Patrick Poivre d'Arvor au Salon du livre de Paris, en 2010 © www.abacapress.comLe tribunal de grande instance de Paris a condamné mercredi le journaliste Patrick Poivre d'Arvor à verser 33.000 euros (25.000 euros de dommages-intérêts et 8000 euros de frais de justice) à son ex-compagne, Agathe Borne, pour avoir porté atteinte à sa vie privée et à ses droits d'auteur en publiant en 2009 son ouvrage intitulé Fragments d'une femme perdue. Par ailleurs, le tribunal de grande instance de Paris a "interdit toute réimpression, réédition et exploitation dérivée (...) notamment en format Poche" de l'ouvrage, qui s'est vendu à 75.000 exemplaires.
Même si Agathe Borne réclamait 150.000 euros de dommages-intérêts, une telle condamnation est relativement sévère. Pour Me Francis Teitgen, qui défend PPDA, le fait que le tribunal ne lui ait accordé qu'un sixième de ses demandes "démontre qu'il ne s'est pas laissé abuser par la nature marchande de sa démarche". L'avocat compte faire appel.
"Auto-fiction" ou "instrument de vengeance" ?
Agathe Borne, jeune femme de 25 ans la cadette du journaliste, avec laquelle le journaliste avait eu une liaison de 2006 à 2008, l'accusait d'avoir fait sans son autorisation le récit au jour le jour de leur relation, dans son livre paru en 2009 chez Grasset et qualifié de "roman". "Les lecteurs comprennent que Patrick Poivre d'Arvor est lui-même le héros de son roman", avait notamment expliqué l'avocate d'Agathe Borne, Me Nathalie Dubois. Pour elle, il semblait tout aussi évident que "Violette", l'héroïne, n'était autre que sa cliente. Outre cette atteinte à l'intimité de sa vie privée, Agathe Borne dénonçait des faits de contrefaçon. Plus précisément, elle reprochait à son ancien amant d'avoir publié les lettres d'amour qu'elle lui avait adressées. En effet, l'ouvrage devient vite un roman épistolaire où s'entremêlent les lettres de Violette et Alexis. Me Dubois voyait là "une atteinte au secret des correspondances", car "en les écrivant, Agathe Borne n'aurait jamais pensé qu'elles auraient pu être divulguées".
A l'audience du 8 juin, Me Nathalie Dubois était allée jusqu'à dresser une liste des innombrables points communs entre sa cliente et "Violette" : de leur passion pour Henry Miller à leur tentative de suicide en passant par leurs avortements. Certes, avait reconnu Me Teitgen, "il y a des parcelles d'Agathe Borne dans ce personnage", mais "la réalité de ce livre, c'est l'auto-fiction, (...) un genre littéraire qui vient mélanger la vie réelle et la vie rêvée, la réalité et un fantasme". Pour Me Dubois ce livre est au contraire "l'instrument d'une vengeance d'une rare perversité" de la part du journaliste, qui aurait souhaité "punir" cette maîtresse qui avait osé le quitter.
Avant cette affaire, début janvier, c'est L'Express qui avait accusé le journaliste de plagiat dans une biographie à paraître d'Ernest Hemingway, dans laquelle il reprenait près d'une centaine de pages d'une biographie signée par l'Américain Peter Griffin. L'éditeur et PPDA ont plaidé l'erreur matérielle - une version de travail non corrigée envoyée à quelques journalistes - et l'ouvrage est sorti fin janvier avec des passages supprimés et des références à l'auteur américain.
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