Nicolas Sarkozy, à la "Cité de la réussite" à la Sorbonne, à Paris, le 21 octobre 2006 © TF1-LCI"Je ne peux pas accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire. C'est ma responsabilité." Nicolas Sarkozy a justifié samedi, devant environ 2.000 personnes réunies à la "Cité de la réussite" à la Sorbonne, à Paris, par la sécurité la décision à Roissy de priver certains bagagistes musulmans de leur badge d'accès aux pistes de décollage et d'atterrissage.
Son discours fait suite à l'enquête ouverte jeudi après la plainte de la CFDT aux noms de ces bagagistes arguant du fait qu'il s'agissait d'une décision "discriminatoire" vis-à-vis de leur religion. Quatre bagagistes ont également saisi jeudi le tribunal administratif de Pontoise. Selon deux avocats partie prenante dans l'affaire; la "cause" du ministre "est juste mais ses méthodes ne le sont pas".
"Qu'ils aillent devant les tribunaux"
Ne niant pas une certaine sévérité, le ministre de l'Intérieur a toutefois précisé qu'il "n'y avait là aucun délit de sale gueule. Il y avait des éléments précis qui nous amenaient à leur interdire l'entrée sur la surface d'un aéroport (...) C'est un problème de sécurité dont j'ai la responsabilité". Or "Je préfère qu'on ait le risque d'un contentieux devant un tribunal, parce qu'on a été trop sévère pour une habilitation, plutôt qu'on se retrouve avec un drame parce qu'on n'a pas été assez sévère. Tous les pays font cela". Et Nicolas Sarkozy de les y pousser : "Si ces gens pensent qu'on a été trop loin et pensent qu'ils sont victimes de discriminations, qu'ils fassent valoir leurs droits devant les tribunaux". Mais, en attendant, "j'estime que notre devoir, c'est de veiller à ce que (les gens qui ont accès aux pistes de décollage et d'atterrissage) n'aient ni de près ni de loin de liens avec des organisations radicales".
Au total, 43 personnes se sont vues retirer leur habilitation depuis janvier, selon le ministre de l'Intérieur. La CFDT parle de 70 personnes. Le sous-préfet chargé de la zone aéroportuaire de Roissy, Jacques Lebrot, les a privé de badge après enquête de l'Unité centrale de lutte antiterroriste (Uclat) qui a conclu que ces personnes présentaient un risque "de vulnérabilité ou de dangerosité" pour la zone. Plusieurs auraient séjourné dans "des camps d'entraînement" au Pakistan. Nicolas Sarkozy a rappelé qu'il avait fait fermer "sept lieux de culte islamistes clandestins et légaux" à Roissy et Orly et qu'il avait fait expulser, depuis le début de l'année, "18 imams qui tenaient des propos (...) parfaitement incompatibles avec les valeurs de la République".
Sarkozy et l'immigration à la "Cité de la réussite" |
Lors de cette "Cité de la réussite", Nicolas Sarkozy a évoqué de nombreux autres sujets. Souvent critiqué à gauche mais aussi parfois à droite pour ses propos sur l'immigration, la délinquance et les banlieues, il s'est déclaré samedi victime d'un "délit de sale gueule". "Je ne me laisserai pas impressionner par un procès en sorcellerie qui n'est rien d'autre qu'une méthode fasciste qui a été utilisée à tant d'époques pour faire taire des gens qui prétendaient affirmer une autre conviction que la conviction dominante". Il lui a notamment été reproché d'avoir emprunté au président du Front national Jean-Marie Le Pen l'idée selon laquelle il faut "aimer la France" ou la "quitter", idée qu'il développe régulièrement dans ses discours. "Ce procès qui m'est fait, c'est un procès outrancier qui est fait par des gens qui, dénonçant Le Pen, utilisent les mêmes méthodes que lui, c'est-à-dire l'amalgame", a déclaré Nicolas Sarkozy, se disant convaincu qu'une grande majorité de Français, de "gauche comme de droite", en avaient "ras-le-bol des donneurs de leçons".
Répondant à un jeune homme noir qui l'avait durement interpellé sur ses concepts d'"immigration choisie" et de "discrimination positive", en l'accusant de "raviver l'esprit de l'esclavage et de la colonisation", et de "se rendre complice de crimes contre l'humanité", le ministre de l'Intérieur a rétorqué d'un ton calme mais ferme : la France n'a "pas à se justifier de racisme" quand elle dit "qu'elle ne peut pas accepter toute la misère du monde", en jugeant "invraisemblable d'insulter notre pays comme cela". "Je réfute l'idée même du racisme, qui est un crime contre l'humanité. Notre pays a des pages douloureuses, c'est vrai. Mais arrêtez de lui demander d'expier en permanence pour un passé que vous revisitez avec les yeux d'aujourd'hui alors que c'était il y a plusieurs siècles", a-t-il ajouté.
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