
Le ministre de la Justice Pascal Clément a annoncé jeudi la création d'une "infraction spécifique de violences volontaires sur agent de la force publique commise avec arme et en bande organisée" qui punira de 15 ans de réclusion, contre 10 aujourd'hui, ceux qui organisent des guet-apens contre les policiers. "Le président de la République a souhaité que l'on puisse poursuivre avec la plus grande fermeté ces bandes organisées et armées et le Premier ministre m'a proposé de déposer un amendement dans le texte de prévention de la délinquance qui créera (cette) infraction spécifique", a-t-il expliqué au Sénat. "Tous ceux qui oseront des guet-apens aux forces de l'ordre sauront qu'ils pourront passer devant des cours d'assises et nous espérons qu'ainsi il y ait une dissuasion par la gravité de la menace judiciaire".
Un peu plus tôt dans la journée, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu'il ferait "voter un texte, dans (son) projet de loi, sur la prévention de la délinquance qui renverra devant les assises toute personne qui portera atteinte à l'intégrité physique des policiers, des gendarmes ou des sapeurs pompiers". Et d'ajouter : "aux assises, il y a des jurés et c'est donc le peuple français qui jugera".
"Une procédure d'assises, c'est très long"
Mercredi en Conseil des ministres, Jacques Chirac avait assuré les policiers victimes de violences de toute sa "solidarité" et demandé que les auteurs des violences soient "sanctionnés avec la plus grande sévérité". Lundi, Dominique de Villepin avait de son côté demandé à Nicolas Sarkozy et au ministre de la Justice Pascal Clément "d'étudier un renforcement des poursuites et des peines en cas d'agression des forces de l'ordre".
Les syndicats de police se sont montrés nuancés sur la possibilité de juger en assises les agresseurs de policiers. Alliance (1er syndicat de gardiens de la paix) et Synergie (2e syndicat d'officiers) se sont déclarés "très satisfaits". Le Syndicat national des officiers de police (SNOP - majoritaire), a indiqué que cette proposition est "à double tranchant" et que "tout dépendra des jurés (d'assises), souvent fragiles". "Une procédure d'assises, c'est très long", a-t-il ajouté et "cela peut avoir un effet inverse : que les agresseurs de policiers mettent longtemps à être jugés". Enfin, le Syndicat général de la police (SGP - FO) a estimé : "l'arsenal juridique est suffisant pour réprimer les agressions de policiers, commençons par l'appliquer".
Charge de travail accrue pour les cours d'assises
Renvoyer aux assises les agresseurs de policiers revient à criminaliser toute violence volontaire sur les forces de l'ordre, ce qui devrait alourdir considérablement la charge de travail des cours d'assises. Actuellement, les atteintes portées aux fonctionnaires de police, gendarmes, pompiers constituent des circonstances aggravantes. En cas de mutilations, infirmité permanente ou mort, l'affaire est jugée en assises et passible de 15 ans de réclusion à la perpétuité. En revanche, d'autres types de violence sur les forces de l'ordre sont considérées comme des délits et jugées en correctionnelle, avec des peines moindres : l'outrage (un an d'emprisonnement), la rébellion (6 mois, ou 3 ans si l'action est commise en réunion), les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours (3 ans). Si ces délits deviennent des crimes, cela nécessitera autant d'instructions menée par des juges...
D'après agence
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