Il y a Paris et son maire socialiste. Il y a les départements et leurs figures de droite et de gauche. Il y a la région Île-de-France et son président socialiste, Jean-Paul Huchon. Il y a, depuis peu, la région capitale et son secrétaire d'Etat, Christian Blanc. Et il y aura bientôt le Grand Paris, voulu par Nicolas Sarkozy : le projet sera présenté mercredi au conseil des ministres, avec l'espoir pour l'Exécutif d'un examen au Sénat avant la fin de l'année.
Sous le titre Grand Paris se dessine un vaste projet d'aménagement territorial en Île-de-France, reposant sur sept pôles d'activités reliés par un réseau renforcé de transports. Le projet donne de très grands pouvoirs à "l'Etat stratège" pour le tracé du futur réseau de transport et l'aménagement de quartiers entiers autour de quelque 50 gares.
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800.000 emplois en 15 ans
Christian Blanc a convaincu le chef de l'Etat de créer un projet de métro automatique autour de Paris reliant une quarantaine de gares autour desquelles de "vastes territoires stratégiques" contribueront, selon lui, à une croissance de 4% par an en IDF d'ici à 10 ans, et à la création de 800.000 emplois en 15 ans. Coût à lui seul de ce projet, selon le secrétaire d'Etat : 20,5 milliards d'euros, alors que Nicolas Sarkozy a validé fin avril 35 milliards d'euros d'investissements au total...
Si le constat est unanime sur la situation catastrophique des transports, le texte n'en suscite pas moins un tollé chez les grands élus franciliens de gauche - Bertrand Delanoë en tête - qui dénoncent un "régime juridique d'exception" remettant en cause la décentralisation en matière de transports et d'urbanisme. La perspective de régionales acharnées ne dépassionne pas le débat. Jean-Paul Huchon, candidat face à l'UMP Valérie Pécresse, a d'ores et déjà dénoncé un projet "inacceptable" avec "le retour à des décisions bureaucratiques d'un autre âge" émanant de l'Etat.
Anne Hidalgo, première adjointe PS au maire de Paris, et Pierre Mansat, adjoint chargé des relations avec les collectivités territoriales d'Ile-de-France (PCF), avaient dénoncé dès septembre le manque de concertation et un texte de loi renvoyant aux décrets pour la mise en œuvre de "décisions majeures pour les citoyens d'Ile-de-France". Et de proposer un contre-plan dans l'urgence : un plan de mobilisation de 19 milliards d'euros élaboré dans l'urgence par Huchon pour faire face aux besoins jugés les plus pressants : désaturer la ligne 13 et rénover les rames, développer le RER E (Eole) à l'ouest et deux arcs de la rocade ferroviaire autour de Paris, Arc Express.
Blanc désavoué ?
Le chef du gouvernement en personne, François Fillon, a tenté de calmer "l'inquiétude" des élus "toutes tendances confondues" affirmant que l'ambition de l'Etat n'était pas de "reprendre la main". Certes, a-t-il dit, "le Grand Paris ne pourra se faire sans l'Etat" et "personne ne peut contester son rôle de pilotage" mais ce projet, a-t-il souligné, "ne pourra pas non plus se construire sans l'adhésion des collectivités locales et des habitants de l'Ile-de-France". Comprenez : le tracé du réseau de transports se fera dans la concertation. Mais jusqu'où ? Et avec qui ?
Pour amadouer les récalcitrants, François Fillon, à qui l'on prête des ambitions parisiennes pour 2014, aurait à ce point édulcoré le texte que son propre auteur ne s'y reconnaîtrait plus. Christian Blanc a écrit fin septembre au chef du gouvernement, auquel il est directement rattaché, pour lui faire part de ses états d'âme concernant la version finalement transmise au Conseil d'Etat. "C'est la règle", lui a-t-il été vertement répondu à Matignon qui smble avoir repris la main sur le projet si cher au président.
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