
Le vin au programme scolaire : telle est l'une des dix propositions faites par deux députés qui ont planché sur la situation de la viticulture en France. Dans le cadre d'un rapport parlementaire, Philippe-Armand Martin (député de la Marne, UMP) et Gérard Voisin (député de la Saône-et-Loire, UMP) analysent la crise actuelle que traverse le secteur.
"Être Français c'est, d'une certaine façon, connaître le vin : comme aliment, comme plaisir et ... comme danger", écrivent les élus. D'où l'importance, selon eux, de "mettre en place des programmes d'éducation pour la santé informant des effets bénéfiques du vin dans le cadre d'une consommation appropriée". L'idée est de "[substituer] l'éducation à l'interdit brutal", qui produit "généralement l'inverse des effets recherchés".
"Il faut souligner et faire largement savoir quels sont les apports nutritionnels et favorables à la santé d'une consommation modérée de vin d'une certaine qualité", souligne le rapport. Selon les députés, ce "bénéfice sanitaire, largement supérieur à celui des autres boissons alcoolisées", se traduit ainsi par la diminution des risques de maladies cardiovasculaires, de cancer et de "mortalité globale toutes maladies confondues".
Au programme
Les programmes d'éducation sur le vin inciteraient ainsi les jeunes à ne pas consommer plus de 20 à 30 grammes d'alcool par jour, "en fonction du sexe et de la corpulence de la personne". Une consommation "absorbée exclusivement sous forme de vin au cours des repas" et "soutenue par une alimentation équilibrée et aussi naturelle que possible".
Seraient également abordés "les méfaits des consommations excessives" et "les dangers propres aux boissons alcoolisées douteuses" (sic). Les écoliers seraient avertis que "certains états physiologiques (grossesse) et certaines pathologies prohibent, pour des durées variables, toute consommation d'alcool".
Plus incisifs, les députés pointent : "Il faut enfin savoir, et faire savoir, que contrairement à une idée parfois propagée ces dernières années par des défenseurs intransigeants d'une vision univoque de la Santé publique, boire du vin raisonnablement ne conduit pas à l'alcoolisme". Ils invitent d'ailleurs le gouvernement à faire taire les dissensions entre le secteur viticole et les organismes de lutte contre l'alcoolisme.
5 millions de personnes dépendantes |
En 2004, LCI.fr avait interviewé le docteur Philippe Batel, responsable du service alcoologie de l'hôpital parisien Beaujon, sur une campagne contre les méfaits de l'alcool qui avait suscité la colère du monde viticole (lire l'interviewe). Voici quelques extraits de ses propos :
- "Les viticulteurs fabriquent un produit merveilleux et subtil mais ils assènent deux idées reçues qu'il faut combattre : "ce qui est dangereux, c'est de boire beaucoup" et "la mort due à la surconsommation de vin est liée à quelque chose d'aigu, comme les accidents de la route". Or, beaucoup de gens meurent d'alcoolisme sans être dépendants, à la suite d'une consommation au long cours. Ils ne meurent pas dans un accident mais des suites d'un cancer ou d'un infarctus du myocarde."
- "L'alcoolisme ne concerne certes que 10 à 15% de gens en France mais cela donne 5 millions de personnes dépendantes, dix millions en difficulté et 45.000 morts par an. Le vin est une drogue potentielle (...) Son action sur le cerveau est comparable à celle de l'héroïne ou de la cocaïne. Il faudrait que notre pays sorte de cette schizophrénie qui fait que la production de vin rapporte 11 millions d'euros par an tandis que la consommation excessive d'alcool coûte 17,5 millions d'euros par an à la collectivité."
- "Une expertise collective de l'Inserm s'est intéressée aux 80 études publiées dans le monde sur [les effets positifs du vin]. Résultat : oui, boire deux à trois verres par jour a un effet protecteur mais pour une seule maladie, l'infarctus du myocarde, et cela n'a été démontré que chez les hommes de 35 à 50 ans. Enfin, cet effet protecteur ne concerne pas que le vin mais tous les alcools."
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