L'affiche de l'exposition controversée © CAPC/DRBordeaux en l'an 2000. Un père de famille visite l'exposition intitulée "Présumés innocents - L'art contemporain et l'enfance". Organisée au Centre d'arts plastiques contemporains (CAPC), l'exhibition regroupe 200 œuvres dans lesquelles 80 artistes évoquent l'Enfance et ses pérégrinations. Avec leur propre expérience ou leur imaginaire, ils la recréent sur tous les supports. Avec, forcément une manière de penser propre à l'artiste. De grands noms de la scène internationale se prêtent au jeu : Nan Golding, Cindy Sherman, Annette Messager, Christian Boltanski...
Certaines œuvres sont dérangeantes comme des dessins faussement naïfs connotés sexuellement, des animaux dotés de sexe humain, des scènes filmées de masturbation... A la vue de certaines œuvres, le père de famille est choqué. Il porte plainte auprès de La Mouette, une association de protection de l'enfance située à Agen, dans le Lot-et-Garonne.
"Ils n'ont pas le recul pour les analyser"
Six ans après, complexité de l'instruction oblige, le directeur du musée à l'époque, est poursuivi pour le contenu de son exposition. Comme l'a révélé le journal Sud-Ouest, Henri-Claude Cousseau, aujourd'hui à la tête de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, a été mis en examen mardi dernier pour "diffusion d'images à caractère pédopornographique" et "corruption de mineurs par exposition de plusieurs documents portant atteinte à la dignité des enfants". Sont également poursuivis les organisateurs, 25 artistes et les organismes prêteurs des œuvres.
"On ne peut pas faire voir à des enfants des images pornographiques, morbides ou malsaines, car ils n'ont pas le recul pour les analyser", justifie Annie Gourgue, la présidente de La Mouette citée dans Libération lundi. Parmi les œuvres qui ont indigné le père de famille, une vidéo d'Elke Krystufek dans laquelle affirme la plainte, l'artiste autrichienne filmée par sa mère se masturbait avec un concombre avant de se coudre le sexe. Les organisateurs démentent.
"Provoquer et interpeller"
"Il n'est pas question de porter atteinte à la liberté de l'artiste, souligne Christine Maze, l'avocate de l'association au Monde daté du 19 novembre. Nous nous basons sur le terrain de la protection de l'enfant qui doit être considéré dans un débat global. Si l'exposition avait été réservée aux adultes, on n'aurait pas porté plainte. Dans ce cas précis, les précautions prises n'ont pas suffi à protéger les mineurs". Durant les quatre mois qu'a duré l'expo, une signalétique de mise en garde avait été affichée, le jeune public suivait un itinéraire adapté qui contournait les zones sensibles. Seuls deux enseignants se seraient plaints.
"Nous souhaitons un procès, affirme l'avocate de l'association La Mouette. Pour ouvrir le débat : est-ce que l'on peut tout faire en terme d'art quand cela concerne les enfants". "Que la procédure judiciaire suive son cours", a réagi lundi le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres. Mais de souligner que "le rôle de l'artiste est de provoquer et d'interpeller".
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