Un enseignant évincé par manque de “loyauté” ?

Par Par N.C. (avec agence), le 27 septembre 2006 à 18h32 , mis à jour le 28 septembre 2006 à 09h29

Roland Goigoux n'a pas été reconduit comme formateur à l'Ecole supérieure de l'Education nationale. En cause : son livre sur les méthodes de lecture.

IUFM d'Auvergne/DR - Roland Goigoux, professeur à l’IUFM d’AuvergneRoland Goigoux, professeur à l’IUFM d’Auvergne © IUFM d'Auvergne/DR

Prenez un sujet comme “les méthodes d'apprentissage de la lecture en France”. Syllabique, globale, semi-globale, bonne, pas bonne, meilleure, pire, un peu les deux. Des décennies d'empoignade, des kilomètres de papiers noircis. Vous pensiez qu'on avait tout dit, tout débattu, tout polémiqué. Erreur. Roland Goigoux, professeur à l'IUFM d'Auvergne, vient d'apprendre qu'il n'était pas reconduit comme enseignant à l'Ecole supérieure de l'Education nationale (ESEN) - où il intervenait depuis dix ans - après avoir écrit un livre intitulé Apprendre à lire à l'école (1).

Les auteurs détaillent les différentes techniques utilisées par les enseignants pour apprendre à lire aux enfants. Problème : ils y montrent, selon Roland Goigoux, qu'il y a “un hiatus entre ce que dit le ministère et ce qu'il écrit”. “Gilles de Robien affirme que la méthode syllabique est obligatoire, explique le chercheur à LCI.fr. Les textes disent très clairement qu'il y a plusieurs manières d'enseigner. Ce qu'on me reproche aujourd'hui, c'est de ne pas être fidèle aux propos du ministre. Mais ma loyauté envers les textes est totale.

"J'ai mis
le ministre
face à ses contradictions : ça l'a beaucoup agacé"

Roland Goigoux
En décembre dernier, le ministre de l'Education monte à l'assaut de la méthode globale. Les enseignants peuvent soutenir qu'il y a belle lurette qu'ils ne l'utilisent plus, Gilles de Robien publie en janvier une circulaire l'interdisant au CP. En mars, un arrêté voit le jour. Surprise : il préconise “deux types d'approche complémentaires : analyse de mots entiers en unités plus petites référées à des connaissances déjà acquises, synthèse à partir de leurs constituants de syllabes ou de mots réels ou inventés”. En clair, un combiné de globale et de syllabique.

Le 6 septembre, lors d'une émission sur France Inter, Gilles de Robien et Roland Goigoux sont tous deux invités. L'enseignant estime avoir, comme dans son ouvrage, mis le ministre “face à ses contradictions”. Ce qui, dit-il, “l'a beaucoup agacé...

A l'Ecole supérieure de l'Education nationale, on minimise la décision, préférant ne pas parler “d'éviction” mais de “renouvellement des cadres”, l'école comptant plus de 500 intervenants. “Je ne remets pas en cause la liberté d'expression de M. Goigoux en tant qu'universitaire”, explique à LCI.fr Jean David, directeur de l'ESEN. Mais dans son ouvrage, il critique une plaquette diffusée par le ministère sur les orientations nationales de l'apprentissage de la lecture. Et il y a un devoir absolu de loyauté à l'égard des cadres formés. J'ai pris ma décision en tant que responsable d'école.”

Censure”, répondent les syndicats, qui ont vivement réagi à cette annonce. “Le ministère intervient pour écarter de toute formation les chercheurs qui ne conviennent pas à ses dogmes”, a dénoncé le principal syndicat des écoles, le SNUipp-FSU. Le syndicat des enseignants (SE-Unsa) critique une exclusion pour “non-conformité à la pensée d'Etat”. Quant à la fédération CFDT des écoles, collèges et lycées (Sgen-CFDT), elle affirme apporter “son soutien à Roland Goigoux et demande au ministre Gilles de Robien de revenir sur une décision qui ne grandit pas la maison Education nationale”. Une autre conférence, que Roland Goigoux devait assurer dans les Landes devant 500 professeurs des écoles, vient d'être annulée.

Mercredi, Gilles de Robien a apporté son soutien au directeur de l'Ecole supérieure de l'Education nationale. "C'est comme si un moniteur d'auto-école se comportait comme un chauffard dans une auto-école", a-t-il déclaré estimant que "le directeur de l'ESEN a pris la mesure qu'il convenait de prendre".

(1) éditions Retz, en collaboration avec Sylvie Cèbe

Par Par N.C. (avec agence) le 27 septembre 2006 à 18:32
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26 Commentaires

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  • Pascal, le 29/09/2006 à 18h03

    Je suis effaré de voir combien les gens marchent au quart de tour, reprennent sans visiblement y connaître grand chose la fable de la méthode globale qui aurait été dominante dans l'éducation nationale. Elle ne l'a JAMAIS été, elle n'a eu d'existence réelle , et de façon absolument marginale, que dans les années trente. Il n'empêche, c'est elle qu'on accuse... Comment expliquer alors que les statistiques fassent apparaître que la classe d'âge la plus touchée par l'illettrisme soit celle des plus de 50 ans? c'est aussi la faute de la globale ? Quand à ceux qui s'inquiètent des difficultés qu'éprouvent certains enfants à l'entrée au collège dans le domaine de la lecture, qu'il se rassurent : ce n'est pas un phénomène nouveau, hélas, mais au bon vieux temps , on n'en parlait pas, et pour cause, ceux qui avaient des difficultés de cet ordre n'y entraient même pas, au collège...

  • Lutrin, le 29/09/2006 à 08h15

    Goigoux n'a pas compris comme beaucoup d'autres qu'il est gravissime pour le cerveau de certains enfants d'apprendre à mémoriser les mots avant la correspondance graphème/phonème, autrement dit ce sont des enfants qui se servent de leur mémoire pour photographier les mots (hémisphère droit) au lieu de passer par le décodage (hémisphère gauche). Les dégâts consédérables se paient en années de souffrance et d'orthophonie. Quand l'EN aura compris cela, nous aurons fait un grand pas dans l'aide aux enfants pour l'apprentissage de la lecture.

  • Bernard, le 29/09/2006 à 07h13

    Roland Goigoux n'est ni une star ni un enseignant comme les autres, c'est avant tout un scientifique qui a rédigé des rapports et des bouquins ( après des études sur le terrain)qui sont reconnus par tous les professionnels comme références dans le domaine de la lecture et quand il interpelle sur un sujet qui faché il est exclu de la part de ceux mêmes qui lui reconnaissaient une légitimité. Il n'y a pas une bonne méthode et une mauvaise méthodes, il y a des élèves qui sont tous différents.

  • Ludo, le 28/09/2006 à 22h42

    Un enseignant doit servir l'état, certes, mais il est de nature malsaine de pénaliser une personne pour un travail ou une oeuvre réalisé pendant son temps libre et avec pour seul outil, ses connaissances et son vécu. Ce traitement rappelle l’épée de Damoclès qui plane au-dessus de la tête de chacun et ayant pour signification : pensez comme nous ou prenez mon coup de pied au derrière. Évidemment, le sens et la portée de notre démocratie s’en trouvent considérablement affaibli. Gilles de Robien est très certainement à l’origine de cette manoeuvre et il n’en est pas à son premier coup d’éclat : c’est un très petit homme...

  • Pascal, le 28/09/2006 à 20h40

    Global exterminator? Le ministre, qui n'est pas que je sache un spécialiste des questions de lecture, a des références en la matière plutôt floues (Des études anglo-saxonnes en neurosciences qui ne tiennent pas compte des particularités du français écrit). Je crains qu'il n'ait trouvé là qu'une occasion démagogique de se mettre en avant, au détriment, osons le mot, de l'intelligence. De Robien, qui paraissait un homme politique plutôt ouvert il y a quelques années, prend de plus en plus une posture évoquant Georges Bush et son "axe du mal".

  • Vastre, le 28/09/2006 à 18h42

    Les enseignants se croient seuls détenteurs de la vérité. Ils devraient prendre en compte les besoins de leurs clients, les parents d'élèves. Ils devront un jour constater que vendre des topinambours ne nourrit plus le commerçant si les consommateurs désirent manger des ananas. Il sera alors trop tard pour se reconvertir !

  • Nick, le 28/09/2006 à 17h35

    Bonjour, en attendant le ministre peut dire ce qu'il veut, mais les nouvelles méthodes pour apprendre à lire aux enfants sont une vraie catastrophe. Ma fille est en CE2, elle ne lit pas correctement. Ils apprennet les mots, mais pas comment les lire, un nouveau mot arrive, on ne sait pas le lire. On n'apprend pas les racines des mots, les groupes... On ne sait pas écrire les mots, c'est n'importe quoi... Merci à TF1/LCI, de ne pas censurer une fois de plus

  • ARSON, le 28/09/2006 à 17h11

    Le bilan : 20 % des élèves entrant en 6ème ne savent pas lire. C'est un désastre. Alors, pourquoi "discutailler" et refuser de se remettre en question en s'accrochant à des méthodes pédagogiques qui sont loin d'avoir fait leurs preuves. Annie-Cavaillon

  • Préservons nos enfants, le 28/09/2006 à 16h11

    Si on laissait aux établissements scolaires un minimum d'autonomie, notamment en ce qui concerne le choix des méthodes d'instruction, l'émulation et la concurrence nous permettraient très vite de savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Pour l'instant, ce qui est tout-à-fait certain, c'est que la méthode globale imposée pendant des années par les gaucho-pédagogues des IUFM s'est avérée être un véritable massacre pour nos enfants.

  • Michel, le 28/09/2006 à 15h29

    Il suffit de lire les écrits des "journalistes" (souvent célèbres) ou des "intellectuels" (qui forment notre élite!) pour être persuadé de la faillite de l'enseignement. Il est vrai qu'à la tête de ces intellectuels se trouvent les lanceurs de pavés soixante-huitards comme l'innommable Alain Geismar. Avec des programmes ficelés par de tels ahuris, il ne faut pas s'étonner des résultats.

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