Publié le 27/01/2012
Le juge Trévidic n'a pas souhaité s'exprimer, mais Christophe Régnard, président de l'USM, a confirmé à l'AFP être intervenu à sa demande auprès de la présidente du tribunal de grande instance et du premier président de la cour d'appel de Paris, conjointement avec l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI), présidée par Marc Trévidic. Une délégation a été reçue par la hiérarchie du juge, a indiqué Christophe Régnard, confirmant également la teneur d'un courrier de l'USM s'inquiétant de "mesures (...) qui semblent être autant de tentatives de pression, voire de déstabilisation, difficilement acceptables".
La hierarchie dément
Trois choses en particulier auraient motivé cette démarche. D'abord, Marc Trévidic a le sentiment d'être saisi de très peu de nouveaux dossiers par rapport aux autres juges du pôle antiterroriste. La hiérarchie a expliqué qu'il était surchargé. Ensuite, il lui a été interdit au printemps dernier de se rendre au Niger pour une formation de magistrats en matière d'antiterrorisme, alors que toutes les autorisations et ordre de mission avaient été délivrés. Cette interdiction a été vécue comme "une mesure de rétorsion", du fait de déclarations très critiques faites par le juge Trévidic en sa qualité de président de l'AFMI, après la mise en cause des magistrats par le président Nicolas Sarkozy dans l'affaire Laetitia, la jeune fille assassinée à Pornic. Enfin, le juge a été menacé d'un avertissement parce qu'un photographe de presse venu le rencontrer avait pris une photo là où il n'en avait pas le droit.
Le premier président de la cour d'appel de Paris, Jacques Degrandi, a récusé vendredi toute "intention d'empêcher" Marc Trévidic d'instruire "en toute indépendance" ses dossiers, qualifiant de "manichéen et tendancieux" l'article de Marianne. Jacques Degrandi affirme, dans un communiqué, connaître "la difficulté des tâches des juges d'instruction, particulièrement dans les affaires sensibles", et se dit "soucieux de les préserver de toutes pressions". "Je n'ai pas l'intention d'empêcher M. Marc Trévidic d'instruire en toute indépendance les procédures dont il est saisi", affirme-t-il. Il rappelle toutefois que chacun doit "exercer la plénitude de ses attributions dans le respect des règles éthiques et déontologiques attachées à l'état de magistrat".
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