Un détenu fait condamner la France pour traitement dégradant

Par , le 27 mai 2011 à 11h01 , mis à jour le 27 mai 2011 à 11h56

Interview - La Cour européenne des droits de l'Homme a condamné cette semaine la France pour traitements dégradants à l'encontre d'un détenu lors d'examens médicaux. L'avocat de ce dernier nous explique pourquoi.

TF1 News : Vous avez obtenu la condamnation de la France pour traitement dégradant devant la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). Cette dernière a parlé de "mesures litigieuses disproportionnées au regard des nécessités de sécurité". Précisément, quel était le cas de votre client ?
 
Maître Patrice Spinosi : Souffrant de problèmes de santé et notamment parce qu'il portait une prothèse à la jambe, mon client, Michel Duval* a dû se rendre plusieurs fois à l'hôpital. A chaque fois, il est resté entravé et menotté alors qu'il était examiné par un médecin sous la surveillance d'agents d'escorte, policiers ou personnels pénitentiaires. C'est arrivé entre 2000 et 2005. Les consultations ont toujours eu lieu en présence des surveillants, y compris lors d'examens intimes, des touchers rectaux notamment.
 
TF1 News : Mais ce genre de surveillance est-elle légale ?
 
Me Spinosi : Ce mécanisme, courant pour un très grand nombre de détenus devant être extraits pour raisons médicales, est légal au regard des circulaires de l'administration française. Le cas de mon client est finalement assez ordinaire, c'est en cela que la décision de la CEDH est très importante.
 
TF1 News : C'est-à-dire ?
 
Me Spinosi : Là, c'est la manière dont l'administration procède régulièrement qui est visée. Aujourd'hui, grâce à la décision de la CEDH, ce mécanisme est dénoncé comme constituant un traitement dégradant. Il va falloir que l'administration pénitentiaire française change son mode de fonctionnement et modifie les circulaires relatives à l'extraction des détenus pour raisons médicales. S'il n'y a pas de modification, nous saisirons avec l'Observatoire national des prisons, le juge administratif fort de cette décision obtenue. La CEDH permet de faire prendre conscience qu'un certain nombre de situations sont anormales. Aujourd'hui grâce à l'aiguillon européen, on essaye d'amener petit à petit le droit à l'intérieur des prisons.
 
TF1 News : Ce n'est pas la première condamnation de ce genre... Est-ce-que ces décisions de la Cour européenne des droits de l'homme ont une réelle influence sur l'administration française ?
 
Me. Spinosi : Oui, mais on part de très loin. Ces condamnations régulières de la France conduisent progressivement à une évolution du droit des prisonniers. Pionnier en la matière, le Conseil d'Etat a fait avancer le droit des détenus. Aujourd'hui, les détenus peuvent saisir plus facilement le juge administratif. La nature des obligations sur l'administration a aussi été modifiée. Avant, sa responsabilité n'était susceptible d'être engagée que pour une faute lourde. Aujourd'hui, une faute simple est susceptible de la mettre en cause. La nature des fouilles corporelles a changé aussi. Ont également été affirmés le droit à la santé des détenus et la nécessité pour l'administration de garantir les atteintes à la vie des détenus. Pour autant, il reste beaucoup à faire et subsistent toujours un certain nombre de résistances de la part de l'administration pénitentiaire.
 
TF1 News : Pourquoi ?
 
Me Spinosi : Parce que deux principes s'opposent : d'un côté, le droit à l'intimité de la vie privée du détenu. De l'autre, une attitude sécuritaire de l'administration pénitentiaire qui ne veut prendre aucun risque. Ainsi, le dispositif que nous avons dénoncé via le cas de notre client, avait été mis en place par une circulaire en 2004 prise suite à l'évasion d'un détenu sorti pour des raisons médicales. Depuis, l'administration pénitentiaire sécurise au maximum, et parfois de façon injustifiée ou en tout cas sans prendre en considération la nature de l'atteinte que cela peut représenter pour les détenus et en particulier pour des détenus malades.
 
*Michel Duval, 61 ans, a été incarcéré en 1999 puis condamné trois ans plus tard à 15 ans de réclusion pour viol sur mineur par personne ayant autorité.

Par Amélie Gautier le 27 mai 2011 à 11:01
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23 Commentaires

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  • calpe06, le 30/05/2011 à 06h50

    C' est une blague non , ce n'est pas le 1 er Avril pourtant , c'est vrai que la prison de Nancy fait rêver les délinquants ..

  • bruceny9, le 29/05/2011 à 19h17

    Ill me semble que cet article a pour but de rendre clair le fait qu'un medecin ne doit en aucun cas participer a des actes de torture. L'exemple qui est souvent donne est celui d'Israel qui autorise la torture dans certains cas, du moment que la seance se deroule sous la supervision d'un medecin.

  • helene2503, le 29/05/2011 à 16h20

    Votre plaidoirie est remarquable, dommage que nous ne puissions voire vos effets de manches....Et non tout le monde n'a pas la chance d'avoir connu une garde à vue, mais vous semblez expert en la matière. Viol sur mineur par personne ayant autorité, une broutille sans doute? MERCI DE PUBLIER MA REPONSE

  • soyonsclairs, le 28/05/2011 à 23h34

    Je ne comprend meme pas pouquoi on l a enfermer c est vrai s il etait deja present en 2000 c est qu il n a pas du faire quelque chose de bien grave

  • lilith1978, le 28/05/2011 à 16h52

    Je n'éprouve aucune compassion pour un violeur, de surcroit quelqu'un qui s'en prend à des mineurs. N'essayez pas de faire pleurer dans les chaumières avec son cas, on en a déjà bien assez à faire comme ça avec la compassion débile et collective que semble avoir suscité l'affaire DSK: certains français savent s'apitoyer sur un violeur quand celui-ci est haut placé, cela va de soi... Ceci dit je suis d'accord avec ce que dit condorj: les refuges d'animaux sont plus propres et plus sûrs que les prisons françaises...

  • 1miasmes, le 28/05/2011 à 16h19

    Je suis surpris de voir que des médecins acceptent d'exercer dans des conditions imposés par l'administration pénitentiaire. Il y a parfois, manifestement, violation du code de déontologie médicale dont l'article 10 est ainsi rédigé : Un médecin amené à examiner une personne privée de liberté ou à lui donner des soins ne peut, directement ou indirectement, serait-ce par sa seule présence, favoriser ou cautionner une atteinte à l'intégrité physique ou mentale de cette personne ou à sa dignité. Il faut comprendre, chers "commentateurs", que le médecin est là pour soigner. Il n'est ni juge nu justicier. Il n'a même pas à savoir pourquoi la personne qu'il soigne est incarcéré.

  • mcg35, le 28/05/2011 à 00h48

    @etmoiaussi67 - Tout juste ... Merci!

  • condorj, le 27/05/2011 à 19h18

    Bonjour, A vous tous ici qui osez parler sans avoir connu une seule fois ce qu'est une garde à vue ou bien une détention provisoire : taisez-vous.....vous êtes là à vous gargariser de votre bonne tenue, de votre respect des lois mais vous oubliez que des milliers de gens connaissent la prison ou bien un environnement carcéral tout en étant innocent....près de 16 882 personnes sont en détentions provisoires en France en attente de leur jugement donc étant potentiellement innocentes; entre 600 000 et 900 000 personnes sont en gardes à vues chaque années parfois pour des broutilles et tous ces gens sont traitées pire que des animaux pendant leur garde à vues....la SPA à l'obligation de laver régulièrement les Boxes, pas les prisons : réfléchissez à ça avant de parler....tout le monde en France a été choqué de la détention provisoire de DSK mais PERSONNE ne voit ce qui se passe en France dans les prisons.... Merci de me publier

  • humanoide56, le 27/05/2011 à 19h13

    Débile ! Vous confondez "opinion" et "justice" !

  • levioloniste06, le 27/05/2011 à 18h04

    La peine de mort nous aurait éviter ce genre de mascarade:)

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