
Pour Ségolène Royal, le rétablissement de l'ordre à l'école passe par la présence d'un "deuxième adulte" dans les classes confrontées à des problèmes de discipline. De quoi "permettre à l'enseignant de se consacrer à la transmission des savoirs". Soit. Mais qu'en pensent les principaux intéressés ?
Moins nombreux en classe mais pas meilleurs
Contrairement à ce que pensent les parents, des effectifs réduits en classe ne sont pas forcément synonyme de bons résultats. Selon une étude de l'OCDE, le travail en petits groupes ne bénéficie qu'aux élèves en difficulté.
Publié le 09/09/2010
Stéphane, prof d'histoire-géo à Stains (93) : "Pourquoi pas"
Pour les cas les plus graves, pourquoi pas. Quand on rencontre des problèmes de discipline généralement, ce n'est pas grave, c'est plus de l'insolence. Pour les classes confrontées à de vrais actes de violences, tous les moyens sont bons. Les profs ne sont pas formés pour gérer la violence. Alors si certains sont plus compétents pour canaliser les meneurs ou apaiser l'ambiance générale, pourquoi pas, tant que cette mesure ne consiste pas à mettre un CRS derrière chaque élève.
Gilles Moindrot, secrétaire général du Snui-pp : "On ne peut séparer enseignement et discipline"
La discipline à l'école ne se met pas en place de la même façon qu'à l'armée. On ne peut pas séparer enseignement et discipline. Le respect ne peut pas incomber à une seule personne. C'est un travail d'équipe et pour cela, il faut qu'il y ait plus de personnel que de classes et que ces personnes aient un rôle éducatif et pas seulement de surveillance. Le bon fonctionnement d'une classe passe par l'écoute mutuelle, le respect des uns et des autres, bref par l'ensemble des conditions d'apprentissage qui doivent reposer sur l'enseignant. Nous sommes bien évidemment favorables à ce qu'il y ait dans les écoles du personnel autre que les enseignants. C'était le cas des aide-éducateurs. S'il y avait à nouveau des personnes prêtes à faire fonctionner l'informatique, participer à l'activité scolaire, sportive... Ce serait des missions éducatives tout à fait nécessaires.
Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU : "cela ne correspond en rien à ce que demandent les enseignants"
Je ne pense pas que placer quelqu'un au fond de la classe pour faire respecter la discipline soit le plus utile. Ségolène Royal a le mérite de dire qu'il faut du monde pour enseigner, mais un deuxième adulte ne correspond en rien à ce que demandent les enseignants. On ne peut pas séparer la discipline et la transmission du savoir. Pour régler les problèmes de violences, il faut des classes plus petites, davantage de personnel et mettre en place un travail d'équipe. Cela demande des discussions, du temps, des gens...
Bernard Kuntz, président du Snalc : "Un gadget"
Plutôt que d'avouer que la politique éducative des dernières décennies était nulle et a conduit à une montée de la violence et à la faillite du système scolaire, les hommes politiques cherchent des gadgets et tentent de se persuader que cela va sauver le système. La seule solution, c'est de revenir sur toutes les dispositions prises depuis 1976 (date de la création du collègue unique, NDLR). Il faut une rupture en matière scolaire. Pour faire régner l'ordre dans les établissements scolaires, il faut redonner un véritable pouvoir de sanctions aux équipes pédagogiques. S'il y a de la délinquance dans un établissement, qu'on ait recours à la loi et donc aux forces de l'ordre. Par démagogie et/ou par crainte, on laisse pourrir la situation. Les problèmes de discipline et de violences sont engendrés par un système qui ne répond pas à sa mission. Il faut orienter les élèves en fonction de leur goût, leur travail, leur mérite.
(Image d'archives/DR)
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