Un reçu délivré après chaque contrôle de police afin d'éviter les dérapages ? L'idée, avancée vendredi matin par Jean-Marc Ayrault (Lire : La police contrôle votre identité ? Voici votre reçu... ), n'est pas du goût de tout le monde. A commencer par les syndicats de police qui y voit un message de "défiance", "inadmissible", "stigmatisant" et décidé sans concertation. "On stigmatise la police comme étant une police raciste. Il est inacceptable de partir de cette présomption", a dénoncé Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance, deuxième syndicat des gardiens de la paix. Selon lui, "l'annonce faite par le Premier ministre jette le discrédit sur l'honnêteté morale des policiers en laissant penser qu'ils font des contrôles en dehors de la loi".
Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers, voit dans cette mesure "un message de défiance envoyé aux policiers". "Cela part d'une présomption de discrimination des policiers, qui seraient coupables de pratiquer des contrôles au faciès. Or aujourd'hui, il y a la même diversité dans la police que dans la population qu'elle contrôle", a-t-il souligné. Selon lui, cette mesure va leur "enlever des outils" de travail sur le terrain, "comme la palpation où on peut trouver des armes, de la drogue (...). Les voyous contrôlés le matin brandiront un récépissé le reste de la journée et on ne pourra plus les contrôles", a-t-il regretté, évoquant une nouvelle "dynamique qui n'est pas saine".
Nicolas Comte, secrétaire général d'Unité Police, premier syndicat des gardiens de la paix, estime lui que cette mesure "ne solutionnera pas la fracture police-population en donnant l'impression aux policiers que la faute vient d'eux". L'annonce du Premier ministre a d'autant plus surpris les syndicats que le sujet avait été évoqué la semaine dernière lors de leur rencontre avec Manuel Valls. Si le ministre de l'Intérieur avait indiqué qu'il faudrait s'inspirer "de ce qui se pratique en Grande-Bretagne", il avait dit qu'il n'était "pas dans la précipitation".
"Le reçu n'est pas une formule miracle"
Du côté des associations, on salue l'initiative. SOS Racisme, qui avait lancé l'idée de la remise d'un ticket à chaque personne contrôlée, a évoqué une "mesure de transparence" qui va permettre "d'une part de protéger les citoyens des contrôles abusifs, leurs droits à savoir les causes et le fondement du contrôle [...] et d'autre part de protéger les agents du service public de la police et de la gendarmerie contre la défiance que des comportements isolés font peser sur l'ensemble de la corporation". Un avis partagé par les militants contre le contrôle au faciès. "C'est un signe fort", s'est réjoui Me Félix de Belloy, qui avait assisté une quinzaine de personnes se disant victimes de contrôles d'identité au faciès.
"Je trouve que c'est une bonne étape mais il faut s'assurer que le reçu dont parle le Premier ministre fasse également état de la raison pour laquelle la personne est contrôlée", a-t-il ajouté. Pour Lanna Hollo, d'Open Society Justice Initiative, cette mesure "améliore l'efficacité policière". En 2009, cette émanation de la fondation Soros a réalisé une étude avec le CNRS dans cinq lieux parisiens. Conclusion ? Un Noir ou un Arabe ont respectivement 6 et 7,8 fois plus de chance d'être contrôlé qu'un Blanc. "Mais le reçu n'est pas une formule miracle. Il faut l'accompagne d'une meilleure formation des policiers pour qu'ils contrôlent sur la base de comportements suspects et non au faciès, et d'un travail d'information pour améliorer le dialogue avec la population", a-t-elle ajouté.








