"Les jeux vidéos servent de pansement"

Par , le 26 janvier 2007 à 12h02 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h44

Interview - Un spécialiste du monde virtuel explique à LCI.fr ce qu'est la cyberdépendance, pourquoi certains adeptes de jeux vidéos peuvent perdre toute notion de la réalité.

Michaël Storal, spécialiste des mondes virtuels/DRMichaël Storal, spécialiste des mondes virtuels © DR

LCI.fr : Le RAID est intervenu cette semaine dans le Val-d'Oise pour récupérer un garçon de 15 ans qui s'était retranché chez lui. L'adolescent était notamment décrit comme "déscolarisé et cyberdépendant à tendance suicidaire". La cyberdépendance, c'est quoi ?

Michaël Stora (1) : C'est une addiction au monde virtuel, qui regroupe plusieurs univers. On peut ainsi être accro aux jeux vidéos et plus précisément aux MMORPG qui signifie : "massively multiplayer online role-playing game". Le plus connu de ces jeux est World of War Craft qui regroupe 8 millions de joueurs dans le monde. En France, il y a 14 millions d'adeptes des jeux vidéos. Parmi eux, 0.001% qui seraient cyberdépendants ou ce qu'on appelle les "no life". Ça représente un joueur sur 100.000.

Ce monde virtuel regroupe aussi l'addiction aux "chats" et la cyberdépendance au sexe. Ceux qui vont être cyberdépendant au sexe vont ainsi passer énormément de temps à surfer sur des sites pornos ou dans des chats érotiques. Mais cela comprend aussi des sites de rencontre où l'on trouve ce que j'appelle des "bovaristes virtuels", ceux qui vont être accros à la recherche de la passion amoureuse. On parle surtout des accros aux jeux vidéos mais il y a plus d'accros au cybersexe. Le concept de cyberdépendance existe depuis trois ans.

LCI.fr : A quoi ressemble un cyberdépendant ?

M.S. : Ceux que je reçois en consultation sont des adolescents mais ils peuvent être plus âgés. En France, la moyenne d'âge des joueurs est de 31 ans. Je reçois 100% de garçons, les filles jouent aussi (elles représentent 40% des joueurs) mais elles sont plus mesurées donc moins dépendantes. 90% d'entre eux vivent seul avec leur maman. Il y a une absence réelle ou symbolique du père.

Ceux que je reçois sont issus de milieux favorisés. Ce sont souvent des jeunes brillants d'un point de vue scolaire, parfois même diagnostiqués enfants précoces. La plupart des adolescents que je reçois ne vont plus au collège ou au lycée. Le phénomène de l'addiction va se traduire par une rupture des relations sociales (famille, petite copine etc.) Par exemple, j'ai fait hospitaliser un jeune homme de 21 ans, il était étudiant ingénieur. Pendant six mois, il a passé 20 heures par jour devant un MMORPG. Il n'avait plus de vie.

LCI.fr : Pourquoi devient-on accro aux jeux et plus excessivement cyberdépendant ?

M.S. : Le fait de se plonger à ce point dans ce monde virtuel est révélateur d'une fragilité psychologique. Le déclencheur peut être n'importe quel événement : le décès d'un grand-père dont on était particulièrement proche, une rupture amoureuse... Le jeux vidéo va avoir une valeur d'antidépresseur. Il va aussi révéler cette fragilité pathologique préexistante. Ce n'est pas le jeu qui rend dépressif. L'addiction est une manière de se soigner, un dérivatif à la douleur. Parce qu'ils n'ont pas la capacité interne d'élaborer, de dépasser, les accros aux jeux vont utiliser un objet extérieur qui aura une fonction de pansement.

LCI.fr : En quoi, le jeu vidéo fait-il office de pansement, d'antidépresseur ?

M.S. : Dans les MMORPG, on vous propose d'incarner une figure héroïque en combattant. Cette pulsion agressive est la meilleure des armes contre la dépression parce qu'au final, il y a une victoire. C'est un sentiment réel qui permet de se sentir valorisé narcissiquement. Ca augmente le sentiment d'estime de soi.

Mes patients étaient brillants scolairement parlant et puis ils ont connu une baisse de niveau qui leur est devenue insupportable par rapport au regard des parents. Ils se sont réfugiés dans le monde virtuel pour continuer à être bons, ce qu'ils ne sont plus à l'école. Le jeu vidéo sert de prétexte. C'est parce qu'ils sont en échec scolaire, qu'ils se mettent à jouer d'une manière excessive aux jeux vidéos. Ce n'est pas l'inverse.

LCI.fr : Pourquoi va-t-on passer autant de temps devant son écran ?

M.S. : Parce que dans ces jeux, il n'y a pas de fin ce qui permet d'éviter toute angoisse de séparation, de tristesse. Il aura du mal à arrêter son ordinateur car il va perdre quelque chose, le monde va continuer sans lui. C'est comme pour la cigarette, pour un fumeur, il y a 4-5 clopes qui sont liées à un plaisir, les autres sont un automatisme. Il n'y a que les gestes qui comptent.

LCI.fr : Que doivent faire les parents ?

M.S. : Il faut qu'ils se tiennent au courant des pratiques virtuelles de leur enfant. A partir de trois-quatre heures devant l'ordinateur tous les soirs plusieurs mois de suite, ça devient inquiétant. Dans ce cas là, il faut bien en parler avec son enfant. Le problème c'est que bien souvent, les parents n'arrivent pas à mettre de limite. A mon sens, ces jeux devraient être interdits aux moins de 18 ans.

Le cas évoqué dans le Raid, c'est plus qu'un no life. Celui là devait déjà être dans un processus psychotique, quelqu'un qui n'avait déjà plus de contact avec la réalité, qui confondait la réalité et le virtuel. Une étude anglo-saxonne montre qu'en général les joueurs de jeux vidéos ne sont pas violents.

(1) Michaël Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au Centre médico psychologique de Pantin. Il est le fondateur de l'observatoire de monde numérique en sciences humaines et l'auteur de Guérir par le virtuel, une nouvelle approche thérapeutique (Presses de la Renaissance) et de L'enfant au risque du virtuel avec Sylvain Missonnier et Serge Tisserond (Dunod)

Par Amélie Gautier le 26 janvier 2007 à 12:02
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26 Commentaires

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  • micouette84, le 10/01/2010 à 01h17

    Bonsoir Bipbip, Je pense avoir les mêmes problèmes que toi. Mon fils lui a 24 ans, mange aussi quand il peut, jamais avec nous mais dans sa chambre qui empeste! Il ne travaille pas non plus. Il passe aussi carrément à côté de sa vie mais j'ai beau lui parler, essayer de lui expliquer, il pense que c'est lui qui a raison. Il me dit que c'est comme ça qu'il est heureux, que c'est moi qui ne veux pas accepter qu'il soit différent de moi et qu'il trouve son plaisir couché à la journée longue à pitonner sur son "mau....." ordi! Présentement, nous l'obligeons de peine et de misère à terminer son secondaire V aux cours aux adultes. Il s'est inscrit et a fait 1 ou 2 pages de maths depuis 1 semaine. C'est pas beaucoup! Sa motivation: 0, aucune, niet! Je pense comme Bipbip13 et j'appréhende le jour où il va réaliser que ses 20 ans sont passés et qu'il ne les a pas vus! C'est vraiment triste. S'il y avait un moyen de l'empêcher de jouer c'est certain qu'on le ferait mais à 24 ans, les jeunes d'aujourd'hui sont pas mal débrouillards pour by-passer n'importe quel programme. Je ne sais plus quoi faire moi non plus. Si quelqu'un a déjà expérimenté quelque chose qui a fonctionné..........

  • CAPUCINE, le 31/10/2009 à 06h35

    J'ai un fils de 16 ans il joue des journée entière lui aussi il me fait du chantage de suicide si je lui enlève son jeux je ne sais plus quoi faire, avant il était bon éléve maintenant il mais sa scolarité de coté je commence à le faire suivre par un psychiatre meme si il n'est pas d'accord car il ne voit pas l'intéret, je n'ai pas de solution pour l'arreter de jouer sans provoquer de crise pour nous cela mais notre famille en péril et ma santé de mère aussi car je deviens démpressive en le voyant se détruire ainsi

  • Nenuphar, le 21/08/2009 à 16h46

    Je réponds au message de bipbip13. mon fils vit exactement comme le sien. il reste enfermé devant l'ordi dans sa chambre qui sent mauvais les volets clos, est coupé de toute relation sociale (pas d'ami pas de copine) il a tellement maigri qu'il flotte dans ses vêtements (50 kg)ne travaille pas et vit à ma charge. Il a bientôt 30 ans. il refuse de consulter un médecin. je me sens impuissante et en ai touché 2 mots à mon généraliste qui m'a répondu qu'il n'y avait rien à faire. j'ai mal de le voir gâcher sa vie;

  • Bipbip13, le 19/08/2009 à 10h29

    Je suis la mère d'un garçon de 23 ans, qui vit dans sa chambre devant ses jeux video, qui y passe la nuit, qui dort le jour, qui mange quand il peut, qui n'a plus aucune vie sociale. Sa santé ne va pas bien, il maigrit ...sa chambre sent mauvais. Je ne sais plus vers qui me tourner pour avoir de l'aide. Il est majeur certes, mais dans sa tête c'est un adolescent. Il ne va plus à l'école, il ne travaille pas, il est complètement à ma charge... or je voudrais qu'il vive sa vie, qu'il la prépare. Je souhaite avoir de l'aide car il ne veut pas se faire soigner et comme il est considéré comme adulte !!! , d'ailleurs pour lui, il n'est pas malade...mais je vois bien qu'il s'enferme et passe à côté de sa vie. Quoi faire ? Je suis épuisée de ne pas trouver de solution.

  • Jaydes, le 09/08/2009 à 07h15

    J'ai plus de 30 ans et j'ai toujours été un gros joueur de jeux vidéo. J'ai une bonne situation une femme et un enfant. C'est vrai qu'il y en a un peu assez de se voir mettre des étiquette par des pseudo psychologue. De toute façon ce mécanisme de dénis de la par de la société ne m'étonne pas plus de ça, c'est ce qu'on appelle la peur de l'inconnu. Ce phénomène étant encore recent les spécialiste sont encore perdu et n'ont pas de repère pour pouvoir juger ou comparer. As une époque on jugeait la profession de chanteur ou plus largement artiste comme une activité mal vue, depuis que la société a vue qu'on pouvait gagné de l'argent avec c'est presque devenu un reve de parent que son enfant embrasse cette profession. Maintenant si on doit se faire traité de psychopathe parcequ'on a une passion, on y peut rien. Je plaint cependant tous les gens désoeuvré qui ne connaisse aucune passion ni joie réelle. Il est vrai que ne faire que du jeu est une erreur car il y a plein de chose et d'expérience dans la vie, mais c'est comme toute activité, il ne faut pas en abusé. Et sans allé dans les comparatif abusifs, regardez dans quel monde nous vivons, la morale a été sacrifiée sur l'hôtel de l'argent. Ne vous étonnez pas que certain aille parfois tenter de trouver un peu d'ordre et de repère ailleurs.

  • Hicham, le 16/07/2009 à 22h58

    Ceux qui jouent a des mmorpg on beaucoup moin de mal a parler se fair des ami une copine qu'une personne restant devant sa TV tout simplement dans les jeu on se fait des amis on joue avec eux on peut meme se mariée .En plus sa nous rend aps 100% abruti on peut meme y aprendre des choses : commerce , arnake ,tehnique meme du lexique .Est 4 a 5 h de jeu apr jour sa passe comme si on avait jouer 2 minute ( le temps d'allée monter d'un lvl et parler un eu avec c ami ) et hop fini .Moi mes parent pense que je vais me bousiller rater tout monavenir e jouant 4-5 par jour .

  • Papa, le 11/07/2009 à 20h33

    Je suis un parent d'un ado de 17 ans. il etait bon a l"ecole, assez joyeux, normal quoi. depuis 2 ans exactement, il a commencé le WoW. maintenant, il a presque raté son passage en terminale. il est devenu angoissé, aucun gout a la vie, il a meme parlé de suicide. pour information il passait 5 à 10 heures en moyenne par jours. je suis certain que son état est du à ce jeu. On essaye actuellement ensemble une desintoxication. il a supprimé le jeu plusieurs fois mais il finit par y retourner. Nous nous battons contre cette drogue qui n'est pas moins dangereuse que la cocaine. souhaitez-nous bonne chance. salutations

  • Laurent, le 29/01/2007 à 17h03

    Le probleme de cet article n'est pas son contenu. En effet ce psychologue parle bien des "no-life" c'est à dire des 0.0001% de joueurs qui représentent un véritable cas clinique. Tous ceux qui pensent se reconnaitre car ils jouent souvent à des mmorpgs ont un peu faux en disant de ne pas généraliser. Car l'article ne généralise pas du moins au début. Il parle d'un vrai probleme et des causes possibles, mais ne met pas tous les joueurs du MMORPG dans le meme sac. Là où l'interview devient plus pernicieuse, c'est que les questions orientent le psychologue vers un "mais alors que doivent faire les parents face à un MMORPG" c'est amené subtilement, et le psy y répond tant bien que mal tout en essayant de rapeller au lecteur qu'il parle encore et toujours des "no-life" et non des joueurs. A part ca, les parents ont entière responsabilité sur leurs gamins. S'ils ne sont pas foutus de controler et leur interdire certaines choses (probleme de l'éducation enfant roi) c'est leur probleme dommage pour le gosse. Un gros joueur...

  • Michael, le 29/01/2007 à 16h09

    Pour G de Pau , non , ce n'est pas du grand n'importe quoi , je te confirme , c'est la réalité , je joue sur un MMORPG qui s'appelle OGAME , tu incarnes le seigneur d'un empire galactique et tu te développes en faisant des mines et en raidant les autres joueurs par destructions de leurs flottes et sur le forum général de ce jeu , on voit bien ceux qui divulgent leur addiction à ce jeu. Certains deviennent de véritables NO-LIFE ( des sans vie ) , ils deviennent sociopathes , de vrais sauvages , s'enferment chez eux , ne dorment pas ou très peu pour pouvoir recycler la flotte de leur adversaire , ils n'ont plus de vie sociale , zappent leurs études en restant cloiter dans leur chambre d'étudiants. ils sont très peu nombreux , mais ils existent merci de me publier

  • Louis, le 28/01/2007 à 11h32

    N'importe quoi, quelle stigmatisation des jeux vidéos ! Vous croyez vraiment que le problème est dû au jeu vidéo? Vous avez tout faux, le jeux video est la conséquence, pas la cause de ces problèmes. Ces ce genre d'article qui fait dire à nos chers députés (menteurs effrontés, plutot !) que certains jeux contiennent des scènes de pédophilie, et de faire voter des amendements visant à censurer les jeux vidéos arbitrairement. On à jamais fait ça avec la télé, très peu avec le cinéma, jamais avec les livres, alors pourquoi? Pourquoi cet obscurantisme. Visiblement, vous ne vous etes pas rendu compte que la cyberdépendance est extremmement rare ! ( plusieurs dizaines de millions de joueurs, quelques milliers, voirs centaines de cyberdépendants....)

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