La manifestation du collectif AC le feu, le 25 octobre 2006 à Paris © TF1/LCILeur "tour de France" s'est achevé à Paris. Forcément. Après près d'un an sur les routes, le collectif AC le feu (Association collectif liberté égalité fraternité ensemble et unie), fondé à Clichy-sous-Bois en novembre 2005 en réaction aux violences urbaines, a défilé mercredi dans la capitale. Entre 200 et 300 personnes, parties vers 15h de la place Denfert-Rochereau, sont arrivées à l'Assemblée nationale en fin d'après-midi. Des représentants du collectif y seront reçus par les quatre groupes politiques : communiste, socialiste, UDF et UMP.
Le collectif AC le feu a récolté 20.000 "doléances" de citoyens dans 120 villes de France. "Nous sommes venus dire aux parlementaires : Ne dites pas que vous n'êtes pas au courant de ce qui se passe", a déclaré l'un des porte-parole d'AC le feu, Mohammed Mechmache. "Nous avons recueilli les paroles de personnes pas seulement dans les quartiers, mais aussi dans les zones rurales. A travers nos doléances, on a un panel de toutes les classes sociales et de toutes les tranches d'âge", a-t-il ajouté.
Les dirigeants du collectif avaient été auditionnés le 27 juin par la mission commune d'information du Sénat sur "le bilan et les perspectives d'avenir des politiques conduites envers les quartiers en difficulté depuis une quinzaine d'années." Cette mission doit rendre public son rapport le 6 novembre, au terme de 6 mois d'auditions et de déplacements sur le terrain.
"Plan d'urgence"
Mardi, le président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Hervé Bramy (PCF), a annoncé avoir envoyé à Jacques Chirac une nouvelle lettre ouverte, signée de divers élus du département, y compris de la majorité. Il y déplore "l'absence de réponses et de décisions concrètes" en Seine-Saint-Denis, un an après le déclenchement des violences urbaines dans ce département. Cette nouvelle missive, envoyée il y a quelques jours au chef de l'Etat, sera distribuée vendredi dans les gares et lieux de passage de la Seine-Saint-Denis.
Avec les élus de la majorité, Hervé Bramy réclame un "plan d'urgence", et la réunion préalable d'une conférence départementale "présidée par les plus hautes autorités de l'Etat", énumérant les moyens nécessaires, selon lui, dans des secteurs comme le transport, la justice et le logement.
Alors que le gouvernement est ainsi interpellé, Jean-Christophe Lagarde, maire UDF de Drancy, prend le contrepied de ces appels alarmistes : il a mis en cause lundi "la fébrilité de l'anniversaire" des émeutes de 2005, redoutant que certains responsables politiques ne "se frottent les mains" d'éventuelles nouvelles violences.
D'après agence
Les propositions des cahiers de doléances
Cent-quatorze propositions, répartis en onze chapitres (emploi, discriminations racistes, logement et cadre de vie, justice, pratiques policières, éducation, religion, répartition des richesses, citoyenneté et politique, santé, femmes) figurent dans la synthèse des cahiers de doléances remis mercredi à l'Assemblée et au Sénat. Pour l'emploi, le collectif demande notamment une loi créant un quota minimum de salariés de moins de 25 ans dans les entreprises, la lutte contre les licenciements abusifs, davantage de places en BTS et IUT ou l'apprentissage de la conduite sur route dans le cadre scolaire. En matière de "discriminations racistes", AC le feu suggère de prononcer des peines "très lourdes qui fassent peur" aux bailleurs et aux employeurs. Le collectif veut "garantir l'égal accès aux services publics" et demande un "gros effort" aux média pour "changer l'image inquiétante des jeunes de banlieues qu'ils diffusent". Au chapitre logement et cadre de vie, les porteurs de doléances exigent la "création d'un droit constitutionnel au logement", la "dispersion" des HLM dans la ville et le "décloisonnement" des grands ensembles en facilitant l'accès aux centres-villes. Sur la justice, le collectif avance la "promotion de la diversité des origines dans le recrutement des magistrats", l'accélération du traitement des affaires dans les tribunaux et prône de "privilégier le travail éducatif du juge plutôt que de mettre la pression à l'augmentation des mises sous écrous". A la rubrique des "pratiques policières", AC le feu exige une police "exemplaire" et, "en cas de bavure des sanctions extrêmement lourdes", de "favoriser la transformation de la police vers plus de représentativité de la diversité française" et un "rétablissement de la police de proximité".
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