Dominique Versini, défenseure des enfants © DRLCI.fr : Le président Chirac vous a nommé en juin 2006 Défenseure des enfants. Quel est votre rôle ?
Dominique Versini : Il est de défendre et de promouvoir les droits des enfants tels qu'ils sont définis dans la convention internationale que la France a ratifié en 1990. La défenseure des enfants est une autorité indépendante de la République, mon mandat est de six ans.
LCI.fr : Concrètement, quelles sont vos missions ?
D.V. : La première consiste à recevoir directement les réclamations des personnes estimant que les droits d'un enfant n'ont pas été respectés. Elles peuvent venir de mineurs, de parents, d'associations reconnues d'utilité publique. On reçoit 2000 réclamations par an concernant 2825 enfants. Il y a deux jours, par exemple, on a reçu un mail d'un jeune homme de 16 ans qui nous racontait qu'il était maltraité chez lui. Notre équipe composée de juristes notamment, l'a contacté pour lui expliquer toutes les démarches auxquelles il pouvait avoir recours.
La deuxième mission est de repérer les dysfonctionnements collectifs dans la société et de faire des propositions de loi pour que les droits des enfants soient davantage respectés. La troisième et dernière mission du Défenseure est d'assurer la promotion des droits de l'enfant et d'organiser des actions d'information sur ces droits. Début janvier, par exemple, une vingtaine de jeunes ambassadeurs du défenseur des enfants vont être recrutés, dans le cadre du service civil volontaire, et aller dans les écoles pour organiser des débats autour des droits de l'enfant avec les élèves.
LCI.fr : Quelle est votre priorité cette année ?
D.V. : 36% des courriers que l'on reçoit concernent la souffrance occasionnée aux enfants lors des ruptures et séparations décidées par les adultes. Sur les 15 millions d'enfants qui vivent en France, 1,9 millions d'enfants vivent dans des familles monoparentales ; 1,6 dans des familles recomposées, 30.000 dans des familles homoparentales (selon les chiffres du démographe Patrick Festy) et 120.000 enfants sont placés à l'aide sociale à l'enfance.... Cela fait 20% des enfants qui ne vivent pas avec leur mère et leur père. Au quotidien, ils vivront souvent avec un tiers, un beau père ou une belle mère par exemple. Ma proposition qui se situe dans le prolongement de nombreux travaux de juristes, est de créer un statut juridique pour ces tiers qui participent à l'éducation, à la vie de ces enfants. Je propose certains aménagements du code civil pour leur faciliter la vie au quotidien en créant un "mandat d'éducation" ou une "convention de partage de l'exercice de l'autorité parentale"; de même, je propose d'élargir l'article 371.4 du même code pour reconnaître un droit de l'enfant à poursuivre des relations personnelles (droit de visite) avec un tiers (beau-parent) qui a partagé sa vie pendant plusieurs années, et avec lequel il a des liens affectifs forts. Ca va être l'objet du rapport thématique qui a été traité en priorité cette année.
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