Malgré les révélations de sa fille, Antonio0 Madeira est toujours considéré comme coupable. © David Balicki/DRLe début est somme toute banal : l'histoire d'une ado mal dans sa peau comme il en existe dans tous les collèges. Virginie Madeira, 14 ans, est en troisième. Timide, boulotte, boutonneuse, la jeune fille a du mal à se faire des amis. Mais il y a Mélanie, coquette, à l'aise avec les garçons, élégante, toute fine. "Tout le contraire de moi, écrit Virginie. C'était une sorte de modèle, j'admirais sa façon d'être. Elle me parlait de sa vie. (...) Moi, je n'avais rien de spécial à lui confier. Je voulais lui confier quelque chose qui fasse qu'elle s'intéresse vraiment à moi..."
En 1999, durant la récré, Virginie raconte à Mélanie avoir été violée par son père. "Je voulais lui faire croire à un secret très important pour moi pour attirer son attention sur moi, mais je n'en mesurais pas les conséquences." Elle lâche cette phrase : "Mon père a abusé de moi". C'est le début de l'engrenage qui rime avec cauchemar. La convocation dans le bureau de la directrice, les questions, les services sociaux, les questions, la police, les questions, le foyer, les questions et le procès... "C'était comme si j'étais un petit pantin, je faisais ce qu'on voulait", écrit-elle. Médecins et psychologues reconnaissent son viol.
Ne pas passer pour une menteuse
Parallèlement, Antonio Madeira, petit entrepreneur travaillant dans le bâtiment, avoue les attouchements sexuels sur sa fille, sur les conseils de son avocat, pour rester en liberté. En 2001, il est condamné à 12 ans de prison pour viols répétés sur sa fille. Sept années plus tard, Virginie écrit J'ai menti, un livre pour le faire innocenter dans lequel elle raconte avec des mots naïfs comment elle a perdu le contrôle. En répondant à ces questions avec des oui, des non, des silences. En maintenant ses accusations pour ne pas passer pour une menteuse.
Après six ans de réclusion, son père a été remis en liberté conditionnelle en février. Malgré les révélations de sa fille, il est toujours considéré comme coupable aux yeux de la Justice. En juin, il a déposé une demande de révision auprès de la Cour de cassation pour faire reconnaître son innocence. "Le but n'est pas de me montrer mais de blanchir mon père. Ce n'est pas parce que j'ai pitié de lui que je fais cela, mais parce qu'il est innocent. Il n'a jamais rien fait", martèle Virginie, aujourd'hui une étudiante de 21 ans qui veut devenir professeure des école.
J'ai menti ; Virginie Madeira, Brigitte Vital-Durand, éditions stock, 16 euros.
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