TF1 News : Que pensez-vous du projet de loi de programmation sur l'exécution des peines, présenté ce mardi à l'Assemblée, qui prévoit la création de 20.000 places de prison mais cible également une nouvelle fois la récidive et la délinquance des mineurs ? Lors de l'examen du projet de loi sur l'exécution des peines, les députés ont repoussé de justesse un amendement UMP qui permettait à un maire d'être informé de la présence de condamnés considérés comme dangereux et susceptibles de récidiver. Le chef de l'Etat a validé, mardi, lors d'un discours à Réau, une grande partie des mesures préconisées par le député UMP Eric Ciotti pour juguler la délinquance des mineurs. Il a aussi annoncé la création de 30 000 places de prisons d'ici 2017.. INTERVIEW- La mort d'Agnès pose la question de la pertinence des expertises qui ont conclu à la non dangerosité de son agresseur présumé après un 1er viol. Pour Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue, cela s'explique par la pénurie et le manque de formation de ces experts. La loi instaurant un encadrement de type militaire des mineurs délinquants, issue d'une proposition du député UMP Eric Ciotti, a été publiée mardi au Journal officiel pour une entrée en vigueur au 1er janvier. Jean-François Copé a minimisé mercredi les critiques venues de l'UMP sur la proposition du parti majoritaire de sanctionner les délinquants dès 12 ans. Nadine Morano et Bernard Accoyer y sont opposés. Lors de sa convention nationale, le parti a présenté mardi ses propositions sur la justice, l'éducation, l'immigration, la sécurité et la laïcité. Parmi elles, des sanctions pour des "actes commis dès 12 ans". Jean-François Copé affirme cependant qu'il ne s'agit que d'une "piste". INTERVIEW - Pour Arnaud Verhille, commissaire dans le 18e arrondissement de Paris confronté quotidiennement à la violence des mineurs, il existe un lien direct entre l'hyperviolence et le niveau culturel de ces jeunes. Georges Fenech, rapporteur UMP de la loi sur la rétention de sûreté, estime que pour faire face au problème de la récidive, la France manque avant tout de moyens.
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Virginie Valton, vice-présidente de l'Union syndicale des magistrats : D'une façon générale, nous sommes plutôt favorables à la démarche. Cela fait des années que nous demandons une loi de programmation sur la Justice pour prévoir à moyen terme des moyens suffisants pour redresser la situation et faire face à toutes nos missions. Ce qui est dommage, c'est que cette loi de programmation intervienne après cinq ans de réformes successives. Normalement, cela se fait en sens inverse. Après, on ne peut que regretter que ce texte soit à nouveau essentiellement orienté vers le tout carcéral. Cette politique du tout répressif n'est pourtant pas la panacée. Et nous sommes déjà dans une situation de surpopulation carcérale et, à une époque où, de toute façon, on n'arrive pas à faire exécuter toutes les peines.
TF1 News : Le gouvernement table justement, entre autre, sur ce nombre de places supplémentaires pour réduire le nombre de peines non exécutées, estimées à plus de 85.000 en juin 2011. Il entend les ramener à 35.000 d'ici 2017.
V.V. : Non, ce n'est pas du tout fait pour permettre d'exécuter des peines de prison qui seraient en suspens faute de place car je vous rappelle qu'il n'y a toujours toujours pas de système de numerus clausus en France (ndlr : qui prévoit un détenu par cellule). Donc, même s'il faut mettre huit ou dix détenus dans neuf mètres carrés, on continue de faire exécuter les peines qui sont exécutoires. Le problème se situe en amont : faute de moyens, le retard s'accumule au sein des services d'exécution des peines, qui sont saturés, et qui font qu'au moment de vouloir faire exécuter la peine, on n'arrive plus à retrouver la personne...
TF1 News : La loi de programmation prévoit la création de 7000 postes dont 120 juges d'application des peines. Est-ce suffisant ?
V.V. : C'est à peu près conforme à ce que nous avons demandé lors des groupes de travail. Mais encore faudra-t-il qu'ils exercent bien ces fonctions à temps plein et non pas en plus d'autres tâches. Mais il est évident qu'en améliorant le fonctionnement des bureaux d'exécution des peines, on améliore les délais de traitement et donc l'exécution des peines aussi. Néanmoins, il ne faut pas se faire d'illusion, nous avons à faire avec une population très mobile et donc il y aura toujours une marge de gens que l'on n'arrivera pas à localiser pour faire exécuter leur peine.
TF1 News : Le projet de loi prévoit également la création de 20 Centres éducatifs fermés (CEF) supplémentaires pour une plus grande prise en charge des mineurs délinquants particulièrement durs...
V.V : Nous ne sommes pas contre les CEF mais nous sommes aussi pour le maintien d'une diversité de réponses pour ces jeunes. Il faut savoir que le prix d'une journée en CEF est deux fois plus élevé que dans un établissement à prise en charge classique. Or, il n'est pas prévu de budget pour créer ces nouveaux CEF, mais de transformer des places classiques en places de CEF. Ce qui veut dire que pour créer une place en CEF on va fermer deux places classiques. Le risque est que, petit à petit, en voulant créer des places pour ces mineurs multirécidivistes, on n'ait plus rien pour envisager un placement pour des primo délinquant qu'il faudrait éloigner un temps de leur milieu.
TF1 News : Lors de l'audience solennelle de rentrée du Tribunal de grande instance de Caen, la procureur Catherine Denis a dressé le portrait de juges "au bord de la crise de nerf" et de magistrats pour qui il est "parfois difficile de ne pas devenir schizophrènes à appliquer des lois aux objectifs inconciliables". Est-ce un sentiment que vous partagez ?
V.V. : C'est effectivement le résumé de la situation des magistrats pénalistes depuis quelques années. On nous demande de prononcer des peines planchers et, en même temps, d'envisager dès le délibéré l'aménagement de cette peine. Quel sens cela peut-il avoir, quand vous avez une personne en comparution immédiate que vous condamnez en raison des peines planchers à deux ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt obligatoire et que vous êtes, dans la foulée, obligé de lui dire que vous allez aménager sa peine ? C'est une situation un peu ubuesque. La loi nous pousse à être de plus en plus répressifs et, parallèlement, la loi pénitentiaire prévoit des aménagements possibles pour les peines inférieures à deux ans ferme et des aménagements quasi-obligatoires jusqu'à quatre mois. Il n'y a pas de cohérence, si ce n'est celle de la gestion hôtelière des établissements pénitentiaires. Après, il ne faut pas s'étonner si l'opinion publique ne comprend plus.
| PRINCIPALES MESURES PREVUES PAR LE PROJET DE LOI |
-La construction de plus de 20.000 places de prison, pour atteindre un total de 80.000 places. Coût : 3 milliards d'euros. |
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Condamnés dangereux : les maires ne seront pas prévenus
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