Façade d'une prison et rangée de fenêtres de cellules © TF1/LCIDes cellules plus propres et un minimum d'intimité, se rapprocher des familles, des droits fondamentaux mieux respectés et une préparation à la sortie améliorée : ce sont les grandes attentes des détenus, révélées au grand jour par une enquête des acteurs du monde carcéral publiée vendredi. Cette consultation au travers d'un questionnaire, décryptée par l'institut BVA, a été lancée par des associations sous l'égide de l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter et du Médiateur de la République Jean-Paul Delevoye. Ses résultats doivent servir de base de réflexion le 14 novembre à des "Etats généraux de la condition pénitentiaire", durant lesquels des "cahiers de doléance" seront rédigés pour être remis aux candidats à l'élection présidentielle.
Pour la première fois, les détenus eux-mêmes ont été consultés, sous pli fermé, tandis qu'avocats, magistrats, familles ou surveillants étaient invités à répondre sur internet. De fait, ce sont surtout les détenus qui se sont épanchés. Un quart d'entre eux (ils sont quelque 60.000 en France) ont répondu tandis que BVA reconnaît un taux de retour "assez faible" des avocats et des magistrats, la participation des surveillants n'atteignant que 1%. Ce questionnaire a été mis au point par l'Observatoire international des prisons (OIP), avec des associations ou syndicats d'avocats et de magistrats, ainsi qu'Emmaüs ou la Croix-Rouge.
La demande de "conditions matérielles élémentaires"
Les conditions matérielles de vie sont le principal sujet d'insatisfaction des détenus (82%), note BVA qui relève, au vu des commentaires, qu'il "ne s'agit en aucun cas de réclamer un plus grand confort mais bien des conditions matérielles élémentaires". Dans leurs préoccupations, ils mettent ainsi en tête "l'hygiène et la propreté", "le besoin d'un minimum d'intimité" et "la proximité avec la famille". Conséquence de la surpopulation carcérale, beaucoup des détenus souffrent d'être soumis durant de longues périodes au régime des maisons d'arrêt, théoriquement réservées aux prévenus et à ceux ayant encore moins d'un an à purger. Prévus pour des séjours courts, ces prisons n'offrent que des contacts limités avec l'extérieur et aucune activité de réinsertion.
Plus des trois quarts (78%) se disent "insatisfaits du respect des droits fondamentaux en prison", certains citant un "manque de respect" des surveillants. Contre cet arbitraire, un détenu sur deux cite comme l'une des trois actions prioritaires la mise en place d'un organe de contrôle extérieur, une demande que le Garde des Sceaux, Pascal Clément, a anticipée en annonçant jeudi la "généralisation" de la médiation en détention et la création dès 2007 d'un "contrôle extérieur et indépendant des prisons" confié au Médiateur de la République. Lors des placements en quartier disciplinaire ou des interventions de sécurité, sept détenus sur 10 sont insatisfaits du respect de leurs droits, demandant d'abord qu'à une sanction ne soit pas rajouté un retrait de réduction de peine. Assister à la fouille de leur cellule, ne plus subir la fouille corporelle intégrale figurent aussi parmi leurs premières revendications.
Magistrats et surveillants font de l'accès aux soins psychiatriques leur préoccupation majeure, et rejoignent les détenus pour juger la préparation à la sortie "insuffisante", 55% de ces derniers en faisant une action prioritaire. Ce taux monte à 70% pour les détenus qui demandent que le travail en prison soit rémunéré comme à l'extérieur, histoire d'éviter la pauvreté à la sortie. Deux détenus sur trois estiment d'ailleurs que les alternatives à l'emprisonnement ne sont pas assez développées, 70 à 75% demandant la limitation de la durée des détentions provisoires, plus de recours au contrôle judiciaire et l'aménagement systématique des peines.
D'après agence
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