Roissy : Sarkozy justifie les retraits de badge

le 03 novembre 2006 à 15h10 , mis à jour le 03 novembre 2006 à 19h07

Après l'annonce de 72 retraits de badges liés à des "mouvances fondamentalistes", Sarkozy fait valoir le devoir de précaution. La CGT envisage une grève.

TF1/LCI - Trois des bagagistes musulmans de Roissy qui ont porté plainte contre X pour discrimination, le 19 octobre 2006Trois des bagagistes musulmans de Roissy qui ont porté plainte contre X pour discrimination, le 19 octobre 2006 © TF1/LCI

Discrimination? "Devoir de précaution"? Le retrait des badges à 72 employés de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, supposés proches de l'islam radical, suscite la polémique. Interrogé sur cette affaire en marge de sa visite aux chauffeurs de bus du dépôt de Villepinte, Nicolas Sarkozy a souligné que "chaque fois qu'on retire un badge c'est parce qu'on a des éléments qui nous (le) permettent. Moi, j'ai un devoir qui est un devoir de précaution, sur la zone de Roissy, on s'approche d'avions, il y a des millions de passagers" concernés, a-t-il expliqué.

Les badges, attribués par la préfecture de Seine-Saint-Denis, permettent l'accès à la zone réservée de Roissy. Ce retrait a été décidé parce que les intéressés (agents de sécurité, bagagistes, personnels d'entretien ou de nettoyage) "sont liés à des mouvances fondamentalistes à visée terroriste", a affirmé jeudi le sous-préfet de Roissy Jacques Lebrot. Dans son argumentaire écrit devant le tribunal administratif le 30 octobre, il indique "disposer d'informations (...) et d'une note des services spécialisés faisant ressortir les risques pour la sécurité aéroportuaire et des personnes". Il évoque la loi sur la sécurité intérieure (LSI) pour revendiquer le pouvoir "discrétionnaire" octroyé à l'administration.

Appel à la grève

"Le sous-préfet ne fait que des allégations, il ne démontre rien. On attend des preuves du danger que représentent les employés visés, pas des déclarations fracassantes", avait réagi jeudi Philippe Decrulle, secrétaire de la CFDT Air France.

"Il est parfaitement normal que les services de police fassent des enquêtes et n'habilitent que les gens pour lesquels nous avons des certitudes", a renchéri vendredi le ministre de l'Intérieur. Il s'est défendu de ce que cette mesure de retrait n'aie touché que de simples pratiquants : "J'ai suffisamment fait pour l'Islam de France pour être à l'abri de toute polémique, les musulmans de France n'ont rien à voir avec cela, on peut pratiquer l'islam, ce qu'il y a à voir, c'est l'intégrisme".

La CGT Roissy va quant à elle proposer de lancer un appel à la grève pour la fin novembre afin de dénoncer ces retraits de badge. Une réunion intersyndicale avec la CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC, Unsa et Sud aérien doit se tenir le 7 novembre à Roissy pour décider des actions à mener pour dénoncer les conditions d'attribution et de renouvellement de ces passes.

Halde autosaisie

Une dizaine de salariés ont introduit un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise, pour suspendre la décision prise par la préfecture de Seine-Saint-Denis de leur retirer leur badge. Ce recours doit être examiné le 10 novembre.

Par ailleurs, une plainte pour discrimination a été déposée, le 19 octobre, par le syndicat CFDT auprès du procureur de la République de Bobigny, qui a ouvert une enquête le jour même. De son côté, la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s'est autosaisie pour vérifier s'il y a eu discrimination dans le cadre de ces retraits de badge.

D'après agence

2600 refus de badge à Roissy depuis 2004

Depuis 2004, quelque 2600 personnes se sont vues refuser l'obtention d'un badge d'accès à la zone réservé de Roissy pour des raisons de sûreté non liées à des risques terroristes. En cause, dans la plupart des cas : leur présence sur les fichiers de police et de gendarmerie pour des affaires délictuelles ou criminelles. A Roissy, une vingtaine d'agents de la Police aux frontières (PAF) épluchent les fichiers STIC (police), JUDEX (gendarmerie), de la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage) et des Renseignements généraux (RG) pour vérifier si les candidats aux badges ont déjà eu affaire à la justice où si leur nom était déjà apparu dans une enquête, préalablement au renouvellement de badge. Au 20 octobre 2006, 87.570 employés avaient un badge qui donne accès à la zone réservée de Roissy.  A deux reprises, en 2005 et 2006, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) avait dénoncé les "risques graves d'exclusion sociale et d'atteinte aux libertés individuelles" que comportait le fichier STIC recensant les mis en cause dès qu'une procédure pour infraction est ouverte par la police.

le 03 novembre 2006 à 15:10
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

5 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Jo, le 06/11/2006 à 08h43

    La sécurité ne présente pas d'excès c'est maintenant la volonté des Français

  • Paul CHRISTEN, le 05/11/2006 à 16h16

    Dans des lieux aussi sensibles que les aéroports quoi de plus normal que de s'entourer d'un maximum de précautions ? Par contre pourquoi ne pas avoir attendu le résultat des enquêtes de moralité avant d'embaucher ces personnes ???

  • Vastre, le 05/11/2006 à 01h51

    Nouveau slogan de la CGT : "mieux vaut guérir que prévenir".

  • Ludo, le 04/11/2006 à 23h13

    Il ne peut y avoir place a la moindre erreur..trop de vies en jeux..c'est donc normal qu'ils n'aient plus leurs badges...

  • Veteranam, le 04/11/2006 à 19h15

    Enfin des actes.....mais il faut continuer la lutte Bravo Nicolas

Lire tous les commentaires

      logAudience