Fouad, sans domicile fixe de 33 ans, votera socialiste le 22 avril 2007. © Stéphanie MORBOIS/LCIL'image de l'exclusion et des exclus a beaucoup évolué. Et de plus en plus de Français se sentent potentiellement concernés, révèle un sondage BVA pour l'Association Emmaüs-La Vie-L'Humanité : 48% des sondés estiment qu'ils pourraient eux-mêmes devenir un jour SDF. Une inquiétude qui touche 62% des 35-49 ans ; la proportion grimpe jusqu'à 74% chez les ouvriers. A l'opposé, seuls 35% des sondés jugent peu probable de se retrouver sans logement, et à peine 17% s'en disent totalement protégés. Une crainte très partagée, doublée d'une vision pessimiste des perspectives de ceux qui se retrouvent à la rue : seulement 17% des Français envisagent une amélioration à venir de la situation des sans-abri, contre 40% qui estiment que leur situation va se dégrader.
Autre constat de cette enquête : 85% des Français ont le sentiment que le nombre de SDF a augmenté ces dernières années. Interrogés sur les causes ayant conduit des personnes à se retrouver sans-abri, ils jugent que cette situation ne résulte pas d'un choix délibéré : seulement 6% des Français estiment que les SDF "ont choisi ce mode de vie". Et pour 70% des Français, ce sont des "situations économiques difficiles" qui conduisent à l'exclusion plus que "des histoires personnelles difficiles" (23%). Parmi les raisons qui font le plus craindre de devenir SDF arrivent en tête le surendettement (31%), un licenciement (21%), la maladie (20%), une séparation (10%).
96% des sondés pour l'ouverture de centres d'hébergement d'urgence
Fait significatif, cette étude, réalisée à la fois auprès d'un échantillon représentatif de la population, et de SDF, interrogés en 2005 notamment dans des centres d'hébergement, montre une convergence de vue sur la situation sociale des sans-abri : les Français, comme les SDF, pensent que 11% des personnes à la rue sont des "travailleurs pauvres". En revanche, quand il s'agit de savoir comment ils occupent leur journée, les réponses des Français diffèrent de celles des SDF eux-mêmes. 47% des Français pensent qu'ils "marchent en attendant que la journée se passe", 38% qu'ils font des démarches "pour trouver un emploi, un logement". Les SDF eux-mêmes établissent un autre ordre de priorités : en premier, les démarches pour sortir de l'exclusion ; en deuxième position, aller "dans un accueil de jour pour rencontrer un travailleur social".
Ce sondage constitue aussi un jugement sévère pour les politiques, puisque 45% des personnes interrogées estiment que le problème des SDF pourrait être résolu définitivement, avec une volonté politique suffisante. Enfin, pour qu'il y ait moins de SDF dans les rues, les Français sont 92% à préférer l'augmentation des travailleurs sociaux à "la présence des forces de l'ordre". Et 96% des sondés approuvent l'ouverture de centres d'hébergement d'urgence, y compris dans leur quartier (88%).
Une proposition qui rejoint celle de l'association Emmaüs elle-même. Celle-ci préconise "six idées neuves et concrètes" qu'elle soumet aux pouvoirs publics et aux candidats à la présidentielle : plus de centres d'hébergement d'urgence, plus d'efforts pour l'emploi des exclus, des "auberges" adaptées à l'accueil des travailleurs pauvres, plus de logements sociaux et un meilleur financement des associations de lutte contre l'exclusion.
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