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Exclusion - "Une nuit sous la tente avec ceux qui en passent 365"

Par Stéphanie MORBOIS, le 18 décembre 2006 à 18h22, mis à jour le le 19 décembre 2006 à 10:53

Depuis samedi, le collectif "Les Enfants de Don Quichotte" a installé une centaine de tentes au bord du canal Saint-Martin.

De part et d'autre du canal Saint Martin dans le Xe arrondissement de Paris...de part et d'autre du canal Saint Martin dans le Xe arrondissement de Paris

De chaque côté du canal Saint-Martin, une centaine de petits igloos rouges en rang d'oignons. Le collectif citoyen "Les enfants de Don Quichotte" a installé samedi son campement. Ce lieu du Xe arrondissement de Paris n'a pas été choisi au hasard. "On s'est installé au bort de l'eau exprès comme ça on est sûr qu'ils ne pourront pas nous expulser", explique Armelle, une mère de famille très impliquée dans le mouvement. Après avoir été chassés de la place de la Concorde et de la Bastille début décembre, le mouvement a appris à ruser. "Cri citoyen", "acte de solidarité", l'objectif des "Enfants de Don Quichotte" est de faire connaître aux citoyens le quotidien des sans abris et les inviter à dormir une nuit ou deux sous la tente avec eux. 

A l'origine des ces actions, Augustin Legrand, un comédien d'une trentaine d'années. "On appelle à une forme de désobéissance civile pour défendre les droits fondamentaux des citoyens. C'est indécent qu'il y ait des gens sans abri", clame-t-il. " Les SDF sont des hommes et pas des chiens ", renchérit Armelle pour qui " il faut passer de la culpabilité à la responsabilité ". " On propose une nuit sous la tente à des gens qui en passent 365 ", ajoute simplement Augustin.

La solidarité de Jean Rochefort

Depuis samedi, le mouvement prend de l'ampleur et de nombreux citoyens sont venus soutenir leur action. A tel point que les 250 tentes sont habitées par autant de SDF que de "biens logés", souligne Augustin. A deux ou trois par tente, ils étaient près de 250 ce week-end à se serrer les coudes dans ce campement de fortune. "Hier, un riverain est descendu de son immeuble pour dormir avec nous", raconte une jeune femme. "Il y a aussi un Anglais qui nous a apporté du vin chaud et des salades", ajoute un sans abri, les yeux brillants.

L'acteur Jean Rochefort est même venu faire un tour en signe de solidarité, "en rentrant de sa campagne" dimanche soir. "Je l'ai vu !", lance Laurent, un SDF de trente-sept ans, à la rue depuis 20 ans. Sur le pont, un vieux monsieur s'approche. Il porte deux gros sacs remplis de bouteilles d'eau. "J'habite le quartier. Hier soir j'ai voulu venir dormir mais ma femme m'a dit que ce n'était plus de mon âge ! Alors je participe comme je peux", explique-t-il avant de reprendre sa route.

"Des solutions durables, pas des sparadras"

Armelle, Augustin, Mériadeg, Jean-Baptiste et les autres n'ont qu'un souhait : que la mobilisation ne soit pas vaine et que les pouvoirs publics prennent les choses en mains. Ils veulent faire de la pauvreté et de l'exclusion des thèmes majeurs de l' élection présidentielle. "Il faut des solutions durables, pas des bouts de sparadras", lance Armelle. "Avant la présidentielle, il faut une charte, comme sur l'écologie. Il faut que les politiques s'engagent à traiter intelligemment ce problème. Une soupe par jour et le chenil le soir, ce n'est pas comme ça que les SDF pourront se prendre en main", ajoute-t-elle, agacée. "On réclame pour eux le droit à une vie décente. Gauche et droite n'ont rien fait pour les SDF et les centres d'hébergement d'urgence ne sont pas adaptés", répète Augustin.

Du côté des sans abris, l'action des "Enfants de Don Quichotte" est vécue avec beaucoup d'enthousiasme. "C'est super ! Il faut qu'ils viennent tous. Il faut que ça continue. De toute façon on ne lâchera pas l'affaire", explique Laurent avant de sortir un peigne de sa poche pour se recoiffer avant la photo devant sa tente. "La nuit, je sors pour voir si tout va bien autour des tentes. J'fais la sécurité, quoi". Eric, lui est très admiratif. "Vous vous rendez compte, c'est une personne seule qui s'est investie pour casser la pauvreté. Il a cassé sa tirelire pour nous. Y en a pour 3200 euros de tentes ici, sans compter tous les à côtés", explique-t-il, sweat à capuche, un journal dans une main, un café fumant dans l'autre.

"Il paraît que Sarkozy va venir nous voir", dit joyeusement un SDF en passant. "Qu'il vienne et on le foutra à l'eau", lui rétorque Eric. Plus modéré, Augustin souhaite que tout le monde se sente concerné mais qu'il n'y ait pas de récupération politique. "Si on est des dizaines de milliers à venir camper avec les SDF, les choses changeront". A une semaine de Noël, aucun ne compte baisser la garde. S'il le faut, ils passeront les fêtes de fin d'année au campement. Motivés, tenaces, ils veulent prouver que la lutte contre l'exclusion n'est pas un combat éphémère contre des moulins à vents. Le nom de leur mouvement n'est qu'un clin d'oeil... à démentir.  

Valérie Expert-Journaliste LCIPour aller plus loin sur ce sujet
rendez-vous à 9h10 dans
On en parle
présenté par Valérie Expert,
en cliquant ici




le 18 décembre 2006 à 18:22
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