Propos sur les "nègres": Guerlain regrette "une imbécillité"

le 09 février 2012 à 16h01 , mis à jour le 09 février 2012 à 19h43

16 mois après la polémique suscitée par ses propos, le parfumeur descendant du fondateur de la célèbre maison a réfuté tout racisme devant le tribunal correctionnel de Paris où il était jugé jeudi. Le parquet a requis une peine de 7.500 euros d'amende à son encontre.

Jean-Paul Guerlain/Image d'archives - 2008Jean-Paul Guerlain/Image d'archives - 2008 © ABACA

"J'ai dit une imbécillité". Seize mois après la polémique suscitée par ses propos sur les "nègres" et les menaces de boycott des parfums Guerlain, Jean-Paul Guerlain, descendant du fondateur de la célèbre maison, a regretté jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris avoir commis cette "imbécillité".
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Face à l'ancien "nez", toute une ribambelle de représentants d'associations de lutte contre le racisme (Licra, Mrap, SOS Racisme, Noir et Fier...) qui lui reprochent une injure à caractère raciale. Le prévenu encourt six mois de prison et 22.500 euros d'amende.
 
Interrogé dans un journal télévisé de France 2, le 15 octobre 2010, sur la création du parfum Samsara, le septuagénaire avait répondu: "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin..." Un déluge de protestations et d'appels au boycott des produits Guerlain avait suivi, en dépit des excuses présentées par Jean-Paul Guerlain.
 
C'était "une expression courante à l'époque"
 
"La première partie de ma phrase est une phrase que j'ai entendue toute ma jeunesse quand je travaillais dans le jardin de mon grand-père. Je suis d'une autre génération", s'est justifié jeudi Jean-Paul Guerlain, appuyé sur deux béquilles. C'était "une expression courante à l'époque". "Quant à l'autre phrase, c'est une imbécillité de ma part, j'ai voulu faire rigoler la journaliste et je le regrette", a poursuivi le parfumeur de 75 ans, vêtu d'un de ses indéfectibles complets trois pièces. "Je regrette très profondément et je présente toutes mes excuses à la communauté noire pour cette imbécillité", a-t-il répété à plusieurs reprises.
 
"Je suis tout sauf raciste", "j'ai été élevé dans une famille qui n'était absolument pas raciste", a encore martelé Jean-Paul Guerlain, racontant ses premières rencontres avec les Noirs américains qui, à la Libération, "m'ont fait découvrir le chewing-gum et le Coca-Cola". "Je ne me sens pas du tout coupable car je n'ai jamais été raciste, bien au contraire. Je passais la moitié de mon temps en Côte d'Ivoire, au Sénégal et en Haute-Volta (ex-colonie d'Afrique occidentale française), en Guinée-Bissau" pour prélever la matière première nécessaire aux parfums.

"Je n'ai pas de raison de douter de la sincérité de ces regrets", lui a répondu le procureur Alexandre Auber. Mais, il est incontestable que ces propos, "injurieux et racistes", ont constitué "un trouble à l'ordre public". "C'est un dérapage pour le moins, mais un naufrage certainement", a poursuivi le parquetier, regrettant que M. Guerlain ait "enfermé la personne noire dans deux stéréotypes dégradants, contradictoires en apparence" : l'image de l'esclave noir exploité jusqu'à la mort et le cliché "condescendant, méprisant du fainéant pittoresque, du noir tire-au-flanc par nature". Il a requis contre M. Guerlain une amende qui tienne compte de ses revenus, "de 7.500 euros au moins". Délibéré prévu le 29 mars.


Retraité depuis 2002, M. Guerlain était, jusqu'en octobre 2010, resté consultant auprès du "nez" de la maison, Thierry Wasser. Mais l'entreprise a cessé toute collaboration quelques jours après ses propos sur les "nègres". Le tribunal devait mettre sa décision en délibéré.

le 09 février 2012 à 16:01
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3 Commentaires

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  • rose-marie54, le 10/02/2012 à 07h28

    Nous n'avons plus la liberté de penser de parler,comme dans les années 60,ou mes enfants allaient acheter des ""têtes de nêgre""à la boulangerie cacao ""ya bon banania"" ou de dire ""saoul comme un polonais" ect......ce sont des expressions populaires qui n'ont rien de péjoratif.

  • svetlana11, le 10/02/2012 à 05h13

    Mais toutes ces associations elles vont amener Le Pen au pouvoir , et après leur devise sera "ready to start, any where , any time"

  • ilesmarquises, le 10/02/2012 à 02h10

    Ce qui est problématique c'est la deuxième partie de la phrase dont on ne sait pas bien où il veut en venir... Mais "travailler comme un nègre" est une expression courante que tous les plus de cinquante ans ont toujours entendu, et jusqu'à présent çà n'avait jamais été considéré comme une insulte... Parler d'un écrivain dont le livre aurait été écrit par un "nègre" est-ce que c'est une insulte ? Et "fort comme un turc" est-ce qu'on a encore le droit de le dire ?.... Ce qui est paradoxal c'est que, plus on prétend avoir la liberté d'expression, moins on a le droit de s'exprimer sans craindre de se retrouver poursuivi pour des mots ou des phrases qui auraient été mal perçus par telle ou telle association, çà devient grave dans ce pays...

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