Un procès sur lequel plane l'ombre de l'Opus Dei

le 22 septembre 2011 à 08h16 , mis à jour le 22 septembre 2011 à 14h12

Durant 13 ans, Catherine T. a travaillé tous les jours de 7 heures à 21 heures, week-end compris, sans jamais prendre de vacances, ni être payée normalement. Elle se retourne aujourd'hui contre ses ex-employeurs. Tous dépendaient, selon son avocat, de l'Opus Dei. Qui nie pourtant tout lien direct.

Pour l'Opus Dei, le procès qui se tient à partir de ce jeudi à Paris n'est rien d'autre qu'une affaire de travail dissimulé. Mais ses adversaires entendent en profiter pour épingler ce qu'ils considèrent comme les dérives sectaires de la puissante organisation catholique.

Deux membres de l'Opus Dei, ainsi que l'Association de culture universitaire et technique (ACUT) comparaissent jusqu'à vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour "rétribution contraire à la dignité" et "travail dissimulé". A l'origine de la procédure: Catherine T., entrée à l'Opus Dei en 1985. A 14 ans, son collège conseille à ses parents de la diriger vers un établissement de l'Aisne, l'Ecole technique privée d'hôtellerie Dosnon, qui dépend de l'ACUT. C'est seulement en fin d'année, à l'occasion d'un film projeté sur le fondateur de l'Opus Dei, que les parents de Catherine découvrent que l'école "appartient à l'Oeuvre".

"Manipulation mentale"

L'Opus Dei dément un lien aussi fort avec l'Ecole Dosnon. Selon elle, il "se résume à la prise en charge de son aumônerie". Mais l'histoire racontée par Catherine T. donne une impression très différente. "On m'a confiée à une préceptrice, qui était en fait une directrice de conscience", détaille-t-elle, "ils m'ont amenée à pratiquer", "il y avait interdiction d'en parler aux parents". En 1987, on l'oblige, dit-elle, à contracter ses voeux : obéissance, pauvreté et chasteté. Elle devient alors "numéraire auxiliaire", ce qui en langage opusien signifie qu'elle est "chargée des tâches domestiques".

Ainsi devenue "numéraire auxiliaire", elle va, durant 13 ans, accumuler les contrats de travail au sein d'organismes ou d'associations qui, selon son avocat Me Rodolphe Bosselut, "dépendaient exclusivement de l'Opus Dei". Aujourd'hui, Catherine T. dit avoir nettoyé, rangé et servi tous les jours de 7 heures à 21 heures, week-end compris, sans jamais prendre de vacances, ni être payée normalement. En janvier 2001, ses parents la récupèrent dans un état de délabrement total: elle ne pèse plus que 39 kilos. Leur médecin de famille la met immédiatement en arrêt de travail.

Dans la plainte qu'il dépose fin 2001, son avocat dénonce "une manipulation mentale", des "conditions de travail abrutissantes" et une "situation de dépendance économique". "Stricto sensu, l'Opus Dei n'est pas dans le dossier, reconnaît aujourd'hui le conseil, mais dire qu'il est déconnecté de l'Opus Dei, c'est être complètement schizophrène, car ce qui est en cause, c'est le statut de numéraire auxiliaire, qui est une spécificité de l'Oeuvre".

L'Opus Dei, c'est quoi ?

Parfois surnommée "l'Oeuvre" ou "la pieuvre de Dieu", l'Opus Dei est une puissante organisation conservatrice catholique fondée en 1928 à Pampelune, en Espagne, par Jose Maria Escriva de Balaguer. Si d'autres groupes conservateurs ont bénéficié de l'appui de Jean Paul II, l'Opus Dei est le seul à qui le pape défunt a accordé en 1982 le statut - unique dans l'église catholique - de prélature personnelle. L'Opus Dei est ainsi devenu un diocèse sans territoire, régi à la fois par le droit canon et ses propres statuts et ne rendant compte qu'au pape. Ses membres sont encouragés à rechercher la perfection spirituelle dans leur vie quotidienne et dans leur travail. Les "numéraires", le noyau dur de l'organisation, sont recrutés dans les milieux cultivés et éduqués et incités à occuper un rôle important dans leur domaine. Ils font voeu de chasteté et d'obéissance, pratiquent parfois la mortification corporelle (flagellation) et vivent en communauté selon des règles strictes avec d'autres membres de "l'Oeuvre". Tout en se présentant comme une organisation de laïcs, l'Opus Dei compte ses propres prêtres, qui accompagnent spirituellement les membres. Elle compte 2000 prêtres dans le monde et 86.000 laïcs, dont 1600 en France. Elle est implantée principalement en Europe et en Amérique Latine.

le 22 septembre 2011 à 08:16
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3 Commentaires

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  • monpseudo75001, le 23/09/2011 à 17h13

    Quelle dérive ?

  • phil_grenoble, le 22/09/2011 à 17h09

    Je ne comprends pas que l'église catholique puisse tolérer de telles dérives, heureusement que notre laïcité permette sa dénonciation.

  • denism147, le 22/09/2011 à 12h15

    L'opus dei est comparable à la scientologie, c'est une secte.

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