Jean-Baptiste Eyraut, président du DAL, s'exprimant sur la mort de l'abbé Pierre, le 22 janvier © F. Lefebvre - TF1/LCILCI.fr : Que représente pour vous la disparition de l'abbé Pierre ?
Jean-Baptiste Eyraud, président du DAL (Droit Au Logement) : On a tous le cœur en berne. C'est un ami des plus souffrants qui disparaît. Jusqu'au bout, il s'est battu pour les démunis. On lui avait fait parvenir un petit mot vendredi, au sujet du projet de loi sur le droit au logement opposable, qui lui avait été lu par sa nièce. Il lui avait alors demandé de l'informer le plus vite possible des progrès : "Apportez-moi les journaux dès demain matin, lui avait-il dit, je ne veux pas être le dernier informé !" Il savait aussi nous donner des conseils dans notre lutte : "Soyez plus habiles, disait-il, sachez mettre l'opinion de votre côté !" Lui savait le faire, il savait comment recueillir le soutien de l'opinion. Il avait aussi de ces colères qui faisaient trembler même les puissants. Mais ce qui restera surtout pour nous, c'est son écoute, son attention.
LCI.fr : Avec l'abbé Pierre, c'est un symbole de la lutte pour les sans-logis qui s'en va. Sans son aide et ses conseils, pensez-vous que cette lutte va changer de forme ?
Jean-Baptiste Eyraud : Je ne sais pas. Aujourd'hui, nous sommes venus pour lui rendre hommage, nous sommes en deuil ; pour le reste, on verra plus tard. Ce que nous espérons, c'est que ce texte sur le logement, que nous appelons "loi abbé Pierre", et qui doit être examiné au Sénat le 30 janvier, sera une vraie loi, qui permettra des progrès pour les sans-logis. Et qu'elle donnera un exemple aux autres pays. L'abbé Pierre avait jeté cette petite graine qui fait qu'en France, on ne se détourne pas facilement des sans-logis, contrairement à ce qu'on peut voir ailleurs. On pourrait d'ailleurs dire aujourd'hui que la première "loi abbé Pierre", c'était celle de 1956, interdisant toute expulsion de personnes insolvables pendant les mois d'hiver. Mais il ne faut pas s'arrêter en chemin et il faut du concret pour les démunis, il le faut maintenant.
LCI.fr : La mort de l'abbé Pierre a suscité les hommages unanimes des politiques, alors que de son vivant, il pouvait déranger. Comment interprétez-vous ces réactions aujourd'hui ?
Jean-Baptiste Eyraud : Il y a peut-être une part d'hypocrisie des politiques, mais ils ont le moyen de se rattraper avec la loi sur le droit au logement opposable. Elle offre aujourd'hui une véritable perspective. Et d'ici le 30 janvier, nous espérons qu'ils sauront donner du contenu à ce projet, pour qu'il permette de s'attaquer vraiment à la crise du logement. Je ne suis pas pessimiste, je pense que les politiques vont être obligés de bouger : l'opinion les y pousse. Les Français, qui avaient élu l'abbé Pierre comme la personne la plus chère à leur cœur, attendent tous quelque chose.
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