Claude Béchat après son accident de voiture © DRElle l'appelle Claude. Simplement et sans sentimentalisme. Comme on évoquerait un vieil ami, un oncle, un proche. Elle ne l'a pourtant jamais vu, ne lui a jamais parlé. Claude, Béchat de son nom, est mort en août 2003. Il a été retrouvé six jours après dans son petit appartement du 5e arrondissement de Paris. Seul. Il avait 78 ans. Personne n'a réclamé son corps et Claude a été inhumé dans le carré des indigents du cimetière de Thiais, l'ancienne fosse commune de la capitale.
Grâce à elle, pourtant, Claude va retrouver prochainement ses parents, sa belle-sœur et son neveu dans la sépulture familiale située à Saint-Lizier, un village de l'Ariège, aux pieds des Pyrénées. Elle, c'est Danièle Alet, une réalisatrice à l'origine de la mobilisation qui a conduit au retour du défunt aux côtés de ses proches, plus de trois ans après.
"Si c'était lui |
| Danièle Alet |
Un emblème de la mort solitaire
Qui étaient-ils ? Où se trouve leur famille ? Pourquoi sont-ils morts seuls et oubliés ? Quatre mois après la vague de chaleur mortifère, Danièle Alet décide de "réincarner ces morts oubliés", d'"exhumer leur histoire" pour un documentaire intitulé "Aux oubliés de la canicule". Elle tire les ficelles, s'accroche à des bribes, passe des coups de fils, rencontre des gens, Jacqueline Fouchard notamment. Cette dame aujourd'hui âgée de 84 ans était une amie de Claude. Elle devient une précieuse aide pour la réalisatrice, un des maillons de la chaîne de solidarité qui se crée autour de ces morts anonymes. Jacqueline et Claude se sont rencontrés au travail, dans le service administratif de la Shell, rue de Berri.
"On était plus que collègues, c'était un ami", se souvient-elle. Les années ont passé et les relations se sont distendues. "C'est son divorce qui nous a séparés, je n'ai jamais connu sa deuxième femme, raconte la vieille dame. J'ai appris sa mort en janvier 2004, j'ai été très choquée d'apprendre qu'il était enterré comme un indigent. Ce n'était pas possible de le laisser là, tout seul. Si c'était lui qui avait appris cela à mon sujet, il aurait fait la même chose".
| "C'est l'histoire de vivants qui s'occupent enfin de leurs morts" |
| Danièle Alet |
"Quand vous achetez un caveau, vous avez envie d'y reposer", explique Danièle Alet. La mobilisation pour réaliser cette dernière volonté de continuer de plus belle. Deux cousines éloignées donnent les pouvoirs nécessaires à l'exhumation. Des employés du cimetière de Thiais et sa directrice interviennent pour réunir les papiers nécessaires et obtiennent la prise en charge du coût de l'inhumation tandis que les services funéraires de Paris se mobilisent pour la crémation et l'inhumation à Saint-Lizier.
"C'est l'histoire de vivants qui s'occupent enfin de leurs morts", résume avec émotion Danièle Alet qui qualifie le cas de Claude comme "emblématique de la mort solitaire". Selon elle, la société actuelle va développer un nombre considérable de gens qui vont vivre seul et mourir seul. "Rien n'est prévu pour recueillir leurs dernières volontés. Il faut réfléchir à la manière dont nos morts sont pris en charge par la société, martèle-t-elle. Toutes les semaines, il y a des morts dont les corps ne sont pas réclamés. Comme Claude".
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