Trois des bagagistes musulmans de Roissy qui ont porté plainte contre X pour discrimination, le 19 octobre 2006 © TF1/LCIDiscrimination? "Devoir de précaution"? Le retrait des badges à 72 employés de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, supposés proches de l'islam radical, suscite la polémique. Interrogé sur cette affaire en marge de sa visite aux chauffeurs de bus du dépôt de Villepinte, Nicolas Sarkozy a souligné que "chaque fois qu'on retire un badge c'est parce qu'on a des éléments qui nous (le) permettent. Moi, j'ai un devoir qui est un devoir de précaution, sur la zone de Roissy, on s'approche d'avions, il y a des millions de passagers" concernés, a-t-il expliqué.
Les badges, attribués par la préfecture de Seine-Saint-Denis, permettent l'accès à la zone réservée de Roissy. Ce retrait a été décidé parce que les intéressés (agents de sécurité, bagagistes, personnels d'entretien ou de nettoyage) "sont liés à des mouvances fondamentalistes à visée terroriste", a affirmé jeudi le sous-préfet de Roissy Jacques Lebrot. Dans son argumentaire écrit devant le tribunal administratif le 30 octobre, il indique "disposer d'informations (...) et d'une note des services spécialisés faisant ressortir les risques pour la sécurité aéroportuaire et des personnes". Il évoque la loi sur la sécurité intérieure (LSI) pour revendiquer le pouvoir "discrétionnaire" octroyé à l'administration.
Appel à la grève
"Le sous-préfet ne fait que des allégations, il ne démontre rien. On attend des preuves du danger que représentent les employés visés, pas des déclarations fracassantes", avait réagi jeudi Philippe Decrulle, secrétaire de la CFDT Air France.
"Il est parfaitement normal que les services de police fassent des enquêtes et n'habilitent que les gens pour lesquels nous avons des certitudes", a renchéri vendredi le ministre de l'Intérieur. Il s'est défendu de ce que cette mesure de retrait n'aie touché que de simples pratiquants : "J'ai suffisamment fait pour l'Islam de France pour être à l'abri de toute polémique, les musulmans de France n'ont rien à voir avec cela, on peut pratiquer l'islam, ce qu'il y a à voir, c'est l'intégrisme".
La CGT Roissy va quant à elle proposer de lancer un appel à la grève pour la fin novembre afin de dénoncer ces retraits de badge. Une réunion intersyndicale avec la CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC, Unsa et Sud aérien doit se tenir le 7 novembre à Roissy pour décider des actions à mener pour dénoncer les conditions d'attribution et de renouvellement de ces passes.
Halde autosaisie
Une dizaine de salariés ont introduit un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise, pour suspendre la décision prise par la préfecture de Seine-Saint-Denis de leur retirer leur badge. Ce recours doit être examiné le 10 novembre.
Par ailleurs, une plainte pour discrimination a été déposée, le 19 octobre, par le syndicat CFDT auprès du procureur de la République de Bobigny, qui a ouvert une enquête le jour même. De son côté, la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s'est autosaisie pour vérifier s'il y a eu discrimination dans le cadre de ces retraits de badge.
D'après agence
2600 refus de badge à Roissy depuis 2004 |
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