Eduquer les écoliers aux bienfaits du vin

Par Matthieu DURAND, le 30 novembre 2006 à 17h14 , mis à jour le 30 novembre 2006 à 17h27

Un rapport parlementaire préconise de lancer dans les établissements scolaires des programmes sur le "bénéfice sanitaire" et les méfaits du vin. Une proposition qui risque de mécontenter les professionnels de la santé.

Le vin français a le vent en poupe

Le vin au programme scolaire : telle est l'une des dix propositions faites par deux députés qui ont planché sur la situation de la viticulture en France. Dans le cadre d'un rapport parlementaire, Philippe-Armand Martin (député de la Marne, UMP) et Gérard Voisin (député de la Saône-et-Loire, UMP) analysent la crise actuelle que traverse le secteur.

"Être Français c'est, d'une certaine façon, connaître le vin : comme aliment, comme plaisir et ... comme danger", écrivent les élus. D'où l'importance, selon eux, de "mettre en place des programmes d'éducation pour la santé informant des effets bénéfiques du vin dans le cadre d'une consommation appropriée". L'idée est de "[substituer] l'éducation à l'interdit brutal", qui produit "généralement l'inverse des effets recherchés".

"Il faut souligner et faire largement savoir quels sont les apports nutritionnels et favorables à la santé d'une consommation modérée de vin d'une certaine qualité", souligne le rapport. Selon les députés, ce "bénéfice sanitaire, largement supérieur à celui des autres boissons alcoolisées", se traduit ainsi par la diminution des risques de maladies cardiovasculaires, de cancer et de "mortalité globale toutes maladies confondues".

Au programme

Les programmes d'éducation sur le vin inciteraient ainsi les jeunes à ne pas consommer plus de 20 à 30 grammes d'alcool par jour, "en fonction du sexe et de la corpulence de la personne". Une consommation "absorbée exclusivement sous forme de vin au cours des repas" et "soutenue par une alimentation équilibrée et aussi naturelle que possible".

Seraient également abordés "les méfaits des consommations excessives" et "les dangers propres aux boissons alcoolisées douteuses" (sic). Les écoliers seraient avertis que "certains états physiologiques (grossesse) et certaines pathologies prohibent, pour des durées variables, toute consommation d'alcool".

Plus incisifs, les députés pointent : "Il faut enfin savoir, et faire savoir, que contrairement à une idée parfois propagée ces dernières années par des défenseurs intransigeants d'une vision univoque de la Santé publique, boire du vin raisonnablement ne conduit pas à l'alcoolisme". Ils invitent d'ailleurs le gouvernement à faire taire les dissensions entre le secteur viticole et les organismes de lutte contre l'alcoolisme.

5 millions de personnes dépendantes

En 2004, LCI.fr avait interviewé le docteur Philippe Batel, responsable du service alcoologie de l'hôpital parisien Beaujon, sur une campagne contre les méfaits de l'alcool qui avait suscité la colère du monde viticole (lire l'interviewe). Voici quelques extraits de ses propos :

  • "Les viticulteurs fabriquent un produit merveilleux et subtil mais ils assènent deux idées reçues qu'il faut combattre : "ce qui est dangereux, c'est de boire beaucoup" et "la mort due à la surconsommation de vin est liée à quelque chose d'aigu, comme les accidents de la route". Or, beaucoup de gens meurent d'alcoolisme sans être dépendants, à la suite d'une consommation au long cours. Ils ne meurent pas dans un accident mais des suites d'un cancer ou d'un infarctus du myocarde." 
  • "L'alcoolisme ne concerne certes que 10 à 15% de gens en France mais cela donne 5 millions de personnes dépendantes, dix millions en difficulté et 45.000 morts par an. Le vin est une drogue potentielle (...) Son action sur le cerveau est comparable à celle de l'héroïne ou de la cocaïne. Il faudrait que notre pays sorte de cette schizophrénie qui fait que la production de vin rapporte 11 millions d'euros par an tandis que la consommation excessive d'alcool coûte 17,5 millions d'euros par an à la collectivité."
  • "Une expertise collective de l'Inserm s'est intéressée aux 80 études publiées dans le monde sur [les effets positifs du vin]. Résultat : oui, boire deux à trois verres par jour a un effet protecteur mais pour une seule maladie, l'infarctus du myocarde, et cela n'a été démontré que chez les hommes de 35 à 50 ans. Enfin, cet effet protecteur ne concerne pas que le vin mais tous les alcools." 
Par Matthieu DURAND le 30 novembre 2006 à 17:14
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17 Commentaires

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  • Bean, le 01/12/2006 à 16h15

    Tout à fait d'accord avec toi Fred! Le vin n'a rien à voir avec le tabac, surtout quand celui-ci est complété par des produits toxiques qui renforce l'addiction. A bas les amalgames! Pensons tous à Jeanne Calmant qui buvait régulièrement et avec modération.

  • Isabelle, le 01/12/2006 à 14h12

    Commencez donc par eduquer les ecoliers aux bienfaits de la langue francaise, de l'orthographe, de la grammaire, ainsi que des mathematiques. S'il reste du temps, faites-leur faire du sport, c'est aussi tres benefique et surement plus que le vin. Ces gens ne savent vraiment plus qu'inventer, alors experimentez sur nos enfants. Je commence a apprecier de plus en plus que mes enfants soient eduques en grande bretagne. On leur enseigne ici les bienfaits de la politesse entre autre. Merci de me publier.

  • Denis le febvre, le 01/12/2006 à 13h36

    Le tabac et l'alcool: la santé par les plantes...

  • Tom, le 01/12/2006 à 13h11

    Incroyable ! Impensable ! Faire de la pub pour le vin auprès des plus jeunes sous prétexte de santé c'est fort. C'est la réponse des producteurs à la baisse de la consommation intérieure et l'endoctrinement face à la concurrence étrangère. Je félicite les parlementaires, j'ai toute confiance en eux.

  • Regis, le 01/12/2006 à 12h15

    N'importe quoi... combien ont payé les producteurs de vin pour ce coup de pub????

  • Fred h, le 01/12/2006 à 10h48

    Bonne initiative. Ceci est une prévention juste : ce que je reproche toujours à la prévention, c'est la diabolisation. Aimer le vin n'est pas synonyme d'alcoolisme. Ce produit fait partie de notre patrimoine: c'est une bonne chose que de le transmettre. De plus, le vin est bienfesant pour l'organisme, chose que les jeunes ignorent et qu'on désinforme par certains spots anti-alcool débiles. Cependant il ne faut surtout pas oublier de les sensibiliser à l'alcoolisme et ses dangers pour soi et pour les autres (conduite, grossesse, maladies, troubles du comportement) qui sont liés à une consommation non approprié des alcool. Il est honteux de faire un amalgamme avec la tabac qui n'est, qu'un poison synthéstisé par les indistriels pour rendre le consommateur dépendant.

  • BRIGITTE, le 01/12/2006 à 10h35

    C?est une vérité de dire que un verre de vin (de bonne qualité) n?est pas néfaste pour la santé, à une condition de ne pas abuser (comme toutes les choses de notre vie) n?oublions pas que même l?eau même en bouteille peut être mauvaise pour notre santé ??sans une certaine indication sur les bouteilles?? Par contre les bières mélangées alors là?BB

  • Algunet, le 01/12/2006 à 08h45

    TF1 à la vue du nombre impressionnant d'articles consacrés au vin, participe à sa médiatisation et devient complice du lobby vinicole dans son action à la promotion de cet alcool. Une information équilibrée serait de faire ces mêmes articles en englobant les autres alcools avec un fréquence d'articles moindre... Merci de ne pas censurer.

  • Eric, le 01/12/2006 à 00h55

    Si le vin est si bon pour la santé pourquoi n'est il pas en vente en pharmacie ? Ces guignols de l'UMP nous feraient rire si le sujet n'était pas aussi grave.

  • André, le 30/11/2006 à 22h22

    Il y a 100 ans tous les adultes buvaient du vin à chaque repas - ils sont tous morts maintenant !

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