Fils de Harki, Boussad Azni (à gauche) milite depuis des années pour la reconnaissance des siens. A.Ga. LCI © A.Ga./LCI"On est en train de nous voler notre journée". Le ton un peu amer et le geste las, Boussad Azni, président du Comité national de liaison des harkis (CNLH) repose Libération. Un titre, "Le dernier combat des Indigènes", barre la Une illustrée d'une photo du film de Rachid Bouchareb. Le journal est daté du lundi 25 septembre, ce lundi où se déroulait la journée nationale d'hommage aux harkis comme tous les 25 septembre depuis 2002.
Allocation accordée pour 15.000 anciens "harkis"
Le Conseil constitutionnel a censuré vendredi une disposition qui conditionnait l'octroi d'allocations aux harkis et à leurs ayants droit au fait de justifier de la nationalité française.
Publié le 04/02/2011
Pour Boussad Azni, la sortie de ce film mercredi a occulté la journée d'hommage. "On s'est tellement battu pour l'avoir, se souvient ce fils de harki qui milite depuis des années pour réhabiliter les siens. Mais là il y a plus de presse sur Indigènes et je pense que les gens vont faire l'amalgame entre les deux termes : harki et indigène." Petit rappel d'histoire. Les harkis sont des Français musulmans engagés par l'armée française comme supplétifs durant la guerre d'Algérie (1954-1962). Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux ont été tués par le FLN après la signature des Accords d'Evian qui marquent le départ des Français.
La remise à niveaux des pensions
Les indigènes, eux, sont ces 130.000 Algériens, Marocains, Tunisiens ou Sénégalais qui se sont engagés dans l'armée française pour libérer la "mère patrie" du joug nazi. Un engagement déterminant dans la victoire des Alliés. Ce chapitre de l'Histoire de France reste peu évoqué dans les manuels scolaires. Le film, couronné d'un prix collectif d'interprétation masculine à Cannes, a accéléré la remise à niveaux des pensions des anciens combattants des ex-colonies, deux fois inférieures à celles des combattants français. Le ministre des Anciens combattants Hamlaoui Mekachéra a annoncé ce mercredi qu'ils allaient percevoir les mêmes pensions.
Les harkis ont été reconnus anciens combattants en 1994. "L'Etat aurait dû faire de même pour les indigènes à ce moment-là, c'est normal", admet Boussad Azni. "Ce qui est moins normal, c'est qu'ils se servent de notre histoire et de la journée des harkis comme d'un tremplin à la promotion d'un film." Le "ils" est flou. "Ca permet sans doute d'occulter le reste de nos revendications", lâche l'homme.
"Une jeunesse sacrifiée"
Car, les harkis attendent toujours une autre reconnaissance, sujette à polémique : celle de "la responsabilité de l'Etat français dans l'abandon de ces hommes en 1962 et leur massacre" par le FLN. "La plupart des indigènes se sont arrêtés de servir la France après la guerre. Les harkis ont continué à croire aux valeurs de la République française, fidèles jusqu'au bout", insiste Azni.
Et ce n'est pas tout, poursuit ce fils de harki. Après avoir été considérés comme des traîtres en Algérie, c'est en France que les humiliations se sont poursuivies : dans les camps de réfugiés, où des familles entières ont été parquées, et aujourd'hui encore, dans la bouche de certains Français, jusqu'au président de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, qui les a traités de "sous-hommes" en février dernier.
Alors, les harkis attendent aussi, comme le rappelle Boussad Azni, que la France assume "sa responsabilité dans le cantonnement d'une jeunesse sacrifiée, qui aujourd'hui encore subit de graves discriminations, notamment dans la politique de l'égalité des chances et de la promotion sociale". Faudra-t-il aussi un film pour plaider leur cause ?
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