Une nuit dans les cités avec les vigiles du GPIS

Par , le 12 octobre 2006 à 09h28 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h36

Reportage - LCI.fr a pu suivre une patrouille nocturne de ces agents chargés de la sécurité dans les 62 000 logements sociaux de Paris.

Le terrain d'action du GPIS ? 2554 halls de logements sociaux. Photo A.Ga.LCILe terrain d'action du GPIS ? 2554 halls de logements sociaux © A.Ga./LCI

"Charly 04 pour Alpha 01", "Charly 04 pour Alpha 01". La radio du véhicule grésille : "demande de renfort sur le site Solidarité", une cité "sensible" du XIXe arrondissement de Paris. Mercredi, un soir de routine pour le GPIS, Groupement parisien interbailleurs de surveillance. Ce service privé a été créé il y a deux ans par l'Hôtel de Ville pour tranquilliser 62 000 logements sociaux de la capitale. "On est là pour permettre aux gens d'accéder à leur logement en toute sécurité", résume Thierry, un patrouilleur.

A trois par véhicule, une centaine d'agents effectuent des rondes dans le parc locatif de la capitale tous les soirs de 19 heures à 5 heures du matin. Dix arrondissements quadrillés 365 jours par an. Leur terrain d'action : 2554 halls d'immeubles avec caves, parkings et cages d'escalier. SDF qui squatte, alarme de la loge du concierge qui s'enclenche, ascenseur en panne, nuisance sonore : leurs raisons d'intervenir sont nombreuses. Et peuvent en déranger certains.

"Les mecs
dans les halls
ne vendent pas
des canards
en plastique"

Un agent
Ce soir là, une dizaine de jeunes sont rassemblés à l'entrée d'un immeuble sur le site Solidarité. Il est tard, ils parlent fort, un habitant du HLM a appelé le GPIS pour se plaindre. Par précaution, les agents viennent à plusieurs. Depuis quelques mois, les agressions à leur encontre se multiplient. Début octobre, cinq d'entre eux sont tombés dans un guet-apens, accueillis par des individus cagoulés, battes de base-ball en main. En deux ans, 55 agents ont été blessés.

"On les perturbe dans leur activité", explique le directeur du GPIS. "Les mecs dans les halls ne vendent pas des canards en plastique, ce sont des sites avec beaucoup d'économie souterraine", ironise un agent. Avec leur uniforme bleu marine siglé, leur gilet pare-balles et radio de liaison et lampe-torche accrochées, l'arrivée de la quinzaine d'agents sur le site ne passe pas inaperçue. Un sacré matériel mais pas d'arme. Depuis peu, pourtant, ils réclament l'autorisation de porter des tonfas, ces grosses matraques utilisées par les CRS.

"Faites attention à vos têtes", prévient un des patrouilleurs. Les projectiles "tombent" souvent des balcons. "Pavé, bouteilles, on a même eu des boules de pétanque et des pavés", égrène, un peu amer un agent. Quand les hommes du GPIS s'approchent du bâtiment, les noms d'oiseaux fusent, les crachats pleuvent. Les jeunes les accueillent davantage le majeur dressé que les bras grands ouverts.

Des agents du GPIS lors d'une ronde à Paris
LCI-TF1
L'accueil du reste des locataires est nettement plus enthousiaste. "Ah vous êtes là, se réjouit une vieille dame. Vous devriez être là tout le temps, ils sont de plus en plus chiants. Moi je râle, on m'appelle l'emmerdeuse !" Et de s'engouffrer dans l'ascenseur en rigolant. Des agents partent inspecter les couloirs pour déloger les jeunes. Des sifflets retentissent. "Ils se préviennent entre eux de notre arrivée", traduit un patrouilleur resté dans le hall. Capuche sur la tête, cigarette roulée aux lèvres, un jeune homme passe. Il marmonne des insultes impossibles à retranscrire. Malgré l'odeur de cannabis qui embaume le couloir, le GPIS ne bronche pas. "On n'est pas là pour traquer les stupéfiants", précise l'agent.

Aux étages, des portes claquent, des cris retentissent. "L'emmerdeuse" ressort de l'ascenseur pour promener son chien. "Apparemment vous ne leur plaisez pas beaucoup, rigole-t-elle. Ils courent partout comme des moineaux". Au moment où elle sort de l'immeuble, les "moineaux" lui crachent dessus. La locataire rentre dix minutes après. "Apparemment, j'avais pas le droit de rire avec vous", dit-elle le sourire un peu gêné. Un jeune homme passe dans le hall et s'en prend verbalement à un agent du GPIS : "Oh tu me barres pas le chemin toi là !!" L'homme lui tenait la porte.

"Notre travail
n'est pas
le même
que celui
des policiers"

Thierry
Les provocations de ce genre sont fréquentes. "C'est parfois humiliant, usant mais l'essentiel c'est que chacun rentre chez soi en toute sécurité. C'est notre leitmotiv", martèle Thierry. Il ajoute : "Mais c'est vrai que parfois il faut des nerfs d'acier". Le mot d'ordre est au stoïcisme. Il est frappant, parfois bluffant. A chaque intervention, les bonsoirs fusent, la politesse est de mise. "Le vouvoiement permet de désamorcer pas mal de situation, justifie Thierry. Ca va peut être paraître un peu larmoyant mais ce qui me plaît dans ce métier, c'est la reconnaissance des habitants". Sourires francs, bonsoirs hauts, la satisfaction de la plupart des locataires est flagrante.

La majorité des interventions se déroule sans problème. Depuis la création du GPIS en 2004, pas un de ses agents n'a été mis en cause dans une procédure. "C'est vachement significatif", s'enorgueillit son directeur. Selon lui, l'une des clefs de cette "réussite" réside dans un "recrutement extrêmement strict" suivi d'une formation draconienne. Des centaines de formations théoriques et pratiques avec notamment des cours de droit pénal et un code de déontologie.

Des cow-boys sans pistolet ? Des policiers frustrés ? Le "non" est systématique et bien justifié dans la bouche des agents. "Notre travail n'est pas le même que celui des policiers. Nous ne dialoguons pas de la même manière avec la population. D'ailleurs les gens sont beaucoup plus réticents à aller vers les forces de l'ordre. C'est bien plus que de la surveillance, il y a un vrai contact avec les locataires", explique Thierry, ancien militaire. Il poursuit : "On a aussi un rôle d'assistant social, un rôle de prévention. La grande satisfaction de ce métier c'est quand on vient nous dire merci", dit-il visiblement sincère. "Charly 04 pour Alpha 01", "Charly 04 pour Alpha 01". Ceux qui préféreraient qu'on les appelle "ange-gardiens" plutôt que vigiles des HLM repartent vers une autre mission.

Qui sont les agents du GPIS ?

Recrutés parmi 11 000 candidats, les 127 agents du GPIS viennent d'horizons divers : gendarmerie, police, entreprises privées de sécurité. Il y a ceux aussi pour qui c'est un premier emploi. Moyenne d'âge de ces agents qui comptent 10% de femme dans leur rang : 25 ans. Ce qui les motive : le salaire -30% de plus que des agents de surveillance "lambda"-, les horaires (35 heures) et la déontologie avec ce qu'elle comporte : équité, transparence et respect d'autrui.

Par Amélie Gautier le 12 octobre 2006 à 09:28
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22 Commentaires

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  • moi , le 26/05/2012 à 08h09

    Je bosse au gpis actuellement pour rien au monde je changerais de metier la reconnaissance des locataires ect ... cest ca qui nous motive alors les blabla politique ou les blabla ca sert a rien le gpis ... Ca va 5 min ...Repensez a avant quon tourne dans les cite comment cetait les jeunes lambiance les rue coupe gorge on cest battu pour que ce soit moin chaud et la les gens rapporte tout a la politique cest gonflant voyez le cote positif envers les locataires cest tout

  • Pantherenoire75, le 16/07/2009 à 09h41

    Tout d'abords je souhaites félliciter le travaille remarquable des G.P.I.S.ILs apportent la sécuritée,le respect en valorisant leur métier et l' uniforme sur le terrain.Celà rassurre la population de nous savoir protéger des problémes de la sociétée tout en étant des médiateurs.Car les Citoyens ont demander l'égaliter,la fraterniter et la solidariter qui sont a mon sens trés vital a mon quotidien!!!Voilà mon point de vue c'est pourquoi je profite pour faire appelle a vos services pour rejoindre cette équipe; je suis trés motivée et disponible.Merçi d'avance.

  • Jeanne, le 14/10/2006 à 20h08

    Locataire dans une citée parisiènne je suis contente de la présence du GPIS qui me fais me sentir plus en sécurité. Vivre tranquillement chez soi, sans être obligée d'éviter les crachas, les réflexions, et la fumée de leurs produits serait la moindre des choses. Le savent ceux qui y vivent !

  • Christophe, le 13/10/2006 à 19h41

    Juste une question, ce sont des vigiles ou des agents de sécurité ? question que je pose souvent sur lci mais on ne me publie jamais. pourtant il y a une différence!!! ce qui n'enlève en rien leurs qualitées de gestion des conflits. merci de me publier pour une fois.

  • Man, le 13/10/2006 à 16h51

    Franchement, je félicite ces personnes du GPIS, car je ne pourrais pas faire le dizième de ce qu'ils font. Quand a tous ces commentaires contre cette article et contre une certaine politique,je vous souhaite bien gentilment de vivre un jour dans leur peau ou dans celle de cette vieille dame. Histoire de vous faire réfléchir un peu (pour une fois).A bon entendeur, salut.ps: prévention + répression = sécurité

  • Alain, le 13/10/2006 à 16h26

    Tout à fait d'accord avec Régis de Paris,le souçis d'humanité c'est transformé en un dangereux laxisme,iln'y a pas de tolérance à montrer pour les délinquants étrangers, la "notre "est suffisement préocupante

  • Oliard, le 13/10/2006 à 12h49

    L'article est trés interessant, mais nous en province, à montpellier par exemple, la délinquance est présente et trés violente, et il n'existe rien de similaire pour assurer notre sécurité,nous sommes des citoyens qui votons,nous aussi.

  • Thibault, le 13/10/2006 à 12h41

    Pour moi, ce genre d'articles fait le bonheur de l'extreme droite, et des acteurs des futures présidentielles de 2007, où bizarrement comme avant chaque election présidentielle, on surmédiatise la banlieue et sa violence. Je suis évidemment contre la violence et la délinquance, mais je suis avant tout, contre l'exploitation de faits bien plus que réels à des fins politiques...

  • Recha, le 13/10/2006 à 11h24

    Si le gouvernement avait le courage de légaliser le cannabis, y aura surement moins de problèmes dans les hall d'immeubles, et le trou de la sécu serait vite rembourré. mais non, restons ignorant, on préfère vendre du tabac et de l'alcool tout aussi dangereux!

  • Oliv, le 13/10/2006 à 10h59

    BADR, vous etes un grand philosophe... mais ce que vous dites n'a aucun rapport avec la réalité. Vous vantez les mérites de l'éducation... intéressant... donnez nous votre recette ca nous intéresse ! Quant à donner du travail à ceux qui pourrissent la vie de tous les honnetes citoyens, je crois que vous n'avez pas les pieds sur terre. Quant à "SARKO" comme vous dites, il fait son travail comme jamais personne ne l'a fait... et ca dérange surtout les anarchistes et ceux qui commettent les infractions. Maintenant il ne reste plus qu'à appliquer les lois, mais c'est l'affaire de la justice... Monsieur SARKOZY, tenez bon. Merci de me publier pour 1 fois.

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