© INTERNEDécembre 1999. Le pétrolier Erika fait naufrage, son fioul se répand. 10.000 des 31.000 tonnes de sa cargaison se répandent sur 400 kilomètres de côtes bretonnes. Face à cette catastrophe écologique, des centaines de bénévoles tentent de nettoyer les plages et de sauver les oiseaux englués dans la marée noire.
Selon une étude menée par des chercheurs de l'Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse (Ensa) (1), ce fioul pourrait entraîner des risques de cancer au vu de ses effets sur l'ADN humain. "L'étude d'échantillons de cultures cellulaires de moules et de poissons, prélevés pendant 11 mois sur les côtes souillées par l'Erika, indique une modification des structures ADN, première étape dans le développement possible de cancers", a expliqué mercredi Annie Pfohl-Leszkowicz, professeure de toxicologie et sécurité alimentaire à l'Ensa, et dont le laboratoire est associé au CNRS.
"Comme pour Tchernobyl"
Les recherches, qui ont utilisé des cultures cellulaires humaines d'extraits de poumons et de foies et du fioul de l'Erika, ont conclu à des modifications des programmes génétiques, a ajouté la scientifique pour qui "l'on n'a pas pris assez de précautions quant aux protections des personnes ayant nettoyé les plages souillées par la marée noire du pétrolier". "Ceux qui ont travaillé avec des masques en papier et des gants, et surtout ceux qui, à mains nues, ont soigné les oiseaux, n'ont pas capté le risque", a précisé Mme Pfohl-Leszkowicz, qui parle de risques "minimisés" par les autorités "comme pour Tchernobyl".
La chercheuse parle d'"effet de potentialisation" des différents produits contenus dans l'Erika, dont du fioul de type "Bunker C", des hydrocarbures polycycliques aromatiques et hydrocarbures polyhétérocycliques contenant notamment du soufre. Le groupe français Total, affréteur du pétrolier, a toujours affirmé que l'Erika transportait une cargaison "homogène" de fioul lourd numéro 2. Le procès de l'Erika, dans lequel est notamment poursuivi Total, doit s'ouvrir le 12 février.
(1) Travaux menés par Agnès Amat-Bronnert, sous la direction de Mme Pfohl-Leszkowicz. Ils font l'objet d'une publication ce mois-ci dans la revue scientifique anglaise Environmental Toxicology and Pharmacology.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




