Les harkis regrettent la confusion des genres

Par Par Amélie GAUTIER, le 27 septembre 2006 à 08h49 , mis à jour le 27 septembre 2006 à 11h07

Les "indigènes" ne sont pas des "harkis" et ces derniers craignent que le film de Rachid Bouchared crée l'amalgame. D'autant que le long métrage sort deux jours après la journée d'hommage aux harkis.

Fils de Harki, Boussad Azni (à gauche) milite depuis des années pour la reconnaissance des siensFils de Harki, Boussad Azni (à gauche) milite depuis des années pour la reconnaissance des siens. A.Ga. LCI © A.Ga./LCI

"On est en train de nous voler notre journée". Le ton un peu amer et le geste las, Boussad Azni, président du Comité national de liaison des harkis (CNLH) repose Libération. Un titre, "Le dernier combat des Indigènes", barre la Une illustrée d'une photo du film de Rachid Bouchareb. Le journal est daté du lundi 25 septembre, ce lundi où se déroulait la journée nationale d'hommage aux harkis comme tous les 25 septembre depuis 2002.

  • Allocation accordée pour 15.000 anciens "harkis"

    Le Conseil constitutionnel a censuré vendredi une disposition qui conditionnait l'octroi d'allocations aux harkis et à leurs ayants droit au fait de justifier de la nationalité française.

    Publié le 04/02/2011 Allocation accordée pour 15.000 anciens "harkis"
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Pour Boussad Azni, la sortie de ce film mercredi a occulté la journée d'hommage. "On s'est tellement battu pour l'avoir, se souvient ce fils de harki qui milite depuis des années pour réhabiliter les siens. Mais là il y a plus de presse sur Indigènes et je pense que les gens vont faire l'amalgame entre les deux termes : harki et indigène." Petit rappel d'histoire. Les harkis sont des Français musulmans engagés par l'armée française comme supplétifs durant la guerre d'Algérie (1954-1962). Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux ont été tués par le FLN après la signature des Accords d'Evian qui marquent le départ des Français.

La remise à niveaux des pensions

Les indigènes, eux, sont ces 130.000 Algériens, Marocains, Tunisiens ou Sénégalais qui se sont engagés dans l'armée française pour libérer la "mère patrie" du joug nazi. Un engagement déterminant dans la victoire des Alliés. Ce chapitre de l'Histoire de France reste peu évoqué dans les manuels scolaires. Le film, couronné d'un prix collectif d'interprétation masculine à Cannes, a accéléré la remise à niveaux des pensions des anciens combattants des ex-colonies, deux fois inférieures à celles des combattants français. Le ministre des Anciens combattants Hamlaoui Mekachéra a annoncé ce mercredi qu'ils allaient percevoir les mêmes pensions.

Les harkis ont été reconnus anciens combattants en 1994. "L'Etat aurait dû faire de même pour les indigènes à ce moment-là, c'est normal", admet Boussad Azni. "Ce qui est moins normal, c'est qu'ils se servent de notre histoire et de la journée des harkis comme d'un tremplin à la promotion d'un film." Le "ils" est flou. "Ca permet sans doute d'occulter le reste de nos revendications", lâche l'homme.

"Une jeunesse sacrifiée"

Car, les harkis attendent toujours une autre reconnaissance, sujette à polémique : celle de "la responsabilité de l'Etat français dans l'abandon de ces hommes en 1962 et leur massacre" par le FLN. "La plupart des indigènes se sont arrêtés de servir la France après la guerre. Les harkis ont continué à croire aux valeurs de la République française, fidèles jusqu'au bout", insiste Azni.

Et ce n'est pas tout, poursuit ce fils de harki. Après avoir été considérés comme des traîtres en Algérie, c'est en France que les humiliations se sont poursuivies : dans les camps de réfugiés, où des familles entières ont été parquées, et aujourd'hui encore, dans la bouche de certains Français, jusqu'au président de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, qui les a traités de "sous-hommes" en février dernier.

Alors, les harkis attendent aussi, comme le rappelle Boussad Azni, que la France assume "sa responsabilité dans le cantonnement d'une jeunesse sacrifiée, qui aujourd'hui encore subit de graves discriminations, notamment dans la politique de l'égalité des chances et de la promotion sociale". Faudra-t-il aussi un film pour plaider leur cause ?

Par Par Amélie GAUTIER le 27 septembre 2006 à 08:49
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15 Commentaires

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  • 2ID - Harkis du Loiret, le 28/09/2006 à 00h22

    La loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés n’a pas répondu aux attentes des associations de rapatriés et d’anciens harkis pour deux raisons. Tout d’abord, parce que le montant de l’allocation de reconnaissance allouée aux anciens harkis ne correspond pas au préjudice réel subi par les familles d’anciens harkis et que le versement de cette allocation est étalé sur plusieurs années. Ensuite, parce les enfants de harkis sont complètement exclus de ce dispositif et cela malgré les propositions des associations et les engagements de la classe politique. Force est de constater, une fois de plus, mais ce n’est pas une surprise, que les pouvoirs publics n’ont pas tenu leurs engagements : reconnaître la responsabilité de la France dans le drame des harkis et octroyer aux harkis, à leurs épouses divorcées ou non et à leurs enfants une indemnisation juste, tenant compte des préjudices moral et matériel subis, en raison notamment de leur engagement aux côtés de la France, de leurs souffrances, du déracinement, de l’abandon de leur patrimoine et des exclusions qui les frappent. C’est pourquoi, notre association se propose de faire adopter un projet de loi tendant à corriger les imperfections et les oublis de la loi du 23 février 2005. Ainsi, nous proposons que l’allocation de reconnaissance aux anciens harkis leurs soit versée sans condition d’âge, qu’elle soit étendue aux femmes divorcées, remariées ou non et que les enfants de harkis bénéficient d’une indemnisation au même titre que leurs parents, en raison des évènements traumatisants qu’ils ont vécu. Notre projet est d’autant plus réalisable qu’il envisage en même temps des économies sur les budgets de fonctionnement de l’Etat pour financer les mesures proposées.

  • Nadia, le 27/09/2006 à 21h38

    Je suis outrée par cet article, personne ne fera l'amalgame entre les harkis et les indigènes, croyez-nous, nous savons faire la différence. N'oubliez pas que les indigènes et les harkis ont tous souffert, mais les harkis ont quand même été reconnu alors que les autres ont été oubliés, ne soyez pas trop égoiste, arrêtez de penser qu'à vous.Laissez leur part de l'histoire ils le meritent aussi bien que les harkis.

  • Jose, le 27/09/2006 à 20h12

    Mesdames et Messieurs les Harkis : vous êtes des SURHOMMES contrairement à ce que certains imbéciles pensent! Je n'ai jamais compris pourquoi votre mise à l'écart de la société.

  • Vastre, le 27/09/2006 à 18h14

    Le CNLH a raison d'être inquiet. Peu nombreux sont les citoyens qui connaissent l'histoire car le "service public" de l'éducation ne l'a pas enseignée. En revanche, la confusion va régner et un trouble va naître. En ce sens le Président Chirac, dont l'intention est humaniste et louable, va répandre un peu plus de zizanie dans notre société. C'est un peu irresponsable de la part de quelqu'un qui dit avoir été mêlé au drame de l'Algérie.

  • B.MEYRAND, le 27/09/2006 à 17h32

    Bon courage Monsieur Boussad Azni! Tous n'ont pas oublié vos pères si vaillants!

  • Hd, le 27/09/2006 à 16h43

    Comme toujours, c'est ceux qui crient le plus fort qui sont entendus. A quand un film sur la place des Harkis dans notre histoire...Peut être faut il attendre la reconnaissance préalable de leur abandon en 62.

  • Samy Foura, le 27/09/2006 à 16h02

    Les harkis sont Français je ne vois pas en quoi cette décristallisation historique les concerne.Cette décision louable du Prèsident Chirac va sans nul doute améliorer les conditions de vie de ces damnés de la terre que sont les anciens combattants restés chez eux souvent pour le pire.Merci pour eux Monsieur Chirac pour cette noble action digne des grands hommes.

  • Euzenot-furiga, le 27/09/2006 à 15h16

    Les "indigénes coloniaux" ont droit à la considération et au respect de la France et des français, ils ont à ce titre droit à la reconnaissance de la Patrie y compris par une pension équitable. Quand aux harkis dans notre famille de résistants nous n'avons jamais aimé les collabos même s'ils sont de notre coté.

  • MILLET, le 27/09/2006 à 15h11

    Bonjour Boussad Azni - tout d'abord qu'est-ce que vous entendez avec le mot "Indigène" je ne comprends pas bien, car pour moi le mot "indigène" veut dire "naître dans un pays et y vivre",moi je suis née en Algérie de père et mère Français (pieds-noirs)et j'en suis partie qu'en 1962, donc j'ai été indigène pendant 20 an........... Vous ne pensez pas que ce mot est mal utilisé même pour le film ?????? Je peux vous dire Boussad Azni que je ne ferais jamais l'amalgame entre les "Harkis et les "indigènes" et je suis outrée du comportement que l'on a eu envers vous - remarquez c'est normal puisque vous êtes avant tout Français !!!! Surtout n'hésiter pas à faire un film au moins on parlera de vous..........

  • Melinda, le 27/09/2006 à 13h41

    "Indigènes" est un très beau film, tout à fait nécessaire, qui défend la mémoire de ces compattants étrangers, qui n'ont pas eu la reconnaissance qu'ils auraient dû avoir. Je pense que cela n'enlève rien aux Harkis, il faut savoir tout à la fois réhabiliter la mémoire de ces hommes d'origine étrangères morts pour la France (ou encore vivants) et des Harkis. Il y a de la place pour tout le monde, il ne faut surtout pas faire une concurence concernant les inégalités et les injustices. Je vous remercie de me publier.

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