Trois des bagagistes musulmans de Roissy qui ont porté plainte contre X pour discrimination, le 19 octobre 2006 © TF1/LCIIls sont 72, employés de l'aéroport, à avoir fait l'objet d'un retrait de badge depuis mai 2005. C'est ce qu'a affirmé jeudi le sous-préfet de Roissy, Jacques Lebrot, expliquant que ces personnels étaient "liés à des mouvances fondamentalistes à visée potentiellement terroriste". Une "grande majorité" d'entre eux sont liés à une "mouvance islamiste", a-t-il précisé.
Une "petite dizaine" d'employés se sont vu retirer leur badge d'accès à la zone sous-douane de Roissy parce que proches d'organisations terroristes liées aux tigres tamouls, a-t-il ajouté. Un employé sikh a aussi été l'objet d'un retrait de badge. "Plusieurs syndicalistes" font partie des 72 employés visés, a ajouté Jacques Lebrot. L'un des 72 employés a été en "contact suivi" avec une personne qui était "en contact directe avec Richard Reid" : membre d'Al-Qaïda, le Britannique Richard Reid avait tenté en vain le 22 décembre 2001 d'actionner en vol entre Paris et Miami des explosifs dissimulés dans ces chaussures.
Dossiers en cours d'instruction
Depuis mai 2005, cinq employés à qui la préfecture avait retiré leur badge pour des raisons de sûreté ont été l'objet d'un recours gracieux du préfet de Seine-Saint-Denis et ont récupéré leur badge parce qu'ils avaient "apporté de nouveaux éléments" à la connaissance de la préfecture, a précisé Jacques Lebrot. Par ailleurs, quelque 68 employés ont été l'objet d'un signalement depuis mai 2005 de la part des services de la préfecture de Seine-saint-Denis et n'ont pas été sanctionnés après enquête, a précisé le sous-préfet.
Une quarantaine de dossiers sont en cours d'instruction, a-t-il ajouté. "Les enquêtes et les retraits de badge vont continuer jusqu'à ce qu'on ait éradiqué tous les gens qui posent problème au niveau de la sûreté aéroportuaire à Roissy", a-t-il dit.
Halde autosaisie
Au total, depuis mai 2005, près de 180 employés de Roissy ont été l'objet d'une enquête de la préfecture de Seine-Saint-Denis et des services de renseignement français pour des raisons de sûreté liées à des risques terroristes.
Une dizaine de salariés ont introduit un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise, pour suspendre la décision prise par la préfecture de Seine-Saint-denis de leur retirer leur badge. Ce recours doit être examiné le 10 novembre. "Il (le sous-préfet)nous dit que ces employés sont 'potentiellement' terroristes, il évoque en passant Al-Qaïda mais sinon il n'y a aucune preuve : on est dans le flou le plus total. Ce dossier est scandaleusement vide", a réagi Daniel Saadat, l'avocat de ces employés qui ont introduit une procédure de référé.
"Le sous-préfet ne fait que des allégations, il ne démontre rien. On attend des preuves du danger que représentent les employés visés, pas des déclarations fracassantes", a renchéri Philippe Decrulle, secrétaire de la CFDT Air France. Une plainte pour discrimination a été déposée, le 19 octobre, par ce syndicat auprès du procureur de la République de Bobigny qui a ouvert une enquête le jour même. De son côté, la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s'est autosaisie pour vérifier s'il y a eu discrimination dans le cadre de ces retraits de badge.
D'après agence
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