Un agriculteur intoxiqué : Monsanto responsable

le 13 février 2012 à 14h08 , mis à jour le 13 février 2012 à 21h15

Le géant américain Monsanto a été jugé "responsable", lundi à Lyon, de l'intoxication à l'herbicide en 2004 d'un agriculteur français, ouvrant la voie à des dommages-intérêts. Le groupe envisage de faire appel.

Ce céréalier français de 47 ans tentait de faire reconnaître par la justice la responsabilité de la multinationale Monsanto.Ce céréalier français de 47 ans tentait de faire reconnaître par la justice la responsabilité de la multinationale Monsanto dans l'intoxication invalidante dont il estime être victime/Image d'archives © TF1/LCI

 
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    Paul François, un agriculteur charentais accuse le géant de l'agrochimie d'être responsable de son intoxication en 2004 par un puissant herbicide, interdit en France depuis 2007. Le procès se tient ce lundi à Lyon.

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Plus d'infos

C'est une première en France. Le groupe Monsanto, géant américain des pesticides, a été condamné lundi pour l'intoxication d'un agriculteur charentais. Le groupe a été jugé responsable par le tribunal de grande instance de Lyon, qui a ordonné une expertise des préjudices subis par Paul François, un céréalier de 47 ans, afin d'établir le montant des dommages et intérêts.
 
Intoxiqué après avoir inhalé en 2004 du "Lasso", un pesticide aujourd'hui interdit, Paul François a subi de graves troubles neurologiques. Il se bat pour faire reconnaître en France la toxicité de ces produits. "Le tribunal a reconnu le lien de causalité entre la maladie de Paul François et l'inhalation du Lasso", a déclaré Me Stéphane Teyssier, l'un des avocats du plaignant. "L'exposition au produit Lasso a été reconnue responsable de son préjudice et Monsanto sera désormais obligé d'informer ses clients des conséquences sur la santé de ses produits", a-t-il ajouté. "Cette décision est historique. Elle fera jurisprudence pour tous les  dossiers similaires car nombre d'agriculteurs sont dans la même situation".
 
Défenseur de Monsanto, Me Jean-Philippe Delsard s'est déclaré "déçu" de cette décision. "Nous avions estimé qu'il n'y avait pas d'éléments suffisants pour établir  un lien de cause à effet entre les symptômes de Paul François et une éventuelle intoxication au chlorobenzène mais le tribunal a dit le contraire", a-t-il déclaré à la sortie de l'audience. L'avocat entend examiner avec la direction de Monsanto la possibilité de faire appel de cette décision.
 
Un défaut d'information ?
 
Le 27 avril 2004, Paul François, qui exploite 400 hectares de cultures de céréales en Charente, cherchait à vérifier le contenu de sa cuve d'épandage lorsqu'il a inhalé les émanations de Lasso, un puissant herbicide, qui s'en échappaient. Le céréalier avait souffert de malaises, de vertiges, de bégaiements et de divers troubles pendant plusieurs mois avant qu'on identifie la présence de chlorobenzène, un produit inscrit au tableau des maladies professionnelles, dans ses urines et ses cheveux, signe de son intoxication au Lasso. L'agriculteur a décidé d'attaquer Monsanto à qui il reproche un défaut d'information, la présence de chlorobenzène n'étant pas mentionnée sur l'étiquette. Il reproche en outre la diffusion par l'entreprise d'un produit qu'elle savait dangereux.
 
Le Lasso est interdit de vente en France depuis 2007. Son retrait du marché était intervenu précédemment dans plusieurs pays, comme le Canada, la Belgique ou la Grande-Bretagne. Paul François ne peut plus travailler aujourd'hui qu'à mi-temps et a dû engager du personnel. Il a renoncé à l'agriculture intensive, sans pouvoir se passer des services de Monsanto. "Il est impossible aujourd'hui d'acheter des semences en dehors de Monsanto", déplore-t-il. Il a fondé en 2011 avec d'autres victimes une association, Phyto'Victimes, qui fédère les agriculteurs atteints de maladies professionnelles. Elle rassemble déjà une centaine de dossiers et dit que quatre de ses adhérents sont décédés.

En fin d'après-midi, Monsanto a annoncé qu'il envisageait de faire appel. "Il nous semble qu'il n'existe pas d'éléments scientifiques suffisants qui démontrent le lien de causalité entre une éventuelle intoxication au chlorobenzène et les problèmes de santé de M. François", a déclaré Yann Fichet, directeur des affaires institutionnelles de Monsanto France. 

Bové veut "revoir le problème des autorisations d'herbicides"

TexteCe jugement doit conduire à "revoir le problème des autorisations d'herbicides" en France, selon le député européen écologiste José Bové. Interrogé par l'AFP, il rappelle que l'herbicide incriminé dans ce procès "avait été classé comme dangereux depuis les années 1980". Mais, a-t-il ajouté, "il n'a été retiré de la circulation qu'en 2007 en France, ce qui montre bien que le problème des autorisations de ces herbicides est complètement à revoir et que les pouvoirs publics ont laissé traîner au-delà des risques reconnus au niveau international". L'élu européen du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV) qui pourfend le producteur américain de produits phytosanitaires et de semences OGM depuis de nombreuses années, a une nouvelle fois dénoncé "les pressions en permanence, de Monsanto, pour maintenir et faire homologuer ses produits". Selon lui, le débat sur cette question concerne les Français "au premier titre en ce moment puis que nous attendons le dépôt d'une nouvelle clause de sauvegarde contre le Mon 810", ce maïs OGM commercialisé par Monsanto. Le gouvernement a promis de déposer une nouvelle clause de sauvegarde pour interdire la culture de maïs transgénique avant les semis de printemps, après l'invalidation de la précédente clause par le Conseil d'Etat fin novembre.

le 13 février 2012 à 14:08
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17 Commentaires

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  • pilepoil21, le 14/02/2012 à 08h11

    J'ajoute que les syndicats d'agriculteurs ont les moyens de faire faire toutes les analyses chimiques nécessaires. Et le monde agricole est un milieu moderne et bien informé...

  • barrny, le 14/02/2012 à 07h23

    Highend2: si vous lisez la MSDS vous saurez que le Lasso contient 26 à 30 % de chlorobenzene, 19 à 24% d'un hydrocarbure non spécifié, 4.5 à 6% d'un émulsifiant non spécifié, 45% d'alachlor et 0.09 à 0.15% de naphthalène. Maintenant, si vous n'êtes pas chimistes, vous n'aurez pas la faculté de comprendre ce que signifie en détail ce document (puisque les précautions d'emploi ne sont quasiment que du verbiage édulcoré en comparaison avec la MSDS américaine qui est très fournie et emploi des termes scientifiques inaccessibles ). Bref, c'est un produit à manipuler sous hotte aspirante avec la plus grande prudence et du matériel de protection conséquent, qui du à sa formulation ne devrait jamais être pulvérisé à l'air libre vu qu'il contient un "toxique à long terme pour l'environnement aquatique".

  • fredodu35, le 14/02/2012 à 05h11

    Eh bien à lire tous les commentaires, les laboratoires Monsanto ont encore de beau jour devant eux, d'après une majorité de posts, c'est la faute de l'agriculteur...à tous ces détracteurs je dirais une chose, allez faire un tour sur le net, et regardez les résultats de "l'agent orange" qui a été pulvérisé pendant la guerre du vietnam, regardez les résultats sur la nature, mais surtout sur les populations, ce défoliant hyper-puissant été fabriqué par...Monsanto

  • lasbadias28, le 14/02/2012 à 01h31

    Mes jeunes voisins avaient range leur bouteille de gaz dans un coin de la cheminee , en leur absence La bouteille a explose ils ont fait un proces au gazier car ce n etait pas mentionne sur la bouteille.

  • highend2, le 14/02/2012 à 00h30

    Pas besoin d'être chimistes, biochimistes et toxicologues, il suffit de lire les précautions d'emploi ( dans ce cas précis il semble qu'il y ait un défaut d'information sur la présence d'un solvant, mais que je sache ce n'est pas obligatoire)

  • barrny, le 13/02/2012 à 23h07

    Depuis quand les agriculteurs sont ils à la fois chimistes, biochimistes, microbiologiques et toxicologistes ? Le fait est que la structure même du produit et la composition du mélange font lever les sourcils de quiconque a la moindre connaissance chimique, c'est à se demander comment un tel produit a pu se retrouver autorisé sur le marché !

  • kosotto1, le 13/02/2012 à 23h03

    Rose-Marie : Monsanto est une énorme holding, puissante ayant partout des ramifications. Elle fait breveter toutes les semences sortant de ses laboratoires et oblige les distributeurs à signer des contrats d'exclusivité, ce qui lui donne partout une supériorité sur ses faibles concurrents pour ne pas dire un monopole. Ses méthodes commerciales agressives ont souvent été dénoncées ainsi que ses publicités mensongères (souvenez vous du ROUNDUP (un désherbant) dont la publicité disait "qu'il protégeait l'os de Rex", ce qui était totalement faux !

  • highend2, le 13/02/2012 à 22h31

    Parce que on mourrait de faim !!

  • rose-marie54, le 13/02/2012 à 20h34

    Pourquoi l'état n'interdit-il pas tous ces poisons que nous respirons et mangeons,et que les semences soient libres,et non imposées.

  • pilepoil21, le 13/02/2012 à 19h47

    A qui fera-t-on croire que les agriculteurs ne connaissaient pas la dangerosité des pesticides! Ils ont bien pris le risque de nous empoisonner pendant de longues années! Celui-là a eu un accident avec sa cuve! Mais son avocat va essayer de faire payer le fabricant.

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