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Portrait - Augustin, le grand frère des pauvres

Par Stéphanie MORBOIS, le 03 janvier 2007 à 14h48, mis à jour le le 06 janvier 2007 à 22:05

Augustin Legrand, comédien de 31 ans, est à l'initiative du mouvement citoyen Les Enfants de Don Quichotte.

Ce philanthrope d'une trentaine d'années va à la rencontre des sans logis et leur donne les dernières informations sur l'évacuation d'une vingtaine de SDF près de la gare d'AusterlitzCe philanthrope d'une trentaine d'années va à la rencontre des sans logis et leur donne les dernières informations sur l'évacuation d'une vingtaine de SDF près de la gare d'Austerlitz, le matin-même.

Augustin Legrand est très grand. Deux mètres 08. Si vous passez le long du canal Saint-Martin, à Paris, vous ne pourrez pas le rater : regard déterminé, visage anguleux, belle gueule. Depuis trois semaines, il vit aux côtés des SDF dans un campement qu'il a lui-même installé. "Il a commencé avec vingt euros en poche et une caméra", raconte Armelle, sa mère.

Tout a commencé par une rencontre. Celle des sans-abris de son quartier, le Xe arrondissement. La nuit, sa fille de deux ans ne dort pas, alors pour laisser sa femme se reposer, il descend dans la rue pour la bercer. Durant ses promenades nocturnes avec son bébé, il rencontre de nombreux SDF. De ses "amitiés", il voudra faire un film avec son ami, comédien comme lui, Pascal Oumaklouf. Mais à la fiction, il préfère l'action et lance le mouvement citoyen Les Enfants de Don Quichotte. C'est son premier engagement social.

"Au poker,
il va jusqu'au bout
quitte à se faire
plumer"

Armand Angot
Depuis près d'un mois, ce jeune comédien de 31 ans mène son combat auprès des plus démunis. Une lutte volontaire et engagée qui n'a surpris personne dans son entourage. "Il a une force assez incroyable. Il avance et l'on ne peut pas l'arrêter. Parfois, je tire sur son pantalon pour lui dire stop", confie Pascal Oumaklouf, le témoin de son mariage et parrain de sa fille. Les deux amis se sont rencontrés sur la scène d'un cours de théâtre parisien, le cours Florent.  

Dans l'ombre du "grand Augustin", Pascal gère aujourd'hui la logistique du campement du canal Saint-Martin. Armand Angot, un veil ami de la famille, rappelle qu' Augustin a toujours eu un tempérament très affirmé. "Il va toujours au bout de ses idées. Quand on fait une partie de poker, il va jusqu'au bout quitte à se faire plumer".  Augustin le reconnaît lui-même : "Je suis déterminé c'est vrai, quand j'ai un objectif qui est juste, et j'aime le challenge".

"Il était solaire"

Augustin a toujours eu le goût du risque, l'envie d'aller loin et de repousser les limites. "A 5 ans, je me disais qu'il pourrait faire de la prison, ça dépendrait de ses rencontres. Il cherchait, il regardait et il faisait énormément de bêtises," se souvient sa mère. Casse-cou, brise-fer, Augustin cultive son côté tête-brûlé. A 12 ans, il déclenche une mini avalanche à Chamonix et manque de mourir. A 16 ans, il tente en vain de sauver une femme de la noyade dans une mer démontée à l'île d'Yeu. "Une expérience déroutante" qui l'a "beaucoup marqué".

Plus tard, c'est sur les planches qu'il se fait remarquer. Mises en scène compliquées, choix de textes difficiles, Augustin se démarque. "Il était solaire, il avait du charisme", se souvient Philippe Maymat, son professeur. "Il m'a donné l'impression qu'il ne voulait pas gâcher son temps. C'est quelqu'un qui a beaucoup d'ambition et qui veut faire de grandes choses. Ce mec est prêt à tout et tout est possible avec lui. Augustin Legrand déterminé peut déplacer des montagnes", estime-t-il.

"J'aime
la liberté et
je déteste
qu'on me donne
des ordres"

Augustin Legrand

L'homme est passionné. Son entourage le dit "tout le temps touché". Benoît Guibert, l'un de ses professeurs au cours Florent évoque "son enthousiasme, sa manière d'être et sa façon très aimante de s'engager". Mais sa détermination s'impose parfois dans l'excès, "sans qu'il ne se soucie des dommages collatéraux qu'il peut créer", rappelle son professeur. Certains lui reprochent aussi d'être trop impulsif, impatient. "Il ne peut pas supporter une queue de cinq personnes pour manger un sandwich, c'est son gros défaut", avoue Pascal. "Têtu, optu", il est parfois "difficile de lui faire entendre une autre idée que la sienne", ajoute-t-il. "J'aime énormément la liberté et je déteste qu'on me donne des ordres", reconnaît volontiers Augustin.

Augustin a sûrement appris l'altruisme en famille au milieu de ses cinq frères et sœurs. Dans leur ferme de la Beauce, ni chauffage ni télévision mais "une vraie fraternité familiale" et la porte toujours ouverte. "Beaucoup de monde passait, des gens de tout bord", raconte sa mère, comédienne comme lui. A ses côtés aujourd'hui parmi Les Enfants de Don Quichotte, ses frères, Jean-Baptiste et Joseph, sa mère, qui a campé le long du canal, et chaque soir, sa femme et sa fille qui lui rendent visite. "Une chance", confie Augustin.

Dans cette famille d'artiste, très catholique, Augustin qui servait la messe le dimanche, est le moins pratiquant de tous mais il a "gardé un esprit de charité pour aider les gens", estime son ami Pascal. Pour Philippe Maymat, "il nous éclabousse à la gueule quelque chose d'humaniste". A ses yeux, "Augustin, c'est le courage la détermination, le charisme et la joie. La joie d'être dans le mieux, le positif et le respect de l'autre", ajoute-t-il. Augustin, lui, se voit simplement comme quelqu'un "de vraie valeur".

Impulsif et révolté

En homme libre, Augustin a choisi sur le tard d'être comédien, "pour avoir du temps libre pour sa famille". " C'est aberrant mais c'est comme ça", dit-il. Avant de monter sur scène, il a étudié le droit à Orléans, Londres et Paris pour sa maîtrise de droit fiscal. "Bosser 70 heures par semaine avec son attaché-case et ne pas voir sa famille ne m'intéressait pas", se plait-il à dire. De ses études de droit, il a gardé un sens aigu de la justice.

Pour lui, ce qu'il fait avec les Enfants de Don Quichotte est "un truc normal". "Une action juste et bonne qui aide à la tolérance", selon sa mère, que ce grand gaillard de 31 ans appelle encore "ma maman". Animé par la certitude que son projet en faveur des SDF fonctionnera, cet homme impulsif et révolté, n'espère qu'une chose une fois le combat terminé : "Ne plus jamais avoir à en parler".

le 03 janvier 2007 à 14:48
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