Dominique Lefebvre, Maire de Cergy
| Cergy-Préfecture |
LCI.fr : Les villes nouvelles dont le slogan était "A ville nouvelle, vie nouvelle" ont-elles tenu leurs promesses ?
Dominique Lefebvre, maire (PS) de Cergy : En partie. La qualité de vie, la mixité sociale, l'équilibre habitat/emploi et la qualité de l'urbanisme des villes nouvelles par rapport à d'autres territoires de banlieue, sont incomparables. Cependant, ces villes nouvelles n'ont pas résolu à elles seules l'ensemble des contradictions de la société concernant des enjeux sociaux d'inégalité sociale et culturelle importants qui génèrent des troubles dans la société. Les cinq villes nouvelles créées en l'Ile-de-France, et notamment à Cergy-Pontoise, ont en trente ans rempli leurs missions, puisqu'elles ont accueilli des populations nouvelles. Elles ont en particulier permis l'intégration de populations d'origine étrangère dans la société française, bien mieux qu'ailleurs.
LCI.fr : Cependant, avec une telle diversité sociale et culturelle, comment lier les différentes populations et éviter de créer des ghettos ?
Dominique Lefebvre : A Cergy, nous n'avons pas de quartier ghetto. Il n'y a pas un seul quartier, - même le plus populaire Axe Majeur Horloge, le plus marqué sur la composition ethnique de la population - qui ne soit un quartier de mixité sociale, où l'on retrouve toutes les catégories de la population. Il y avait effectivement un quartier de ce type, la Croix-Petit, mais il est en train d'être démoli et nous allons le reconstruire différemment avec deux fois plus de logements et de mixité. Nous avons par exemple traversé les émeutes de 2005 de manière assez paisible. Pour un jeune qui habite à Cergy, l'avenir est quand même plus ouvert ici qu'ailleurs. Avec 45% de ménages non imposables et 45% de la population issue de la diversité, on a une ville de mixité sociale qui gère bien ces tensions, même si cela ne se fait évidemment pas sans difficultés.
![]() | "Il suffit de venir un jour de marché pour voir que l'Axe majeur - Horloge est un quartier qui vit plutôt pas mal." |
LCI.fr : Cergy est confrontée aux mêmes phénomènes de délinquance que l'on retrouve dans les autres villes de banlieue. Y a-t-il un échec des villes nouvelles dans ce domaine ?
Dominique Lefebvre : Les villes nouvelles ont été pensées dans les années 60 comme un modèle de cité idéale avec un projet social fondamentalement démocrate laissant à penser que les contradictions sociales pourraient ainsi être évacuées. Ce n'est pas le cas. Les villes nouvelles n'ont aucune raison de ne pas être atteintes par ces phénomènes de société. Nous avons les problèmes qu'on beaucoup de villes populaires en Ile-de-France : le phénomène de désintégration sociale, donc d'échec scolaire, donc de délinquance.
Cergy est confrontée à une délinquance double. D'une part, cette délinquance est liée aux grandes centralités : cette ville a trois gares RER, qui voient passer chacune entre 10 et 20 000 personnes chaque jour, et un centre commercial régional qui accueille 20 millions de personnes par an. D'autre part, il y a une délinquance de proximité dans les quartiers populaires. Depuis 1996, la délinquance de voie publique est passé de taux de 170 pour 1000 à des taux aux alentours de 100.
Mais il y a une sensibilité extrêmement forte de la population sur ces questions. Concernant Cergy, cela nous a amené à développer une police municipale qui est la plus importante du Val-d'Oise. On va aussi mettre en place un système de vidéo tranquillité autour des trois gares à partir de janvier prochain.
LCI.fr : Vous avez décidé de rebaptiser le quartier Saint-Christophe, aujourd'hui Axe Majeur, était-ce à cause de sa mauvaise réputation ?
Dominique Lefebvre : La dénomination ne concerne pas seulement ce quartier, on a dénommé six quartiers en lieu et place des quatre précédents quartiers. Saint-Christophe souffrait effectivement d'une mauvaise réputation. Les conditions de son peuplement et de son équilibre ont été particulièrement difficiles et ratées. Il y a aujourd'hui des faits de délinquances, en particulier, chez certaines catégories de population jeunes. Nous nous efforçons de les traiter, notamment avec la mise en place depuis le 1er juin d'une Uteq (unité territoriale de quartier, ancienne police de proximité).
L'Axe Majeur-Horloge est un quartier populaire qui est aujourd'hui stabilisé. Il suffit d'y venir le samedi, jour de marché, pour voir qu'il s'agit d'un quartier qui vit plutôt pas mal. Et c'est aussi dans ce quartier que se trouve l'Axe Majeur, une œuvre de l'artiste israélien Dani Karavan, qui fait que ce quartier est mondialement connu.
![]() | Le petit commerce traditionnel a connu une mutation avec un Leader Price et une boucherie halal" |
LCI.fr : Concernant les transports, Cergy est en moyenne à 1heure 15 de Paris via le RER A. Comment réduire ce délai qui peut constituer un handicap pour la ville ?
Dominique Lefebvre : On est aujourd'hui à 30 minutes de la gare de La Défense, 35 minutes de celle d'Auber et à 40 minutes de Chatelet, de point à point, pour être dans le centre de Paris. A cela s'ajoute effectivement une demi-heure de transports pour ceux qui vont un peu plus loin. L'idée qu'on puisse avoir, dans les prochaines années, des trains directs de Cergy à La Défense est une perspective. Ce qui permettrait aux Cergyssois d'être à un quart d'heure de La Défense.
Pour autant, nous avons obtenu des avancées significatives ces dernières années. La fréquence de RER A est de l'ordre de toutes les dix minutes dans la journée, en semaine, alors qu'on était à 20 minutes, il y a encore trois ans ; et de trente minutes le week-end. Certes, il y a un problème de régularité du RER A qui renvoie à la vétusteté du matériel roulant et des infrastructures mais leur rénovation est en cours aujourd'hui.
Enfin, concernant la saturation des trains, nous aurons d'ici 2012 des rames à doubles étages qui permettront d'augmenter de 30% la capacité de transport et qui éviteront ainsi que les gens soient trop entassés.
LCI.fr : Enfin, pour ce qui est des zones commerciales, les villes nouvelles semblent avoir privilégié les grands centres commerciaux au détriment du petit commerce traditionnel.
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Dominique Lefebvre : Les villes nouvelles ont été bâties sur des modèles commerciaux comprenant des grands centres mais aussi des pôles de proximité qui ont, à Cergy, accompagné le développement de la ville. Nous avons des pôles de proximité dans différents îlots de la ville qui sont sur des fonctions de base avec la boulangerie, la pharmacie, le bar tabac, etc. La ville dispose également d'un grand centre commercial régional, Les trois fontaines.
L'équilibre se fait à la fois avec ces grands centres commerciaux, qui permettent aux habitants d'éviter de se rendre jusqu'à Paris pour faire leurs achats, mais aussi avec du petit commerce. Sur le quartier Axe Majeur Horloge par exemple, le petit commerce traditionnel a connu une mutation avec un Leader Price et une boucherie halal. Ce sont des petits commerces différents de ceux qu'on pouvait trouver dans les années 80, parce que cela correspond à la population telle qu'elle existe dans ces quartiers, à ses besoins et à ses modes de consommation.
Par Fatoumata Bakily | ![]() |
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