Roland Goigoux, professeur à l’IUFM d’Auvergne © IUFM d'Auvergne/DRPrenez un sujet comme “les méthodes d'apprentissage de la lecture en France”. Syllabique, globale, semi-globale, bonne, pas bonne, meilleure, pire, un peu les deux. Des décennies d'empoignade, des kilomètres de papiers noircis. Vous pensiez qu'on avait tout dit, tout débattu, tout polémiqué. Erreur. Roland Goigoux, professeur à l'IUFM d'Auvergne, vient d'apprendre qu'il n'était pas reconduit comme enseignant à l'Ecole supérieure de l'Education nationale (ESEN) - où il intervenait depuis dix ans - après avoir écrit un livre intitulé Apprendre à lire à l'école (1).
Les auteurs détaillent les différentes techniques utilisées par les enseignants pour apprendre à lire aux enfants. Problème : ils y montrent, selon Roland Goigoux, qu'il y a “un hiatus entre ce que dit le ministère et ce qu'il écrit”. “Gilles de Robien affirme que la méthode syllabique est obligatoire, explique le chercheur à LCI.fr. Les textes disent très clairement qu'il y a plusieurs manières d'enseigner. Ce qu'on me reproche aujourd'hui, c'est de ne pas être fidèle aux propos du ministre. Mais ma loyauté envers les textes est totale.”
"J'ai mis |
| Roland Goigoux |
Le 6 septembre, lors d'une émission sur France Inter, Gilles de Robien et Roland Goigoux sont tous deux invités. L'enseignant estime avoir, comme dans son ouvrage, mis le ministre “face à ses contradictions”. Ce qui, dit-il, “l'a beaucoup agacé...”
A l'Ecole supérieure de l'Education nationale, on minimise la décision, préférant ne pas parler “d'éviction” mais de “renouvellement des cadres”, l'école comptant plus de 500 intervenants. “Je ne remets pas en cause la liberté d'expression de M. Goigoux en tant qu'universitaire”, explique à LCI.fr Jean David, directeur de l'ESEN. Mais dans son ouvrage, il critique une plaquette diffusée par le ministère sur les orientations nationales de l'apprentissage de la lecture. Et il y a un devoir absolu de loyauté à l'égard des cadres formés. J'ai pris ma décision en tant que responsable d'école.”
“Censure”, répondent les syndicats, qui ont vivement réagi à cette annonce. “Le ministère intervient pour écarter de toute formation les chercheurs qui ne conviennent pas à ses dogmes”, a dénoncé le principal syndicat des écoles, le SNUipp-FSU. Le syndicat des enseignants (SE-Unsa) critique une exclusion pour “non-conformité à la pensée d'Etat”. Quant à la fédération CFDT des écoles, collèges et lycées (Sgen-CFDT), elle affirme apporter “son soutien à Roland Goigoux et demande au ministre Gilles de Robien de revenir sur une décision qui ne grandit pas la maison Education nationale”. Une autre conférence, que Roland Goigoux devait assurer dans les Landes devant 500 professeurs des écoles, vient d'être annulée.
Mercredi, Gilles de Robien a apporté son soutien au directeur de l'Ecole supérieure de l'Education nationale. "C'est comme si un moniteur d'auto-école se comportait comme un chauffard dans une auto-école", a-t-il déclaré estimant que "le directeur de l'ESEN a pris la mesure qu'il convenait de prendre".
(1) éditions Retz, en collaboration avec Sylvie Cèbe
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